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mercredi 1 août 2007

1er Août 1997 - Relève de la vigie du Pied de Boeuf

Après avoir passé le cap des 30 ans, en février, je me suis surpris à regarder en arrière. 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une excellente occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque.

Je me suis levé très tôt ce vendredi-là. L'état des lieux de l'appartement avait été fait la veille au soir, j'allais quitter le n°22 après presque deux ans dans cette résidence. Elle était flambant neuve à mon arrivée, en septembre 1995, il y avait encore des gravas partout.

Le coeur gros, je remballais mes dernières affaires et passais un dernier coup de balais. Chargement de voiture, dernier tour de clé... Il s'en était passé des choses ces deux premières années d'émancipation parentale. Mais ce chapitre était clos, je m'apprêtais à en ouvrir un autre, ailleurs. J'allais quitter définitivement l'Ardèche, mais pas immédiatement. J'avais un mois pour m'y préparer.

Après avoir déposé les clés chez le propriétaire, je pris la direction de Privas ; il ne fallait pas être en retard au rendez-vous au SDIS (Service Départemental d'Incendie et de Secours), ça aurait fait mauvais effet. Je devais travailler tout Août pour le SDIS, en tant que pompier saisonnier, afin de surveiller une partie du département et scruter les départs de feu. Nous avions été embauché à deux copains de BTS pour ce boulot : j'étais ravi de passer ce mois avec Cédric, cela permettait d'atténuer l'effet du départ d'Ardèche et de la séparation avec les copains.

Arrivé en avance à Privas, je me fendis d'un petit coup de téléphone à Cédric, dont je n'avais pas de nouvelles depuis plusieurs jours. Il avait parlé d'être un peu en retard d'un ou deux jours, pour des raisons administratives (il négociait son service civil "vert" dans les Pyrénées Orientales, ce qui lui permettait de vivre auprès de sa copine et de faire un service militaire intelligent...) ; mais ce qu'il m'annonça me figea. Il annulait purement et simplement sa venue.

Pour moi, ce boulot revêtait une importance psychologique cruciale. Le petit groupe que nous avions formé en BTS, avec Didier, était très soudé. Nous étions inséparables et habitions quasiment les uns chez les autres. Enfin, c'est surtout Cédric qui habitait presque chez moi :-) Le désistement de Cédric, même pour une bonne raison (il ne voulait pas abandonner sa copine quelques semaines) a sonné comme une trahison, un grand coup de canif au pacte d'amitié qui nous liait depuis deux ans. Il m'a fallu du temps pour lui faire à nouveau confiance, et aujourd'hui, tout va pour le mieux, mais cet abandon à la dernière minute m'avait démoli. Un jour je ressortirai ses longues lettres d'excuses dont il a le secret, pour lui donner la honte : la vengeance est un plat qui se mange très froid... Niark niark.

L'Adjudant-Chef m'attendait à l'accueil du SDIS. Elle venait d'être informée du désistement de mon collègue et était presque aussi embêtée que moi : il lui fallait trouver un remplaçant. Elle m'annonça donc que pendant quelques jours, des pompiers volontaires viendraient se relayer dans la tour de guet à laquelle j'étais affecté. Je ne m'assumais pas du tout encore à l'époque, mais j'aurais dû m'en réjouir, je ne perdais pas au change (vengeance bis).

Nous sommes donc partis, les pompiers dans leur CCF, moi dans ma bonne vieille Fiesta, sur les petites routes du nord-ouest de Privas. J'ai eu du mal à suivre (les ardéchois, sur leurs petites routes, conduisent comme des gardois... Ce n'est pas un compliment), mais ce n'était rien à coté de la piste DFCI qui permettait de monter à la vigie... Dans leur véhicule tout terrain, les pompiers n'ont pas eu trop de soucis, forcément, mais moi, la voiture a frotté plus d'une fois les cailloux ou les bosses de la piste. L'arrivée à la tour a été une délivrance.

Vigie du Serre du Pied de Boeuf, coté vigie Je me souviens de la guetteuse qui me précédait le mois de Juillet, Karen ; j'ai oublié qui était son collègue. Ils me passèrent les consignes, m'indiquèrent quelques point de repère et quelles étaient les fumées régulières et normales (les centrales nucléaires du val de Rhône, la fumée de l'usine Lafarge derrière le massif du Coiron...). Ils remballèrent leurs affaires en vitesse. A peine dix minutes après mon arrivée, ils étaient partis.

Je me retrouvais seul avec R., le pompier désigné d'office volontaire. Nous nous installâmes rapidement, je vidais de la voiture les courses que j'avais prévu pour ce morfal de Cédric quelques jours. Il m'annonça calmement qu'il allait faire la sieste, puis me laissa à ma vigie / vigilance, seul dans ma tour, où je ne voyais rien venir et où j'avais tous le loisir de ruminer...

Je fis ma première annonce météo à 11h (j'expliquerai la vie quotidienne dans les tours dans un prochain post), puis la vie à Gelon 34, la Tour du Serre du Pied de Boeuf démarra en douceur.