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vendredi 21 mars 2008

21 Mars 1998 - Nouveau départ

Cartons Après avoir passé le cap des 30 ans, je me suis surpris à regarder en arrière. Plus de 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque qui a contribué plus que toute autre à ce que je suis aujourd'hui.

Après le sinistre mois de février, ce début de mois de mars semblait être une accalmie après une grosse tempête. Je n'avais plus d'obligations, plus de contraintes, j'étais libre. Mes parents voulaient limiter les frais et m'avaient posé un ultimatum : je devais quitter Annecy au plus vite. La mort dans l'âme, j'avais commencé à préparer les cartons et envoyé mon préavis pour libérer mon logement. J'espérais encore que mes recherches d'emploi me permettraient de trouver un job pour tenir jusqu'à l'été, mais malgré toutes les relances et les demandes d'entretiens, mon téléphone restait silencieux et ma boîte à lettres vide.

Pendant plus d'un mois, je n'ai eu qu'à me laisser vivre.

Je passais beaucoup de temps sur Internet (faut dire qu'à 56K, il fallait être patient...) ; j'avais découvert deux choses intéressantes dès le début de mon abonnement, un peu mois d'un an auparavant. Sur AOL, il y avait une "aire" spécifique pour la science-fiction : des articles, des accès aux newsgroups, un salon de chat... Tous les derniers vendredi du mois, je crois, nous avions rendez-vous entre férus de lecture SF dans ce fameux salon animé par un écrivain, Philippe WARD. Il m'avait même envoyé le fichier du roman sur lequel il travaillait, pour relecture. Nous échangions critiques et bons tuyaux, parlions des sorties et essayions de décortiquer et analyser les histoires qui nous faisaient triper. J'avais aussi découvert l'aire "Gay attitude", dans laquelle on trouvait beaucoup de choses affriolantes :-p et puis des salons de chats gays, beaucoup moins coûteux que les services minitel 36.15... Mais il n'y avait pas autant de connectés qu'aujourd'hui, et les annéciens y étaient encore rares (ou décrépis). Donc pas de rencontres... De toutes façons, je n'y étais pas encore prêt.

Je flânais beaucoup dans mon quartier, légèrement à l'écart du centre ville (à peu près à 15 minutes à pied), mais j'y avais tout sous la main, à moins de deux minutes de chez moi. Je me souviens du bureau de poste, de cette boulangerie au pain délicieux, de mon gymnase, ou de la bibliothèque de quartier. J'y allais un jour sur deux, pour découvrir de nouvelles BD. La bibliothécaire avait fini par mémoriser mon nom, et c'est elle qui m'a mis sur la piste de plusieurs mangas qui sont devenus incontournables selon moi. Je me souviens aussi, plus honteusement, du marchand de journaux. C'est un souvenir très précis gravé dans ma mémoire : c'est là que je reluquais les célèbres photos de sortie de la douche de Filip Nikolic (mais si voyons, l'un des "chanteurs" des 2B3). La honte, ce n'était pas de baver devant un garçon à poil, c'était surtout de regarder les pages consacrées à ce boys band :-)

Le prof d'informatique de mon ancien lycée m'avait demandé de faire un cours sur la thématique d'Internet, j'avais donc un petit peu de travail. Cela me permit de retrouver les collègues que j'avais abandonné, mais le courant ne passait déjà plus, sauf avec un ou deux. A l'occasion de deux TD, je leur expliquais donc ce qu'était Internet (j'étais le seul abonné, c'était pour eux une terra incognita que j'avais un peu défriché), comment s'y connecter, comment était conçu un site web etc. C'était un très bon condensé des connaissances que j'avais pu accumuler depuis que je m'intéressais à ce phénomène. La révolution était en train de se produire, j'avais l'impression d'être un pionnier 8-).

A cette période-là, je m'entrainais tous les soirs au club de badminton, que je fréquentais depuis septembre avec régularité. Si le mois de janvier avait été froid, février et mars étaient d'une très grande douceur, et pendant plusieurs semaines, j'allais aux entrainements en pull léger, c'était rudement agréable. J'avais sympathisé avec quelques-uns des joueurs, et allions quelques fois boire un coup en ville après les entrainements.

Côté coeur, je commençais à sentir frémir des choses. Je continuais ma correspondance avec M., le beau niçois, et même si nous n'échangions que des banalités, cela me touchait toujours de recevoir ses lettres. J'avais aussi fait la connaissance de R., via le club de badminton. Il était très beau, vraiment mon idéal : brun, viril (et poilu, bien sûr :-p ), sportif, plein d'humour. Nous n'avons rien fait, jamais, mais j'ai pu sentir (ou j'ai fantasmé ??) ses hésitations plus d'une fois, lorsqu'il se pavanait devant moi avec juste un boxer, les soirs où il passait se changer chez lui en vitesse avant d'aller boire un verre en ville. Il insistait tant pour que je monte chez lui, je ne pouvais pas refuser... C'est le premier garçon que je voyais en boxer (rhaaaaa les premiers Dim, qui mettaient si bien en valeur), vous n'imaginez pas quel effet cela pouvait me faire... Nous discutions beaucoup, étions assez présents l'un pour l'autre et avions finalement une relation un peu ambigüe ; je me demanderais toujours ce que ça aurait donné si j'avais tenté quelque chose. En même temps, je n'étais pas prêt, donc pas de regrets !

Le jour que je redoutais finit par arriver. Contrairement à ce que je pensais plus tôt, je n'étais pas dans une accalmie après la tempête : cette période de paix était juste un passage dans l'œil du cyclone. Les derniers jours à Annecy furent très durs. Je sentais les évènements m'échapper, toutes les décisions que j'avais pris avaient échoué. J'allais quitter des amis, j'allais perdre mon indépendance, j'allais devoir m'éloigner de R. qui était à mes cotés presque tous les jours.

Je suis allé au badminton jusqu'au dernier soir, et nous avons été prendre un verre en ville, une dernière fois au Roi Arthur. Les personnes que j'appréciais le plus étaient là, et malgré leur soutien, j'étais à deux doigts de m'effondrer. R. m'a déposé chez moi au retour, je n'avais plus le coeur à rien, et me suis réfugié dans un mutisme profond. Je l'ai regardé repartir vers Annecy-le-Vieux, jusqu'à ce que la nuit ne le fasse disparaître, et suis resté un moment éveillé, à ranger mes dernières affaires, peu pressé de voir la journée se finir.

Le lendemain matin, samedi 21, j'avais rendez-vous avec la responsable de l'agence immobilière pour faire l'état des lieux. Cela fut vite fait, je n'avais été là que 9 mois. Elle vit que je n'avais pas envie de partir et que j'avais les larmes aux yeux. Elle eut quelques mots gentils, puis je lui remis les clés.

Je me suis mis au volant de la voiture, et les larmes ont commencé à couler. Quitter la ville, mes amis, ce que je voyais comme un amour naissant... Tout cela était un échec. La formation pour laquelle j'étais venu à Annecy était un échec. Le concours dans lequel je m'étais tant investi était un échec. Et comme c'était la première fois que j'étais confronté à cela, forcément, ça ne passait pas bien. Toute ma frustration remonta au moment où je mis le contact, et j'ai pleuré pendant la quasi totalité du trajet. Nek tourna en boucle, musique symbole de ces semaines spéciales, de cette période de décadence.

Mes parents ne comprenaient pas mon état. Je ne pouvais pas leur expliquer sans leur dévoiler des choses que je n'assumais pas. J'ai donc passé les jours suivants à me morfondre, noyé dans la même musique (que mes parents commençaient à ne plus supporter :-p). Cerise sur le gâteau, deux jours après mon retour, l'une des boites que j'avais contacté s'était réveillée, et j'étais convoqué pour un boulot, que j'ai bien sûr refusé. Cela ne manqua pas de m'achever, bien sûr.

C'est finalement la visite de mon vieux pote d'Ardèche, Cédric, qui me sortit de ma léthargie. Pour ne pas rester cloîtré chez moi avec des idées sombres, je me mis vite à la recherche d'un nouveau job ; cela ne traina pas, il ne me fallu qu'une tentative pour être recruté.

(A suivre...)






Photo : (c) pouype : original (licence : CC-ByCC-By-CACC-By-NC).