Accueil | Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 20 septembre 2008

Sites naturels machines à fric (suite)

Faites valider le ticket, Canard Enchaîné 10/09/2008 L'article n'est pas très frais (il a été publié dans le Canard Enchaîné du 10/09/08), mais il me conforte dans le petit coup de gueule de l'autre jour, sur l'anthropisation des sites naturels.

L'article approfondit des choses que j'ai à peine effleuré dans mon billet ; il pointe trois idées importantes. Dans un premier temps, les sites naturels sont saturés par un tourisme de masse. La négligence des touristes et leur absence de respect des lieux aggrave l'impact humain sur des lieux très fragiles ; leur mépris des principes de sécurité parfois les plus élémentaires augmente de manière considérable les risques, déjà importants, y compris pour les professionnels (en montagne ou en mer). Le deuxième point, c'est que pour accroitre les profits (toujours) et réduire les risques (notamment juridiques), les décideurs installent des aménagements qui canalisent et encadrent les touristes. Le besoin d'intervenir est impérieux, on affirme protéger la nature, pourtant on la dégrade et on l'urbanise. Enfin, les amoureux de nature et les urbains ont de moins en moins d'espaces pour respirer et se libérer des contraintes de la ville. Il n'y a plus d'exutoire pour évacuer le stress que nous impose la société : la violence emmagasinée n'a besoin que d'une étincelle pour se libérer de manière décuplée.

L'article s'appuie sur l'ultime ouvrage de François Terrasson, écrivain naturaliste dont l'une des thèses principales est que si l'Homme détruit la nature, c'est parce qu'il en a peur. Terrasson était quelqu'un d'assez spécial ; je l'avais rencontré au cours d'un stage, il y a quelques années. J'en parlerais probablement un jour dans le détail, mais en gros, le but du stage était de se confronter à la nature dans des conditions particulières (de nuit, sans abri, feu ni lumière) pour mieux percevoir ses peurs et analyser sa propre perception de la nature. Un stage intéressant, et très révélateur. Le débriefing avec Terrasson ne s'était pas très bien passé (il avait en face de lui un groupe expert en nature et habitué à une perception particulière), mais globalement, j'avais appris des choses sur moi, c'était donc positif.

Ce bouquin de Terrasson, "En finir avec la nature", a été publié en 2002 et réédité récemment. C'est le dernier qu'il a écrit (il est mort en 2006). Son ouvrage fondateur ("La peur de la nature"), publié en 1988, est un incontournable pour comprendre les relations destructrices entre l'Homme et la Nature.