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samedi 18 juillet 2009

Les pompiers sud-ardéchois à l'oeuvre

Un court reportage diffusé ce soir sur BFM Tv... C'est une chaîne que je ne regarde presque jamais, pourtant, en zappant, je suis tombé sur quelques images qui m'étaient familières (à la fin, l'image de la vigie et du paysage ardéchois). Merci VLC pour la capture, même si j'ai bien galéré après pour la mettre au bon format pour l'importer sur Dailymotion :-) .


J'ai travaillé deux étés comme pompier saisonnier, notamment dans la tour que l'on aperçoit dans le reportage ; une tour où j'ai failli être brûlé vif, un peu à cause des forestiers-sapeurs (mouais, bon, ok, j'exagère un peu...).

Pour mémoire, pendant les mois d'été, tout feu est interdit dans les départements méditerranées (et probablement quelques autres).

lundi 1 septembre 2008

Mardi 1er Septembre 1998 - Retour à la civilisation

Sainte-Marguerite - La vigie Après avoir passé le cap des 30 ans, je me suis surpris à regarder en arrière. Plus de 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre symbolique, une occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque qui a contribué, plus que toute autre, à ce que je suis aujourd'hui.

Tensions. C'est le terme qui résume le mieux les derniers jours passés à la tour de guet de Sainte-Marguerite. Ma collègue Flo et moi n'étions plus du tout sur la même longueur d'onde, et limitions nos interactions. La moindre remarque était prétexte à vexation, aussi bien de mon coté que du sien, et nous n'avions plus rien à nous dire. De toute façon quand on parlait, on finissait toujours par s'engueuler (coupdechaud) .

Les départs d'incendies étaient devenus rares grâce aux averses régulières et aux petits orages, l'activité était donc très réduite, rythmée uniquement par quelques écobuages le matin, et par les bulletins météo que nous passions toutes les trois heures. Les températures avaient baissé, aussi, et les nuits commençaient à être un peu froide dans la caravane. Une ou deux fois, quand le vent soufflait, il nous est arrivé de dormir dans la chapelle, beaucoup mieux isolée.

C'est sans tristesse que j'ai commencé à ranger mes affaires pour plier bagages et fermer la tour. Ce mois d'Août avait été éprouvant, aussi bien par les conditions de vie spartiates que par ma relation avec Flo. Les deux autres mois où j'avais été pompier saisonnier m'avaient laissé de bien meilleurs souvenirs, et j'avais même été ennuyé de partir de la Vigie du Pied de Boeuf, en Août de l'année précédente.

En dehors de la compagnie de Flo, c'était un boulot que j'appréciais énormément. L'isolement géographique, la contrainte de ne pas quitter la Tour pendant un mois, le coté ermite, la possibilité d'avoir du temps pour réfléchir et penser, les grandes responsabilités du poste... Tout cela me plaisait. J'avais aussi beaucoup profité de ces deux mois loin de tout pour faire la paix avec moi-même, pour accepter certaines choses importantes comme mon homosexualité, et pour casser le cercle vicieux d'échecs qui s'était emparé de moi depuis un an. J'avais intériorisé une nouvelle dynamique, une nouvelle force, et j'ai presque réussi tout ce que j'ai entrepris depuis, dans une spirale vertueuse où mes projets coïncidaient avec mes rencontres des bonnes personnes au bon moment.

Je n'ai jamais rempilé pour une saison de volontariat. J'aurais bien voulu, je reste assez nostalgique de ce boulot, qui, en dehors des pics de stress dus aux départs d'incendies, est assez paisible et agréable. En 2004, j'avais fait acte de candidature ; c'était une période où je n'allais pas très très bien et où j'avais besoin de recul. Je n'avais malheureusement pas été retenu, j'étais juste sur liste d'attente. J'ai donc organisé mes vacances, et c'est la veille de la prise de poste du mois d'Août qu'ils m'ont appelé pour faire un remplacement ! C'était bien trop tard pour moi, je devais être en Bretagne ou en Vendée, j'étais passé à autre chose. Mais je ne dis pas que je ne le referais pas. Pour l'anecdote, Flo a refait une saison de pompier, l'année suivante. Elle était avec un de mes amis, et cela n'a apparemment pas été toujours facile. Étonnant, non ?

En ce mardi 1er septembre 1998, nous avons bouclé la caravane, nettoyé la tour. En démontant la "douche", nous nous sommes aperçu avec les pompiers de Vals qu'un beau nid de guêpes avait établi domicile à coté de la prise d'eau. Nous comprenions beaucoup mieux pourquoi les guêpes étaient si fréquentes quand nous tentions une douche. Et dire que nous les pensions attirées par l'eau : non, non, elles habitaient juste là.

Puis nous avons quitté le site, avec juste une pause avec Flo pour déposer la clé de la Chapelle dans la boite à lettres du curé de Chirols (enfin, je crois que c'était à Chirols). Pour Flo et moi, les routes se séparaient là. Elle aurait souhaité qu'on se dise au-revoir à Aubenas, mais j'étais pressé de tourner la page. Elle me fit un petit discours sur le thème du "Malgré tout ce qu'on s'est dit, c'était super-méga-génial de bosser avec toi, tu vois". En mon for intérieur, j'étais plutôt sur le thème du "Cause toujours tu m'intéresses, et dépêche toi d'en finir". C'est que je suis rancunier, voyez-vous, et elle m'avait mené une vie d'enfer. Ceci dit, je pense le lui avoir bien rendu, Un partout, balle au centre.

Nous nous sommes donc séparés là. Je fonçai immédiatement sur Aubenas, sans un regard en arrière et sans regret, notamment pour aller prendre possession de mon appartement : avec mon service militaire sous forme d'objection de conscience, et je réaménageai pour deux ans en Ardèche.

Je pris enfin une douche, après trois semaines de toilette limitée : il n'est pas meilleure sensation que de se sentir aussi propre. C'était du bonheur total. Je fis enfin un aller-retour en Touraine, chez mes parents, pour récupérer mes affaires. A l'époque, tout tenait encore dans une voiture. Deux ans plus tard, il me faudra 4 voitures pour déménager vers Montpellier 0:-) . Je me réinstallai dans la même résidence où j'avais été étudiant, et que je n'avais quitté qu'un an plus tôt. Je ne comprendrais que bien plus tard que c'était une erreur. Mais à cet instant-là, je ne pouvais pas l'imaginer. Je m'apprêtais à changer de rythme, à basculer dans la vie active. Le défi de mon service civil m'intimidait un peu, mais j'étais impatient de démarrer.

jeudi 21 août 2008

Vendredi 21 Août 1998 - Envies de sacrifices humains

Aout98-ValleeAubenas.jpg Après avoir passé le cap des 30 ans, je me suis surpris à regarder en arrière. Plus de 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre symbolique, une occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque qui a contribué, plus que toute autre, à ce que je suis aujourd'hui.

Les feux commençaient à se faire un peu rares, après le 15 Août. Il y avait eu une très belle alerte quelques jours avant, mais à l'extrême Sud du département, donc sur un secteur que nous ne gérions pas. Néanmoins, nous avons été les premiers à voir le gros panache de fumée roussâtre qui n'annonçait rien de bon : une telle fumée indiquait de manière certaine un incendie dans une pinède, l'un des pires scénarios dans le cadre de la défense des forêts contre l'incendie. Nous nous inquiétions du silence de la vigie concernée quand celle-ci appela le CODIS pour signaler le feu, qu'ils avaient eu du mal à localiser précisément.

Sur notre secteur, c'était plus calme, peut-être parce que moins forestier. Néanmoins, nous avions régulièrement des coups de chaud avec un probable pyromane, qui démarrait des incendies très régulièrement, toujours sur le même secteur. Il n'y avait aucun doute sur l'action humaine : le feu partait du bord de route puis, 20 ou 30 minutes plus tard, un nouvel incendie démarrait à quelques kilomètres de là. Et ainsi de suite sur 4 ou 5 foyers. Suspect, non ? Je ne me souviens pas qu'un pyromane ait été arrêté, mais il a dû avoir la frousse parce cela n'a pas duré très longtemps, fort heureusement.

Quand Flo ou moi étions dans la vigie, l'autre profitait généralement d'un peu de calme pour lire, faire du courrier etc. Nous devions aussi accueillir et sensibiliser les nombreux touristes qui passaient par là. Grâce à la chapelle Sainte-Marguerite, il y avait tous les jours des pelletés de touristes qui passaient (et beaucoup de locaux le week-end). Nous n'avions pas le droit de les faire monter dans la Tour (normal, vu la sécurité inexistante de l'échelle d'accès), mais nous descendions régulièrement parler avec eux. Comme en Juillet au Serre de Barre, mon affectation précédente, le défilé était permanent et certains essayaient de s'incruster dans la Tour. Nous leur faisions les gros yeux, et généralement, cela suffisait :-) Mais il y avait aussi des bons cotés à la fréquentation touristique. Je me souviens par exemple d'un cycliste qui est venu tous les matins à vélo pendant une semaine. Il était vraiment super-super-(super...)-canon, habillé avec un truc noir moulant de cycliste (qui ne mettait rien en valeur du tout :'( ) et un tout petit débardeur. Un matin, alors que j'ouvrais la chapelle un peu en retard, nous avons discuté un moment, et c'est là que j'ai découvert qu'il était anglais (et probablement pas hétérosexuel). Il est revenu le lendemain matin pour me dire au-revoir, cet adorable garçon (j'avais une touche et pas Flo, nananère (tirerlalangue) ).

Comme je le disais, des autochtones venaient aussi régulièrement. J'avais sympathisé avec un couple de jeunes retraités locaux, qui était venu un soir pour profiter du temps merveilleux et du point de vue fantastique sans trop de pollution lumineuse, pour regarder les étoiles. Forcément, cela m'a intéressé. Ils sont revenus plusieurs fois passer un moment avec nous sur notre colline. Pas à la belle étoile comme au début : les soirées devenaient fraiches et plus d'une fois nous avons eu de la pluie. Mais c'était agréable d'avoir de la visite d'amis, qui nous apportaient toujours des petites choses à grignoter (du gâteau-maison, du pain frais, des légumes du jardin...). Après mon départ de la Tour le 1er Septembre, j'avais gardé le contact avec eux, notamment parce que nous avions des connaissances communes dans mon village natal (le monde est petit...) et qu'ils avaient un gîte rural pas loin d'Aubenas. Mes parents l'avaient d'ailleurs loué une année alors qu'ils étaient venus passer des vacances de la Toussaint en Ardèche.

Je recevais aussi très régulièrement la visite de mon ami Cédric, et cela me faisait un bien fou. La collaboration et la cohabitation avec Flo ne se passait pas bien, et j'eus plus d'une fois envie de la pousser par dessus bord du haut de notre vigie, ou de la sacrifier à je ne sais quelle divinité sur l'autel de la chapelle. Je sais que je ne suis pas forcément facile à vivre, mais le défaut était largement partagé.

Dans un premier temps, j'ai eu le malheur de reprocher à Flo de ne pas faire un travail très rigoureux. Cela me dérangeait, et j'avais peur qu'elle ne laisse passer un départ de feu. En effet, pendant son tour de garde, mademoiselle vaquait à ses occupations : elle lisait, faisait son courrier, remplissait des grilles de mots-croisés, tout en relevant la tête ponctuellement pour faire un rapide tour d'horizon depuis sa chaise posée au milieu de la vigie. Je n'étais pas d'accord avec ça, notamment parce qu'il y avait de nombreux angles morts depuis son point de vue, à cause des boiseries de la vigie. Nous avions quand même une responsabilité importante : en cas de feu non détecté, des vies pouvaient être menacées. Pendant mon tour de garde, je passais 100% du temps à surveiller toutes les zones du regard, en circulant sur le petit chemin de ronde de la vigie. Cela l'agaçait au plus haut point car je faisais du bruit en marchant (le bois grinçait un peu) et elle ne pouvait pas faire la sieste pendant ses périodes de repos... Mais je ne pouvais pas non plus faire la sieste : quand c'était elle qui surveillait, je n'étais pas suffisamment tranquille pour pouvoir dormir...

Aout98-Escrinet.jpg Les boutades du début devinrent de petites piques puis des vacheries de plus en plus mauvaises. Elle prenait forcément le contrepied de tout ce que je lui disais. Et il est probable que j'en faisais autant 0:-) ... Quoi qu'il en soit, tout devenait prétexte à s'engueuler. L'établissement d'une liste de courses, un jour où j'allais au ravitaillement, fut épique. Pour faire des économies pour son voyage au Canada, elle avait décidé qu'elle ne voulait plus trop dépenser d'argent en alimentation. Elle avait décrété que je devais faire les courses pour une semaine pour un montant maximum de 25 francs par personne. Non, non pas euros, francs. Soit à peu près 4€ pour manger pour pendant une semaine pour une personne, ce qui est parfaitement ridicule. Les conditions de vie étaient suffisamment dures pour pas qu'on ne rajoute des contraintes alimentaires. Je n'ai bien sûr pas réussi à respecter sa contrainte, et me suis fait engueulé. Pourtant, je n'avais pris que du basique mauvais. Je n'ai jamais aussi mal mangé que cette semaine-là, et je perdis une partie des kilos précieusement emmagasinés le mois précédent, alors que Ben et moi mangions comme des gorets. On peut me priver de beaucoup de choses, mais pas de nourriture, et je fus vraiment brimé dans mon alimentation pendant 8 jours.

La semaine d'après, je me suis vengé. Je lui ai acheté ses 25 francs d'alimentation pas bonne (et même un peu moins cher), avec une facture séparée. Et moi, je me suis fait plaisir sans compter. A moi les céréales et le muesli au petit déjeuner. A moi les bonnes tablettes de chocolat (pas la premium pleine de gras). A moi les bons petits plats tout préparé. A moi le Nutella (là j'étais vraiment dégueu). Mais le pire restait à venir : après ma semaine de privation, je ne me gênais pas pour manger ostensiblement en sa présence toutes les douceurs que j'avais ramené, en rajoutant pour la forme quelques petits "Mmmmm" de satisfaction quand je me régalais (tirerlalangue) . Je sais, je suis horrible. Mais faut pas me priver de bouffe, ça me rend méchant. L'une de nos plus belle engueulade eu lieu le jour où je me suis aperçu qu'elle me taxait des trucs, et que je lui ai demandé de contribuer aux dépenses :-D . J'étais vraiment à bout de nerfs, et lorsque je relis les courriers de l'époque envoyés à ma famille, j'ai encore le sang qui se met à bouillir à ces souvenirs. Bah, elle aussi n'a pas du trouver la vie rose tous les jours, je ne suis pas du genre à me laisser faire.

Le problème de Flo, je crois, c'est qu'elle vivait très mal l'isolement. Elle avait son voyage à préparer et avait l'habitude d'être entourée d'amis. La situation à la vigie la rendait nerveuse, et je pense que je faisais les frais de son anxiété. Un soir, alors qu'elle menaçait de péter un câble, elle décida de quitter le site de la Vigie pour aller se balader en ville et faire la fête. C'était l'un des rares interdits : nous ne devions absolument pas, pour des raisons de sécurité, quitter la Vigie. On pouvait avoir besoin de nous à n'importe quel moment. Bref, elle a fichu le camp pendant une grosse partie de la nuit. J'en étais presque à souhaiter qu'elle ait un accrochage (avec un véhicule de pompier, pour que ce soit plus drôle), mais non, elle revint indemne, très tard.

Un autre point de friction était ce qu'elle disait aux autres guetteurs pendant nos séances de "Radio Gelons" avec les autres tours. Ces épisodes de discussion entre les vigies devenaient de plus en plus un exutoire de toutes les frustrations de guetteurs, et c'était assez désagréable d'écouter tout le monde se plaindre. Ça tournait aussi au vulgaire lorsque certain(e)s parlaient de leurs frustrations sexuelles... Flo, elle, tapait sans se retenir sur les pompiers qui assuraient normalement notre ravitaillement. Certes, le courant ne passait pas bien avec eux, mais de là à leur faire porter tous nos malheurs et à les insulter, il y a des limites à ne pas franchir. Nous pensions discuter en toute liberté et en toute impunité sur le canal 5 ou le canal 63, mais je savais que nos interventions n'étaient pas aussi discrètes que certains le pensaient. Il apparut que c'était effectivement le cas : j'appris plus tard que les séances de Radio Gélons étaient suivies dans les casernes par les pompiers d'astreinte, de même que par le CODIS. Ça les occupait... On comprend mieux pourquoi, après, les pompiers qui géraient notre Tour étaient un peu froids avec nous (coupdechaud) ...

Les derniers jours d'Août ont été très longs. Le temps se dégradait, au même rythme que l'entente avec ma collègue. La pluie revenait régulièrement, ce qui ne nous facilitait pas la vie, et les orages d'abord localisés sur le Plateau Ardéchois ou de l'autre coté de la vallée du Rhône, devinrent plus menaçants. Une fois, en fin de journée, on vit les nuages d'orage déborder du Plateau et se rapprocher de nous. Cela ne fut pas instantané : la foudre tombait progressivement sur toutes les crêtes au fur et à mesure de la progression des nuages, et en sentait bien que nous allions y avoir droit aussi. Pas un sommet n'avait fait exception, et notre exposition était très forte, surtout avec la forêt d'antennes située sur notre montagne. La tension montait en parallèle entre Flo et moi. Je ne faisais pas le fier : c'est une chose de prendre la foudre par surprise, c'en est une autre d'attendre qu'elle vous tombe sur le coin de la gu... Quand l'orage a été à notre porte, nous avons quitté l'écoute radio et débranché tous les appareils électriques, ainsi que le câble reliant notre poste radio à l'antenne. Il n'y avait plus qu'à être patient... La meilleure chose était de rester dans la Tour, car elle était protégée par un paratonnerre, contrairement à la caravane (cependant, cette dernière devait quand même être à peu près protégée, car ses armatures en métal et ses filins reliés au sol devaient faire cage de Faraday).

Tout à coup, alors que la tension était au paroxysme et Flo au bord de la panique complète, tout notre environnement s'illumina, la tour trembla et un formidable bruit de tonnerre nous fit sursauter et nous fracassa les oreilles, et une étincelle d'une trentaine de centimètres sorti au travers de la salle par l'extrémité du câble de l'antenne. Cela ne dura qu'une fraction de seconde, puis ce fut fini : la foudre était tombée à un petit mètre au dessus de nos têtes. Il ne resta plus dans l'air que cette odeur si particulière d'ozone et une petite odeur de brûlé. Quelque peu inquiets, nous avons vérifié que la vigie ne prenait pas feu, ni même les alentours, mais tout était intact. L'odeur provenait d'une marque de brulure, faite sur le sol en bois de la vigie par la belle étincelle du câble d'antenne... Nous avions eu une belle frayeur, c'était drôlement impressionnant. Flo fit un peu de parano pendant quelques minutes en refusant de manger avec ses couverts métalliques (rolleyes) mais l'orage finissait et aucun autre éclair ne nous tomba dessus.

Cette expérience/peur commune aurait pu nous rapprocher, mais il n'en fut rien, bien au contraire. Heureusement, il ne restait plus que quelques jours de guet. Nous attendions impatiemment le 1er septembre.




Photo 1 : Vue sur la vallée de l'Ardèche et sur le nord de la "plaine" d'Aubenas, principale zone surveillée par cette tour de guet. Il y a toujours dans le paysage quelques fumées "normales" qui ne sont pas des incendies : le panache que l'on voit à droite est celui de l'usine de la BSN, à Labégude, qui fabrique des bouteilles, notamment pour la source de Vals-les-Bains. C'est d'ailleurs Vals, si mes souvenirs sont bons, que l'on aperçoit juste à droite de l'antenne.

Photo 2 : La photo a mal vieilli, elle tourne au jaune. C'est une vue sur le fameux col de l'Escrinet, qui fait si souvent parler de lui pour les heurts entre chasseurs et ornithologues. Ce col est une séparation entre l'Ardèche du Nord et l'Ardèche du Sud ; la route qui va d'Aubenas à Privas (puis la vallée du Rhône et Valence, dans la Drôme) passe par là. Un oeil exercé pourra discerner la vigie du Serre du Pied de Boeuf (petit piton de quelques pixels sur la crête entre le col et le téton rocheux, à gauche). Enfin, je sais qu'il est là, il n'y a que la foi qui sauve :-) ...

dimanche 10 août 2008

Lundi 10 Août 1998 - Changement de collègue

SteMargueriteVigieEtChapelle.jpg Après avoir passé le cap des 30 ans, je me suis surpris à regarder en arrière. Plus de 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre symbolique, une occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque qui a contribué, plus que toute autre, à ce que je suis aujourd'hui.

Après les trois jours d'escapade chez mes parents, je trouvai quelques changements à la Tour. Ben, qui avait passé Juillet et la première semaine d'Août avec moi, était parti le 08/08. Il avait temporairement remplacé Flo, guetteuse du mois pour la vigie de Sainte-Marguerite, mais qui avait décalé son arrivée à cause de problèmes administratifs personnels. Les derniers jours avaient été difficiles pour Ben, il était loin de sa famille et des ses amis, et les conditions de vie ne remontaient pas vraiment le moral. Flo était finalement arrivée.

Pendant mon absence, j'avais été remplacé par Elsa, guetteuse de la tour en Juillet, et joli bout de fille aux déroutants yeux très bleus. C'était une chanteuse d'opéra, elle suivait le Conservatoire, et passait une grand partie de son temps libre à vocaliser dans la chapelle en contrebas de la vigie. Apparemment, les deux jours que les filles avaient eu en commun ne s'étaient pas très bien passés, et elles ne se dirent même pas au-revoir. Elsa me lança un "Bon courage avec elle" en partant, et Flo ne cessa de me dire du mal d'Elsa pendant trois semaines. Bonjour l'ambiance !

Je connaissais Flo depuis plusieurs années : elle était pionne dans le lycée où j'avais fait mon premier BTS. Etudiante attardée et permanente, elle était de toutes les fêtes, même si elle était plus âgée que nous. Disons qu'elle était jeune dans sa tête... Elle préparait un voyage de plusieurs mois au Canada, c'est d'ailleurs pour des questions de visa qu'elle n'avait pas pu monter à la tour plus tôt ; faire une partie de la saison de pompier était une bonne occasion pour elle de se poser avant de partir, tout en gagnant quelques sous pour le voyage. Il ne me fallut pas très longtemps pour me rendre compte que je ne la connaissais pas très bien.

Flo était un peu stressée. Quand venait son tour de garde, elle m'appelait régulièrement pour que je l'aide à localiser les feux. Je compris mieux pourquoi elle avait laissé passer un feu un peu conséquent pendant mon absence : elle paniquait et ne prenait pas le temps d'établir des points de repères. Elle s'habitua quand même assez vite à passer le bulletin météorologique, mais passa la main quand il fallut relayer la radio sur certaines interventions (notamment pour aller récupérer un cycliste dans un ravin, après qu'il eut quelque peu raté un virage en descente du col de la Chavade).

SteMargueriteChapelle.jpg Les conditions de vie à la tour n'étaient pas trop à son goût. Pas au mien non plus, bien sûr, mais ce n'était pas une raison pour râler tout le temps. Il fallait aller chercher des jerricans d'eau potable tous les deux jours dans une asinerie située en contrebas de "notre" montagne, je me dévouais souvent pour y aller ; au moins, je n'avais pas à la supporter pendant ce temps là. Parfois, pour me ménager une pause plus importante, j'allais au ravitaillement alimentaire à Aubenas. Le contact ne passait pas avec les pompiers qui s'occupaient normalement de nous (ceux de la caserne de Vals les Bains), nous les faisions donc venir le moins souvent possible, du moins pour les courses : ils avaient tendance à nous ramener n'importe quoi malgré des listes précises. Cela me peinait car j'avais guetté l'année d'avant avec le frère de l'un des responsables de la caserne, et cela s'était très bien passé. Mais là, le feeling ne passait pas. Ceci dit, nous appréciions leurs passages : en plus du courrier, du pain frais ou du journal, ils amenaient à chaque fois plusieurs packs de bouteilles d'eau de Vals. C'est à cette période-là que je pris le goût à cette eau, et c'est depuis cette période que j'en achète.

Pour aller faire les courses au plus proche supermarché, il nous fallait demander au CODIS une autorisation exceptionnelle pour quitter la Tour. Nous n'étions pas censés la quitter du tout pendant notre mois d'engagement, mais en période calme pour les feux (le matin tôt), l'un de deux guetteurs pouvait s'absenter un peu. Mais il fallait être de retour à 10h00... Et je n'étais jamais trop tranquille de laisser Flo guetter seule.

Je ne crois pas en avoir parlé jusque là, mais nous avions une mission spéciale en plus, à la vigie de Sainte-Marguerite. Nous devions nous occuper de la chapelle éponyme : ouverture le matin, fermeture le soir, entretien léger... Nous étions les gardiens de lieux et les nombreux touristes nous posaient souvent des questions à son sujet. Nous ne savions pas grand chose de plus que ce qui était indiqué sur le dépliant de présentation, mais cela leur évitait de lire :-) La chapelle, dédiée aux prières des femmes qui ne peuvent avoir d'enfants, devint un havre de paix. Et pourtant, Dieu sait que je suis particulièrement incroyant (coupdechaud) Très vite, des tensions apparurent avec Flo, et je pris la mesure des encouragements d'Elsa. Cela alla de mal en pis tout le reste du mois...

vendredi 1 août 2008

Samedi 1er Août 1998 - Rude vie à la vigie Sainte-Marguerite

Sainte-Marguerite - La vigie Après avoir passé le cap des 30 ans, je me suis surpris à regarder en arrière. Plus de 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre symbolique, une occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque qui a contribué, plus que toute autre, à ce que je suis aujourd'hui.

La fin du premier mois d'engagement de pompier saisonnier arriva beaucoup plus vite que prévu. Il y avait pas mal d'activité, et il fallait être très vigilant alors que l'été avançait. La chaleur et la sécheresse pouvaient entrainer des démarrages d'incendies très rapides et très virulents. Le 1er Août, Ben et moi étions relevés à la vigie du Serre de Barre. Nous avions rangé nos affaires et remis de l'ordre dans la tour avant l'arrivée de nos remplaçants pour le mois à venir, Laeticia et Sissou ; je ne me souviens que du surnom de son collègue, mais par contre, je connaissais bien Laeticia. Nous avions des amis communs, et elle avait fait le BTS que j'avais entamé à Annecy (celui que j'ai arrêté au bout de 3 mois). Elle aussi était une récidiviste des tours de guets, et nous avions sympathisé l'année d'avant. Comme elle connaissait déjà la tour du Serre de Barre, la transmission des consignes fut rapide. Nous les saluèrent, et remercièrent les pompiers des Vans pour leurs visites et leurs ravitaillements réguliers.

Ben et moi ne devions pas traîner. Nous avions rendez-vous le plus tôt possible à notre nouvelle affectation, puisque nous avions décidé de rempiler (une semaine pour Ben, un mois pour moi). C'est dans ma Fiesta chargée ras-la-gueule que nous sommes partis de la tour pour regagner les Vans. Le trajet sur la piste forestière a été aussi épique qu'à l'aller, mais nous ne nous en sommes pas trop mal sortis. Par contre, la traversée du village, le jour du marché, en fin de matinée, en pleine période touristique... tint de l'odyssée. De même que la remontée vers le centre de l'Ardèche et le secteur de Vals les Bains, où se situait la vigie de Sainte-Marguerite. C'était un jour de grand chassé-croisé, et la traversée d'Aubenas était beaucoup plus compliquée à l'époque que maintenant. La périphérie de la ville était complètement congestionnée et il fallut plus d'une heure pour en faire le tour. C'est donc en tout début d'après-midi que nous sommes arrivés à la tour, dépités par la route d'accès : de nombreuses sections très étroites, et à l'arrivée, encore une portion de route à flanc de montagne sans garde fou... Mais rien en comparaison de la déception qui nous attendait.

Sainte-Marguerite - La partie habitation Il flottait quand nous sommes arrivés, et les pompiers juilletistes étaient pressés de s'en aller. Les consignes nous ont été transmises en trois minutes, le tour du propriétaire a été réglé en moins de temps encore. Puis l'équipe de Juillet est partie, nous laissant seuls avec nos doutes. Il faut dire que la tour de Sainte-Marguerite n'a pas une bonne réputation, et on a vite compris pourquoi, c'est l'une des pires en terme de conditions de vie. Les deux autres tours où j'avais été affecté étaient des constructions monobloc en dur. Ce n'était pas le cas là. La partie vigie était une haute tourelle en bois, et l'accès se faisait par une échelle trop haute à mon goût (je suis sujet au vertige et le souvenir de la montée de l'échelle me tortille encore le ventre). La partie habitation était une vieille caravane qui prenait l'eau et le vent. Très peu d'espace de vie, pas de sanitaires. La douche ? Regardez la photo. Elle est dans l'ombre de la caravane : le socle métallique avec la pomme de douche au-dessus, c'est ça. Exposé à tous les vents et à tous les regards (le lieu est très touristique). Et l'eau chaude était fournie par le cube en plastique situé devant la caravane, cela délivrait une eau à peine tièdoche...

Les toilettes ? Nous avions les plus grandes toilettes du monde : toute une colline. Vous vouliez des toilettes senteurs pin des landes ? Il fallait aller dans la forêt de pin à l'est. Senteur lande à genêts ? Il fallait aller de l'autre côté, mais c'était moins discret, les buissons n'étaient pas très hauts. Il n'y avait pas non plus de cuisine, il fallait faire avec le strict minimum (une plaque et quelques ustensiles, situés dans la vigie). Comme il y avait peu de place, les courses étaient entreposées dans la caravane. Vous imaginez bien que les conditions, déjà peu agréables, devenaient infernales quand il pleuvait...

L'environnement aussi n'était pas grisant : la montagne où nous vivions était un sommet pelé, couvert de nombreuses antennes de radiocommunication (alors que dans les autres tours, une seule antenne supportait plusieurs systèmes). Le seul atout du lieu était une petite chapelle dédiée à Sainte-Marguerite, souvent invoquée par les femmes infertiles ou à la grosse difficile.

Le secteur que nous devions surveiller était assez large. Il allait de la montée vers le plateau ardéchois et la Haute-Loire à l'ouest, au Mont Gerbier de Jonc, au col de l'Escrinet de l'autre côté, puis une partie de la vallée du Rhône et enfin, un large point de vue sur la plaine d'Aubenas. Un grand secteur d'où nous pouvions voir les trois autres vigies (le Serre de Barre tout au sud, la Tour de Brison au dessus de Largentière et le Serre du Pied de Boeuf, au dessus de Privas). C'est la seule qui permettait de voir quasiment tout le monde. Il ne manquait en fait que la 5ème vigie du Serre en Don, au dessus du Cheylard, mais c'était bien au nord du département, au coeur des Boutières. De toute façon il est bien connu que les ardéchois du Nord ne parlent pas à ceux du sud :-) Un beau panorama et un secteur de l'Ardèche que je connaissais bien, cela compensait un peu la douche froide (très froide) des conditions de vie.

Quand le CODIS m'avait demandé si je voulais prendre aussi le tour de garde du mois d'Août, je n'avais posé qu'une condition : pouvoir faire un break de 3 jours histoire de faire une escapade rapide chez mes parents. Le 8 Août, c'était en effet les 50 ans de ma mère, et nous avions prévu une petite fête, forcément. Normalement, mon frère (qui habite les Alpes) ne devait pas venir, mais il avait réussi à se dégager de toute obligation. Il m'avait rejoint le 07 à la Tour, et nous étions partis ensemble pour la Touraine. Pour ménager la surprise, je le déposai à quelques dizaines de mètres de la maison de mes parents, puis arrivai seul. La surprise fut réussie quand mes parents virent arriver mon frangin à pied, dix minutes plus tard, à grand renforts de larmes de ma mère (bravo) . Bref, trajet aller + fiesta + trajet de retour, le séjour fut vraiment express. Cela n'en a pas moins été un vrai bonheur, car outre la fête d'anniversaire qui a été très réussi, je redécouvrais des plaisirs très terre-à-terre : la joie de l'eau courante et de la douche...

Je suis retourné dès le 09 au soir à la vigie, pour les 3 semaines qui restaient à faire. La situation n'était pas très vivable, mais je ne pensais pas à ce moment là que ça pouvait empirer.



Désolé pour les photos de mauvaise qualité. Les appareils-photo jetables, c'était quand même de la grosse bouse. Cela faisait des photos dégeu, aggravées par un mauvais développement probablement trop rapide. Les photos sont devenues moches et floues. Et dire que des fois, on râle contre le numérique...

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