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vendredi 30 janvier 2009

Une victime de la crise : les investissements environnementaux

Article centrale solaire SVM Je vous l'accorde, je suis mauvais prévisionniste. Cet été, je croyais dur comme fer que le pétrole allait subir une nouvelle flambée de son cours, pour atteindre un niveau record incroyable. J'avais vu juste en pensant que l'hiver serait moche et rigoureux [1], mais je n'avais pas pris en compte le facteur crise, qui a complètement bouleversé les cours des matières premières, de l'énergie et de l'alimentaire : les spéculateurs avaient d'autres chats à fouetter, et la confiance dans le système boursier était quelque peu effritée.

Je n'ai donc pas du tout vu venir la baisse drastique du cours du pétrole, dont le prix a été divisé par 4 ou 5 en quelques mois (il est passé de presque 150€ en août à moins de 30€ en décembre, voir par ici). La tendance est à la hausse douce, mais on reste en dessous de 50€.

Ce très faible coût du pétrole, finalement assez inattendu, lié à la crise financière et à la difficulté d'emprunter, va faire des dégâts collatéraux durables : la réduction drastique des investissements dans le domaine de l'environnement et de l'énergie est en cours, les entreprises, administrations et particuliers ont d'autres urgences. L'environnement n'est guère une priorité : la meilleure preuve, c'est que notre Super-Ministre de l'Environnement s'est assis sur une partie de son Grenelle en proposant de nouveaux tracés d'autoroute comme support du plan de relance de l'économie. Autoroutes = ravages sur la faune et la flore = voitures et camions = CO2, et autres externalités négatives. Le plan prévoit aussi des lignes de TGV supplémentaires (alors que certaines étaient figées depuis des années), mais le TGV n'est pas une solution environnementale ultime : c'est bien pour les grands trajets inter-régions, c'est à dire une toute petite partie du problème. Pour les dessertes locales intra-région ou inter-urbaines, ce n'est pas la panacée : le maillage et la fréquence ne sont pas suffisants. RFF investit trop sur le TGV et pas assez sur les plus petites lignes, pourtant importantes en terme de bienfaits pour l'impact environnemental.

On se demande aussi ce que fait l'Europe dans ce domaine, en ce moment. Certes, quelques directives publiées récemment ne sont pas inintéressantes : la fin programmée des ampoules à filament, au profit des ampoules à économie d'énergie ou à LED est une bonne chose pour réduire notre boulimie d'énergie [2]. De même, la future obligation de plafonnement de consommation des appareils électriques, lorsqu'ils sont en veille, va dans le bon sens. Mais on a un peu l'impression qu'en dehors de quelques mesurettes ponctuelles, l'Europe ne bouge guère et qu'elle n'a pas d'ambition environnementale, alors qu'elle est l'échelon idéal pour une politique d'envergure que les Etats ne peuvent pas mener individuellement.

Le salut viendra-t-il par l'ouest ? On charge beaucoup la barque d'Obama avec tous les problèmes du monde, et il y a beaucoup d'espoirs dans son mandat. Certains sont fondés, d'autres non, mais son arrivée à la tête d'un des pays qui pollue le plus [3] pourrait amorcer un renouveau des politiques environnementales. Il ne sauvera pas le monde, mais ses premières mesures, quelques jours après son installation à la Maison Blanche, sont encourageantes. Ce serait étonnant (et ce serait une première) : et s'il tenait ses promesses ? [4]

Pourtant, il y a un gisement économique monstrueux à exploiter : un plan de relance par l'environnement (la fameuse relance verte) apporterait un souffle énorme à l'économie, et aurait un effet positif sur l'environnement et sur notre société. Ce n'est pas la voie qui a été choisie en France, d'après ce que j'ai pu voir ces derniers jours, et c'est bien dommage.

En fait, le plus inquiétant reste quand même la réduction des investissements dans la recherche et l'innovation. Il est urgent de trouver des solutions pour notre avenir énergétique. L'imminence du tarissement du robinet pétrolier et l'impasse des biocarburants devraient nous inciter à la réflexion et à la recherche de nouvelles pistes.

Il y a quelques bonnes idées qui circulent. Par exemple ce projet pharaonique, qui pourrait assurer l'indépendance électrique de l'Europe (rien que ça !). Ou alors le projet d'usine solaire qui produit de l'énergie même la nuit, en Espagne (cliquer sur la photo de ce post pour lire l'article publié le mois dernier dans SVM version papier) ou dans le Sahara (ce qui aurait l'avantage de fournir de l'énergie et des revenus aux pays limitrophes). Mais comment êtes audacieux et avoir des projets ambitieux quand vous n'êtes pas soutenus par une volonté politique forte et ferme ?

Notes

[1] Je peux toujours me reconvertir dans la météo ou la voyance.

[2] Enfin, les ampoules basse-consommation ne sont pas parfaite : leur recyclage n'est pas bien organisé, et elles contiennent pas mal de saloperies (mercure, etc.).

[3] Les USA sont les premiers émetteurs de CO2 au monde, juste devant la Chine... Mais la taille de la population n'est pas du tout la même.

[4] Pour la politique environnementale d'Obama, lire par exemple cet article, qui date d'avant l'élection, ou celui-ci, qui date d'après sa prise de poste.