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dimanche 20 septembre 2009

Disparition des abeilles - la fin d'un mystère

Ballet à l'entrée de la ruche A l'heure où le colloque Apimondia se termine à Montpellier, je viens de regarder un DVD qui trainait dans mes affaires depuis un moment : "Disparition des abeilles - la fin d'un mystère" [1]. Un documentaire très factuel, pas sensationnaliste, à voir absolument.

Cette enquête est intéressante à plus d'un titre puisqu'elle fait le point sur un désastre qui touche la planète entière depuis quelques années : le syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles. Ce syndrome touche des colonies sur tous les continents, et provoque la mort de toutes les abeilles d'une ruche en quelques semaines, en quelques jours, voire en quelques heures. Les images sont assez effroyables : elles montrent des tapis d'abeilles mortes devant leur ruche complètement vide, un vrai carnage. Ce mal mystérieux touche aussi bien les colonies élevées par l'homme que les colonies sauvages, et semble en accélération depuis 2006 ; ainsi, en France, 450 000 ruches ont disparu depuis 7 ans, et dans certaines régions, la perte a atteint jusqu'à 80% du cheptel !

Il n'est pas inutile de rappeler l'importance des abeilles. Elles contribuent avec d'autres insectes à polliniser 80% des plantes, qui disparaitraient vite sans cela [2]. Cela semble énorme, mais une ruche polliniserait 35 millions de fleurs par jour. C'est une étape importante dans le développement des fleurs puisque la pollinisation peut entrainer la fécondation, et donc, la formation des fruits. Pas de pollinisation = pas de fruits ni de légumes : c'est dire si elle est importante pour l'agriculture et pour l'Humanité en général... La pollinisation a un autre intérêt : elle assure le brassage génétique des plantes par déplacement du pollen, et donc une amélioration des plantes et de leur santé, les rendant plus résistantes aux attaques des insectes ou des maladies.

Aux Etats-Unis déjà, il n'y a plus assez d'abeilles et les agriculteurs payent pour que les apiculteurs installent leurs ruches à proximité des cultures. Mais le déclin des pollinisateurs est dramatique : ils risquent d'être en nombre insuffisant dès 2012 !

Mais que se passe-t-il donc ?

Le documentaire avance quelques explications au syndrome frappant les abeilles. Dans un premier temps, il constate que les ruches sont atteintes par des pathologies et des multiplications de parasites tels que le varoa. Mais cet acarien semble s'attaquer aux colonies faibles : si la colonie est en bonne santé, elle s'accommode très bien des varoas et des autres parasites (d'ailleurs, l'abeille en a toujours eu). C'est donc plus un symptôme d'un problème que la cause de la disparition massive d'abeilles, tout comme les autres problèmes sanitaires (champignons, virus, etc.).

Autre piste : les produits agricoles et les méthodes de traitement. La multiplication des molécules différentes pour les traitements successifs des cultures (jusque 15 !) fabrique des cocktails ravageurs dont les effets sont très mal connus ; on sait à peu près quels sont les effets d'une molécule isolée, mais pas vraiment les interactions entre molécules d'insecticides, fongicides, herbicides et autres pesticides. La plupart de ces traitements ne tuent pas directement les pollinisateurs adultes, mais sont ramenés dans les ruches par l'alimentation (finalement létale) qui est donnée aux larves.

Ces traitements persistent durablement dans le sol, ce qui rend l'exposition des insectes aux toxiques bien plus longue qu'un simple traitement ponctuel des cultures. Ce phénomène est accentué par l'arrivée des semences de cultures enrobées de produits insecticides (neurotoxiques) ou fongicides. D'ailleurs, la commercialisation de ces semences coïnciderait assez avec le début de l'expansion des syndromes d'effondrement... Un hasard ?

La domination de quelques firmes phytosanitaires très puissantes ne facilite pas les études d'impact sur la santé des insectes (ou des humains). L'homologation des pesticides dépend de normes complètement dépassées (elles ont plus de 50 ans), qui ne tiennent pas du tout compte de la puissance des produits actuels, ni de la combinaison des différentes molécules toxiques. Le documentaire ne dit rien explicitement, mais cela ne semble pas près de changer.

La dernière source potentielle de désordre engendrant la disparition des abeilles est liée aux modes de cultures actuels : nous pratiquons encore très massivement des monocultures intensives, cela appauvrit l'alimentation des abeilles à tel point qu'aux Etats-Unis, les apiculteurs sont obligés de donner des compléments alimentaires aux ruches ! C'est complètement absurde puisque les abeilles produisent elles-mêmes leur nourriture, pourvu qu'on varie la source de butinage, et qu'on leur laisse suffisamment de miel.

Il y a très nettement deux symptômes possibles pour la disparition des abeilles : l'effondrement rapide des colonies, probablement lié à un traitement agricole ponctuel à grande échelle et la mort lente des ruches, due à l'accumulation des molécules toxiques auxquelles sont exposées les abeilles en permanence, à la faible qualité de l'alimentation des abeilles et aux parasites qui profitent de la fragilité de la colonie (varoa, virus, champignons...).

Comment résoudre le problème ? Les agriculteurs et les apiculteurs doivent de toute urgence se parler : il est facile d'éviter les catastrophes en fermant les ruches au moment des traitements ponctuels. Les agriculteurs ne sont pas les seuls responsables, d'ailleurs, puisque les jardins privés rejettent aussi beaucoup de produits toxiques. Mais il faut à tout prix réduire le nombre de molécules que l'on balance dans la nature, ainsi que leur toxicité. Il en va de la protection des insectes, mais aussi de la notre : non seulement toutes ces molécules nous rendent malades (cancers, entre autres) mais en plus elles mettent en danger notre approvisionnement alimentaire : l'agriculture aurait bien du mal à produire des fruits et légumes sans les pollinisateurs.





(c) photo : Printemps été - original (licence : CC-ByCC-By-NDCC-By-NC).

Notes

[1] Documentaire de 2008 ou 2009 de Natacha Calestrémé, assez difficile à trouver à la vente. Il est néanmoins diffusé en ce moment dans certains cinémas, comme à l'Utopia de Montpellier.

[2] La pollinisation, pour ceux qui ont séché les cours de botanique ou de biologie, est le mode de reproduction (sexué) de la plupart des plantes à fleurs. Elle est assurée par les insectes, les animaux, l'eau, le vent.

samedi 20 septembre 2008

Sites naturels machines à fric (suite)

Faites valider le ticket, Canard Enchaîné 10/09/2008 L'article n'est pas très frais (il a été publié dans le Canard Enchaîné du 10/09/08), mais il me conforte dans le petit coup de gueule de l'autre jour, sur l'anthropisation des sites naturels.

L'article approfondit des choses que j'ai à peine effleuré dans mon billet ; il pointe trois idées importantes. Dans un premier temps, les sites naturels sont saturés par un tourisme de masse. La négligence des touristes et leur absence de respect des lieux aggrave l'impact humain sur des lieux très fragiles ; leur mépris des principes de sécurité parfois les plus élémentaires augmente de manière considérable les risques, déjà importants, y compris pour les professionnels (en montagne ou en mer). Le deuxième point, c'est que pour accroitre les profits (toujours) et réduire les risques (notamment juridiques), les décideurs installent des aménagements qui canalisent et encadrent les touristes. Le besoin d'intervenir est impérieux, on affirme protéger la nature, pourtant on la dégrade et on l'urbanise. Enfin, les amoureux de nature et les urbains ont de moins en moins d'espaces pour respirer et se libérer des contraintes de la ville. Il n'y a plus d'exutoire pour évacuer le stress que nous impose la société : la violence emmagasinée n'a besoin que d'une étincelle pour se libérer de manière décuplée.

L'article s'appuie sur l'ultime ouvrage de François Terrasson, écrivain naturaliste dont l'une des thèses principales est que si l'Homme détruit la nature, c'est parce qu'il en a peur. Terrasson était quelqu'un d'assez spécial ; je l'avais rencontré au cours d'un stage, il y a quelques années. J'en parlerais probablement un jour dans le détail, mais en gros, le but du stage était de se confronter à la nature dans des conditions particulières (de nuit, sans abri, feu ni lumière) pour mieux percevoir ses peurs et analyser sa propre perception de la nature. Un stage intéressant, et très révélateur. Le débriefing avec Terrasson ne s'était pas très bien passé (il avait en face de lui un groupe expert en nature et habitué à une perception particulière), mais globalement, j'avais appris des choses sur moi, c'était donc positif.

Ce bouquin de Terrasson, "En finir avec la nature", a été publié en 2002 et réédité récemment. C'est le dernier qu'il a écrit (il est mort en 2006). Son ouvrage fondateur ("La peur de la nature"), publié en 1988, est un incontournable pour comprendre les relations destructrices entre l'Homme et la Nature.