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mercredi 18 février 2009

Et si ce n'était que le commencement ?

Lights and crowds Il y a différentes lectures de la crise économico-financiéro-socialo-écologico-énergétique. Il y a celle, rassurante, des médias et des politiques, qui veulent éviter un vent de panique et qui nous endorment avec leurs ronronnements : tout ne va pas bien mais tout est sous contrôle, et on vous promet que ça va s'arranger (mais faudra que vous vous seriez la ceinture, petites gens).

Et il y a d'autres voix, comme celle du psychosociologue allemand Harald Welzer, chercheur au Kulturwissenschaftlichen Institut d'Essen. Dans un article dont la traduction a été publiée en France par Le Monde, il annonce clairement la couleur : nous ne sommes qu'au début d'une crise profonde, et le pire reste à venir. Il considère en effet que, comme nous vivons l'Histoire au quotidien, nous n'avons pas le recul nécessaire pour comprendre l'époque cruciale que nous traversons.

Welzer pointe du doigt le manque d'anticipation des politiques, des économistes et des financiers, et dénonce tous ces experts qui n'ont rien vu venir (alors que bon nombre de signaux étaient au rouge depuis le début 2007). J'aime aussi la façon dont il démonte l'absurdité du système, de ce monstre qu'est le capitalisme, qui se dévore lui-même : "Et les milliards requis (...), que sont-ils, sinon de l'argent virtuel injecté dans un système lui-même au bord de l'implosion, à cause, justement, de la nature virtuelle de ses échanges ?"

Il ne s'agit pas d'une énième critique basique du capitalisme (c'est mon rayon, ça, puisqu'il est pour moi le système qui ravage les sociétés, qui aggrave les inégalités, qui uniformise les cultures, et qui rend peu à peu notre planète inhabitable). C'est une constatation supplémentaire que le système est à bout de souffle, et qu'il est en train d'hypothéquer l'avenir des générations futures.

Que s'est-il donc passé dans la tête de nos élites (qui ont libéré la France en 44, pour certains, qui ont fait Mai 68 pour d'autres), pour qu'il y ait un tel renversement, et qu'ils se soient mis à détruire scrupuleusement, mécaniquement, consciencieusement tout progrès des 50 dernières années, voire du XXème siècle ? Je ne comprends pas cette inversion totale de philosophie.

"Le sentiment d'inégalité entre générations est l'un des plus puissants catalyseurs de mutations sociales radicales", explique Welzer ; il ajoute d'ailleurs que ce ne sont pas forcément des mutations positives. L'avenir pourrait donc bien être encore plus sombre que le présent.

A l'heure actuelle, malgré l'agitation du milieu politique, la situation ne bouge pas. Les marchés ne remontent pas (le CAC40 est par exemple très stable en-dessous des 3000 points), les politiques n'ont pas d'ambitions sociétales réelles, et les populations sont dans l'expectative de solutions qui ne peuvent pas tomber du ciel. La révolte gronde, de ci, de là, sans qu'on n'en parle trop. La planète est un vaste champ de poudre, et il ne manque qu'une étincelle pour que tout s'embrase. "Puissiez-vous vivre en des temps intéressants" [1]...





Je vous invite à lire cet article, lié ci-dessus (info trouvée via l'indispensable StandBlog de Tristan NITOT) ; il n'est guère réjouissant mais a le mérite d'énoncer clairement des vérités passées sous silence.





(c) photo : *Your Guide - original (licence : CC-ByCC-By-NDCC-By-NC).

Notes

[1] Proverbe ancien, peut-être faussement attribué aux Chinois, et qui a la faculté d'être extrêmement ambigu : est-ce une bénédiction ou une malédiction ?