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samedi 18 octobre 2008

Le principe pollueur/payeur : de la nécessité de repenser notre consommation

Poubelle qui déborde Les députés ont adopté cette nuit[1] un amendement[2] appliquant le principe pollueur/payeur aux ménages. D'ici 10 ans, le coût de l'enlèvement des déchets des foyers sera en partie proportionnel au poids de déchets rejeté.

Cela n'est pas une idée absurde, je clame depuis longtemps qu'il faut imputer à tous les niveaux de notre société le coût financier réel de notre impact sur l'environnement. Mais il ne faut pas que l'on oublie que notre société ne se constitue pas que de ménages. Et que le principe pollueur/payeur, pour être équitable et efficace, doit s'appliquer à tous.

Ainsi, l'agriculture fait figure de pire exemple. Je suis pourtant un farouche partisan du maintien de l'agriculture[3]. Mais il ne faut pas se leurrer, les agriculteurs sont de gros pollueurs : usage abusif d'eau, pollution des nappes phréatiques, épandages irraisonnés d'engrais, pesticides ou insecticides... Et pourtant, ils sont loin de contribuer autant que les ménages à la dépollution de l'eau[4]. On est loin de l'équité, et encore plus loin du principe pollueur/payeur.

L'industrie n'est pas exempte de reproches non plus. Outre les accidents occasionnels qui sont plus ou moins réparés ou compensés (fuites dans les rivières, abandons sauvages de déchets, rejets dans l'atmosphère ou la mer...) l'industrie produit un énorme volume de déchets. Et le transport des produits finis (les transports en général, d'ailleurs) a un impact environnemental qui n'est pas facturé par notre société aux entreprises qui polluent. Les millions de poids-lourds qui rejettent des milliards de tonnes de CO2 et autres cochonneries (gaz sulfurés, particules...) et qui entrainent des conséquences sur la santé, la nature ou les infrastructures seraient beaucoup moins rentables s'ils devaient compenser financièrement les dégâts qu'ils provoquent. Une éco-taxe semble en bonne voie pour les camions ; elle sera reversée à des projets d’infrastructures pour le transport (on pense au ferroutage ou aux péniches).

Les déchets des foyers sont une problématique légèrement différente ; nous ne sommes pas tout à fait producteurs de déchets, nous n'en sommes que les vecteurs. Une grande partie de nos déchets nous est imposée par les producteurs de biens que nous consommons. Même si l'on sélectionne les produits que l'on achète en fonction de leur emballage, il reste beaucoup de déchets. Le problème se situe donc en amont, et si nous voulons réduire le volume de nos poubelles, il faut aussi taper sur les producteurs, et envisager une sérieuse réduction à la source de la nuisance. Deux mesures simples : il faut d'urgence cesser le gaspillage que représente les emballages multiples inutiles. Et il faudrait sérieusement penser à la suppression, voire l'interdiction des publicités qui arrivent dans nos boites à lettres. Les deux confondus représentent plus du tiers du volume de ma poubelle.

Arrivera-t-on à mettre en place ces deux mesures ? Il n'est pas sûr que cela passe très bien auprès des publicitaires et des annonceurs. Mais on risque d'y être contraint. Après tout, l'interdiction des sacs en plastique a bien finie par être acceptée, elle aussi, et pourtant, ce n'était pas gagné d'avance.

Ce n'est pas la première fois que je le dis, mais il faut d'urgence revenir sur notre consommation à outrance et notre production de déchets. Il faudra envisager aussi de repenser la diffusion de publicité, en tenant compte de la puissance des nouveaux outils informatiques qui existent. Je regarde assez peu la pub qui arrive dans ma boite à lettres (à moins de rechercher quelque chose de précis, c'est direct à la poubelle). Mais je ne serais pas opposé à la réception par mail de publicités, pour peu qu'elle soit ciblée, peu fréquence, non intrusive, fonction de ce que je cherche (je ne cherche pas toujours quelque chose) ou des boutiques que je fréquente. La limitation, c'est effectivement que seulement 53% des foyers[5] sont équipés d'Internet. Mais si la moitié de ces 53% n'était pas inondé de pub, cela représenterait déjà des montagnes de déchets en moins.

On pourrait certes d'ores et déjà refuser la pub dans sa boite à lettres. Cependant, cela me pose problème : j'aime bien recevoir la communication institutionnelle pour me tenir au courant de ce qui se passe dans mon "environnement géopolitique proche" (région, département ville, agglomération... oué, ça aussi ça en fait du papier...) mais il n'y a pas de demi-mesure avec la pub, c'est tout ou rien. Il serait tellement facile de mettre toutes ces informations sur les sites web. Pourtant, quand on regarde les sites de nos nobles institutions, on pleure ; c'est étonnant comme les architectures des sites sont tordues : il est impossible d'y trouver ce que l'on cherche... On peut récupérer les revues en version PDF, souvent, mais c'est lourd, difficilement utilisable, et assez illisible. Il y a des technologies qui pourraient pourtant faciliter les choses. Un seul exemple, le RSS : c'est un moyen très simple et peu coûteux pour diffuser des actualités[6], beaucoup de sites ne le proposent encore pas (l'Agglo a une page récapitulant ses fils RSS, mais elle n'est pas très pratique à manipuler ; la Région utilise aussi un peu la technologie, mais du bout des lèvres). Bref, il y a de la réflexion et du travail en perspective dans ce domaine...

La vraie réforme environnementale n'est pas juste l'instauration de taxes, ponctions supplémentaires sur les finances des citoyens[7]. Il faut aussi revoir complètement notre façon de consommer, en ayant une consommation plus durable.





(c) photo : Dave Hamster - original (licence : CC-By).

Notes

[1] De vendredi 17 à samedi 18/10.

[2] Proposé par le député communiste auvergnat André Chassaigne, devenu célèbre il y a quelques mois pour avoir fait rejeter (temporairement) la loi sur les OGM.

[3] Surtout l'agriculture de proximité, car quand la crise pétrolière arrivera vraiment, on sera content d'avoir des agriculteurs et des espaces prêts à produire des aliments sans qu'ils ne traversent la moitié de la planète... Il faut néanmoins que nous arrivions à une agriculture raisonnée et durable.

[4] J'ai la cagne de chercher les chiffres exacts, mais l'ordre d'idée est le suivant : la consommation d'eau est répartie entre les foyers (15%), l'industrie (25%) et l'agriculture (60%). La dépollution est financée très très très majoritairement par les taxes de dépollution sur les factures d'eau des foyers... Je crois que l'agriculture en paye moins de 10%.

[5] Cf. http://www.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/etude-credoc-2007.pdf, page 47.

[6] Je suis un grand fan du RSS !!

[7] Avec de la chance, lors de l'application du texte en 2018, on sera sorti du sarkozysme, donc notre pouvoir d'achat devrait s'améliorer...

jeudi 18 septembre 2008

Zut, je suis (presque) d'accord avec une mesure du Gouvernement

Basura electrónica Enfer ! Tout arrive. Le Gouvernement va pondre une liste des nouveaux produits qui seront soumis au système de bonus/malus environnemental, et il y a notamment dedans beaucoup de produits électroniques (ordinateurs, mobiles...). Voir l'actualité.

L'informatique est une industrie très polluante, et même si depuis 1 ou 2 ans, un mouvement de fond commence à faire prendre conscience de son impact négatif sur l'environnement, les efforts sont quand même assez limités. Quelques constructeurs ont une politique de recyclage, ou d'économie d'énergie ; ainsi, les principaux fabricants de processeurs (Intel et AMD) ont mis en parallèle leur habituelle course à la puissance et l'amélioration des performances énergétiques des processeurs. Un bon point, d'autant que la concurrence forcenée entre les deux entreprises les pousse à investir toujours plus dans ce domaine.

L'instauration d'un malus sur les produits les plus polluants et d'un bonus sur ceux qui le sont le moins, c'est une méthode qui n'est pas absurde. Cela permet de favoriser par le prix les appareils économes en énergie ou moins préjudiciables à l'environnement [1]. Cela a aussi un impact sur les constructeurs, qui ont tout intérêt à fabriquer des produits qui se vendent bien, et donc, qui ont une nuisance moindre.

Il faudrait profiter du débat pour avoir une réflexion en profondeur sur nos usages de la technologie. Ce serait très bien si cela pouvait aussi améliorer l'évolutivité ou la "réparabilité" des produits, car c'est un point noir de l'électronique : ils tombent très vite en désuétude, alors qu'on pourrait concevoir leur évolutivité dès le départ. Et ils coûtent plus cher à réparer qu'à bazarder et à racheter (les imprimantes ou les téléviseurs sont de bons exemples). Et sans verser dans l'intégrisme antitechnologique (un comble), il serait bien qu'on ait une vision un peu plus long-termiste de la technologie. Un exemple : le format de stockage DVD commence à peine à s'imposer et à s'installer qu'on tente de le remplacer par le format blu-ray. Mais les promoteurs de ce format ont prévenu : ils ne lui prévoient pas un avenir de plus de 5 ans ! Pourquoi tant de précipitation ? Heureusement, l'engouement pour ce format HD n'a pas l'air de prendre (les foyers, qui viennent tout juste de finir de s'équiper de lecteurs DVD et ont fini de renouveler leur vidéothèque VHS sont un peu réticents, et on les comprend).

Attention cependant à la tentation d'instaurer cette taxe pour faire du fric et remplir le tonneau des Danaïdes des finances publiques. Théoriquement, les recettes apportées par le malus de la taxe serviront à financer le bonus. Néanmoins, on ne peut pas exclure qu'une partie des fonds s'égarent malencontreusement pour d'autres projets non environnementaux. Je n'ai aucune idée de la manne que cela pourra représenter, mais les guignols qui nous dirigent font feu de tout bois.

D'autre part, il faut bien prendre garde à ce que cette taxe soit équitable et qu'elle touche tout le monde, particuliers comme entreprises. Il ne faut pas se tromper de cible. Les foyers ne produisent que 4% des déchets, le reste étant dû principalement à l'industrie [2]. Il faut responsabiliser les entreprises quant à leur impact sur l'environnement, qui a un coût énorme pour la société et qui n'est imputé à personne.

Quand on voit ces bâtiments des zones industrielles pleines de bureaux dont les lumières restent allumées toutes la nuit, on se dit que ce n'est que la partie émergée de l'iceberg et qu'il y a du pain sur la planche...




(c) photo : manuelfloresv - original (licence : CC-By).

Notes

[1] Cela a plutôt bien fonctionné pour le bonus/malus sur les véhicules, puisque les ventes des gros véhicules gourmands se sont effondrées, mais cela a aussi été favorisé par le prix exorbitant des carburants.

[2] Chiffres donnés par le Canard Enchaîné du 17/09/08, p. 1.