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vendredi 15 janvier 2010

AOL France, c'est fini

Logo AOL C'est le titre d'une actualité de ZDNet où il est expliqué que les derniers salariés d'AOL France vont être licenciés et les bureaux fermés. C'est la fin d'une ère, et un terrible échec. A titre personnel, c'est aussi la fin d'une longue histoire liée à mes débuts sur Internet.

Internet a commencé à m'intriguer en 1995 ; à l'époque, je passais le bac, j'étais curieux d'informatique[1] et je trouvais l'outil génial. Cependant, mon père refusait de prendre un abonnement : c'était encore hors de prix et il trouvait que l'intérêt était très limité. Il me fallut attendre le début du printemps 1997 pour m'émanciper de la pensée paternelle et me lancer : j'investis l'équivalent d'une centaine d'euros dans un modem 33,6k[2], l'installai dans mon beau PC sous Windows 3.1 et partis à la recherche d'un kit de connexion au réseau.

Je fis plusieurs tentatives avec divers kits comme Club-Internet ou Wanadoo, mais un seul accepta de fonctionner : je faisais mes premiers pas sur Internet grâce à AOL, dans sa version 3.0. A l'époque, AOL faisait déjà hurler les puristes : le logiciel maison enfermait l'utilisateur dans un monde très cloisonné d'aires thématiques (automobile, informatique, cinéma, femmes...). Le réseau aussi était propriétaire[3], l'accès à Internet n'était pas direct : il passait par des passerelles (transparentes pour l'utilisateur, mais avec certaines limitations notamment en terme de performances et de vitesse de connexion). Néanmoins, la découverte du Net était un peu encadrée, et on évitait pas mal d'embûches qui décourageaient les débutants.

Nous n'étions que quelques milliers, et je me souviens d'avoir fêté le 50.000ème puis le 100.000ème abonné, au bout de quelques mois. La croissance était très rapide, AOL devint assez vite l'un des plus gros fournisseurs d'accès.

Pourtant, la tarification des connexions Internet avait de quoi faire pâlir les plus motivés des pionniers ! En ces de préhistoire de l'infosphère, On payait à la durée : nous devions raquer quelque chose comme 3,2 euros[4] pour 3 heures de connexion. Je ne me souviens pas exactement du prix au delà des 3 heures incluses, mais c'était assez prohibitif, Et il fallait ajouter à cela les communications téléphoniques en tarif d'appel national. Par contre, je me souviens très bien de mes premières factures d'AOL et de téléphone, qui étaient astronomiques pour l'étudiant que j'étais (coupdechaud) ...

L'un des premiers progrès fut de passer en tarification téléphonique locale (j'en ai bénéficié dès l'été 1997). Un peu plus tard apparurent les forfaits "Tout compris" [5], puis les forfaits "Tout compris illimités" [6] et enfin le salvateur ADSL [7].

Tout n'a pas toujours été rose : comme beaucoup, lors de la mise en place du forfait "Tout compris illimité" à l'automne 2000, j'ai eu beaucoup de mal à me connecter pendant plusieurs mois. J'ai aussi manqué de craquer quand AOL a mis 5 mois pour me livrer ma box... Mais dans l'ensemble, j'étais satisfait d'AOL et certaines fonctions étaient vraiment sympa.

Les "salons de discussion" ont longtemps été des lieux de chat agréables et bien fréquentés, beaucoup plus user friendly que les canaux IRC. Et il y avait quelques "aires" aux thématiques intéressantes, comme l'aire "Science-Fiction", où l'on discutait un vendredi soir par mois de nos lectures[8] ou bien l'aire "Gay Attitude" (que je n'ai jamais jamais, non jamais, fréquenté 0:-) ).

Malgré ses limitations, AOL m'a ouvert à la culture Internet, et cela a très vite conduit à me réorienter. J'étais déjà bien branché informatique à l'époque, mais AOL a été un puissant catalyseur : "c'est ça que je veux faire comme boulot !". C'est grâce à tout ce que j'ai appris en deux ans sur les technologies du Net et du Web que j'ai pu être développeur web professionnel entre 2000 et 2002 [9], alors que mes études m'avaient amené dans un tout autre domaine. C'est cette orientation qui m'a conduit à me reconvertir en informatique, puis à trouver mon boulot actuel.

Mes liens avec AOL se sont distendus après que j'aie eu l'ADSL : il n'était plus nécessaire d'utiliser leur gros logiciel encombrant et mal foutu pour se connecter au Net, et on pouvait lire ses emails en IMAP dans n'importe quel mailer compatible. Mon dernier grand moment vécu grâce à AOL fut de répondre à un petit mail innocent d'un inconnu, à la fin du printemps 2003 : quelques semaines plus tard, je rencontrai mon mari [10].

A partir de cette période, les choses sont allées de mal en pis pour AOL : baisse du nombre d'abonnés, vente de l'activité "FAI" à Neuf Telecom, fermeture progressive des services intéressants, plans sociaux et licenciements réguliers... La fin est claire depuis longtemps, notamment parce qu'AOL a accumulé les erreurs stratégiques.

En plus de son fonctionnement longtemps fermé, propriétaire et non conforme aux standards, AOL était systématiquement en retard sur toutes les nouvelles technologies : l'ADSL et la TV par ADSL sont arrivés plusieurs années après les autres. AOL était un suiveur et proposait rarement des fonctions avant-gardistes.

L'autre erreur fut la fusion inachevée entre AOL (fournisseur d'accès) et Time Warner (fournisseur de contenu), en 2000 : alors que les deux sociétés auraient pu valoriser leurs apports respectifs, la mayonnaise n'a pas pris, AOL n'a jamais réellement diffusé des contenus de Time Warner. Il y avait un atout majeur à jouer (cela aurait par exemple pu contrer la montée en puissance de Youtube), mais les limitations d'AOL et la frilosité de Time Warner n'ont pas permis ce nouvel élan.

Je regarde les derniers soubresauts d'AOL en repensant à tout ça. AOL, c'était un fournisseur pour les newbies ou pour les handicapés de l'informatique ; ça a été un fournisseur d'accès très décrié, mais je n'ai jamais eu de problème majeur avec eux. Ils sont impliqués indirectement dans ma reconversion professionnelle, m'ont mis en relation avec mon mari : un chapitre de mon histoire se termine en même temps qu'AOL France.

Notes

[1] Sans pour autant vouloir en faire mon boulot.

[2] Oui, "k" comme kilo-octet. Heureusement, je l'ai vite upgradé quelques mois après vers la très haute vitesse de 56k...

[3] Je crois même me rappeler qu'il y avait une implémentation particulière de TCP/IP.

[4] 21 francs... J'ai converti pour les plus jeunes d'entre nous, qui n'ont pas connu les francs :-/ ).

[5] Connexion AOL + téléphone inclus, avec des packs de 10h, 50h ou 100h, je crois.

[6] Idem, mais sans limitation de durée de connexion.

[7] J'ai pu m'y abonner en 2002.

[8] Le salon de discussion était d'ailleurs animé par un écrivain.

[9] J'en suis revenu, après. C'est chiant le développement web (evil) .

[10] Ouch, déjà un septennat ?