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samedi 30 août 2008

Sites naturels machines à fric

Mont Gerbier de Jonc Bon, je vais encore râler. Désolé.

Des amis reviennent d'Ardèche, où ils ont fait de la randonnée. Pendant quelques jours, ils ont parcouru la bordure du Plateau Ardéchois et les alentours du Mont Mézenc, le point culminant du département (1754 m). Ils ont aussi fait un tour au célèbre Mont Gerbier de Jonc, étrange sommet au pied duquel jaillit la source de la Loire. C'est une visite incontournable, car c'est amusant et touchant de voir ce filet de Loire sortir d'un abreuvoir, surtout lorsqu'on connait le grand et large fleuve tel qu'il est pas loin de chez mes parents.

Malheureusement, mes amis n'ont pas pu monter au sommet du Gerbier : les visites sont canalisées par une barrière, et la voie permettant d'aller tout en haut est payante (ils n'étaient plus sûr, mais quelque chose comme 3€ pour les adultes et 1,5€ pour les enfants). Effectivement, après quelques recherches, j'ai pu vérifier que le site était clôturé depuis 2003 : il semblerait que le Conseil Général d'Ardèche n'ait pas voulu financer des travaux de sécurisation des lieux.

Il est vrai que le passage de 100 000 touristes par an (sur 500 000 visiteurs du site, seulement 1/5 monte au sommet) est une pression très forte pour cette environnement fragile. Les sentiers se dégradent très vite, d'autant plus que les gens ne sont pas toujours très respectueux. Mais la nécessité de protection fait parfois faire n'importe quoi, et on ne peut pas s'empêcher d'imaginer que le propriétaire de la moitié du Gerbier a vu là une très belle pompe à fric (il est par ailleurs aussi propriétaire d'un bar-restaurant aux mêmes lieux). Y'a pas de petit profit ?

Autre chose m'agace : les alentours du site du Gerbier sont colonisés par de nombreux stands commerciaux en tout genre. Certes, beaucoup vendent des produits locaux, je trouve extrêmement désagréable dans les milieux naturels cette chasse aux touristes pour pouvoir leur soutirer toujours plus de fric. Et je n'ai pas fini d'être remonté : d'après l'article lié au-dessus, un projet est en cours pour créer un "espace de détente et de loisirs de 2ha avec un 'mini-Gerbier' en sable pour les enfants" (restercalme) .

L'anthropisation et l'urbanisation des lieux naturels est une catastrophe et une plaie. Nous sommes tout le temps canalisés dans nos villes, et tout est fait pour que ce soit pareil dès que nous rejoignons un coin de nature. Cette dernière nous effraie tant qu'on a besoin de garde-fous en permanence, alors qu'on ne fait qu'infantiliser les gens en leur ôtant toute responsabilité : il est utopique de croire que nous maitriserons toujours tous les risques, pourquoi ne pas former et sensibiliser, tout en mettant les "utilisateurs" devant leur propre responsabilité ?

Dans tous les cas, je suis content d'avoir fait l'ascension du Mont Gerbier avant que tout cela ne soit en place : le charme de ce lieu autrefois assez préservé doit être bien malmené. Cela me rappelle un autre exemple d'aménagement que j'ai trouvé complètement raté : le célèbre Pont du Gard.

Les abords de ce site grandiose ont été complètement réaménagés il y a quelques années. Il est désormais quasi-obligatoire de se garer sur un impressionnant et immense parking (payant, bien-sûr). Et pour rejoindre l'antique Pont, il faut parcourir quelques centaines de mètres sur une route impeccablement bétonnée, bordée des deux cotés par de nombreuses échoppes attrape-touristes : glaces, boissons, cartes postales, souvenirs en tout genre... C'est assez hallucinant. J'ai connu l'avant et l'après aménagement, et je ne peux que constater le gâchis qui a été fait. C'est laid.

Je comprends et je partage la nécessité de protéger les sites et d'encadrer les visiteurs. Mais je ne comprends pas ce qui rend obligatoire ces projets d'aménagements grandioses sur-urbanisés qui font perdre le cachet du site. Et la présence permanente et pesante des nombreux commerces est dérangeante, même si dans notre société, tout est prétexte à profit.




(c) photo : Guillaume Brialon : original (licence : CC-ByCC-By-CACC-By-NC).