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vendredi 1 août 2008

Samedi 1er Août 1998 - Rude vie à la vigie Sainte-Marguerite

Sainte-Marguerite - La vigie Après avoir passé le cap des 30 ans, je me suis surpris à regarder en arrière. Plus de 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre symbolique, une occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque qui a contribué, plus que toute autre, à ce que je suis aujourd'hui.

La fin du premier mois d'engagement de pompier saisonnier arriva beaucoup plus vite que prévu. Il y avait pas mal d'activité, et il fallait être très vigilant alors que l'été avançait. La chaleur et la sécheresse pouvaient entrainer des démarrages d'incendies très rapides et très virulents. Le 1er Août, Ben et moi étions relevés à la vigie du Serre de Barre. Nous avions rangé nos affaires et remis de l'ordre dans la tour avant l'arrivée de nos remplaçants pour le mois à venir, Laeticia et Sissou ; je ne me souviens que du surnom de son collègue, mais par contre, je connaissais bien Laeticia. Nous avions des amis communs, et elle avait fait le BTS que j'avais entamé à Annecy (celui que j'ai arrêté au bout de 3 mois). Elle aussi était une récidiviste des tours de guets, et nous avions sympathisé l'année d'avant. Comme elle connaissait déjà la tour du Serre de Barre, la transmission des consignes fut rapide. Nous les saluèrent, et remercièrent les pompiers des Vans pour leurs visites et leurs ravitaillements réguliers.

Ben et moi ne devions pas traîner. Nous avions rendez-vous le plus tôt possible à notre nouvelle affectation, puisque nous avions décidé de rempiler (une semaine pour Ben, un mois pour moi). C'est dans ma Fiesta chargée ras-la-gueule que nous sommes partis de la tour pour regagner les Vans. Le trajet sur la piste forestière a été aussi épique qu'à l'aller, mais nous ne nous en sommes pas trop mal sortis. Par contre, la traversée du village, le jour du marché, en fin de matinée, en pleine période touristique... tint de l'odyssée. De même que la remontée vers le centre de l'Ardèche et le secteur de Vals les Bains, où se situait la vigie de Sainte-Marguerite. C'était un jour de grand chassé-croisé, et la traversée d'Aubenas était beaucoup plus compliquée à l'époque que maintenant. La périphérie de la ville était complètement congestionnée et il fallut plus d'une heure pour en faire le tour. C'est donc en tout début d'après-midi que nous sommes arrivés à la tour, dépités par la route d'accès : de nombreuses sections très étroites, et à l'arrivée, encore une portion de route à flanc de montagne sans garde fou... Mais rien en comparaison de la déception qui nous attendait.

Sainte-Marguerite - La partie habitation Il flottait quand nous sommes arrivés, et les pompiers juilletistes étaient pressés de s'en aller. Les consignes nous ont été transmises en trois minutes, le tour du propriétaire a été réglé en moins de temps encore. Puis l'équipe de Juillet est partie, nous laissant seuls avec nos doutes. Il faut dire que la tour de Sainte-Marguerite n'a pas une bonne réputation, et on a vite compris pourquoi, c'est l'une des pires en terme de conditions de vie. Les deux autres tours où j'avais été affecté étaient des constructions monobloc en dur. Ce n'était pas le cas là. La partie vigie était une haute tourelle en bois, et l'accès se faisait par une échelle trop haute à mon goût (je suis sujet au vertige et le souvenir de la montée de l'échelle me tortille encore le ventre). La partie habitation était une vieille caravane qui prenait l'eau et le vent. Très peu d'espace de vie, pas de sanitaires. La douche ? Regardez la photo. Elle est dans l'ombre de la caravane : le socle métallique avec la pomme de douche au-dessus, c'est ça. Exposé à tous les vents et à tous les regards (le lieu est très touristique). Et l'eau chaude était fournie par le cube en plastique situé devant la caravane, cela délivrait une eau à peine tièdoche...

Les toilettes ? Nous avions les plus grandes toilettes du monde : toute une colline. Vous vouliez des toilettes senteurs pin des landes ? Il fallait aller dans la forêt de pin à l'est. Senteur lande à genêts ? Il fallait aller de l'autre côté, mais c'était moins discret, les buissons n'étaient pas très hauts. Il n'y avait pas non plus de cuisine, il fallait faire avec le strict minimum (une plaque et quelques ustensiles, situés dans la vigie). Comme il y avait peu de place, les courses étaient entreposées dans la caravane. Vous imaginez bien que les conditions, déjà peu agréables, devenaient infernales quand il pleuvait...

L'environnement aussi n'était pas grisant : la montagne où nous vivions était un sommet pelé, couvert de nombreuses antennes de radiocommunication (alors que dans les autres tours, une seule antenne supportait plusieurs systèmes). Le seul atout du lieu était une petite chapelle dédiée à Sainte-Marguerite, souvent invoquée par les femmes infertiles ou à la grosse difficile.

Le secteur que nous devions surveiller était assez large. Il allait de la montée vers le plateau ardéchois et la Haute-Loire à l'ouest, au Mont Gerbier de Jonc, au col de l'Escrinet de l'autre côté, puis une partie de la vallée du Rhône et enfin, un large point de vue sur la plaine d'Aubenas. Un grand secteur d'où nous pouvions voir les trois autres vigies (le Serre de Barre tout au sud, la Tour de Brison au dessus de Largentière et le Serre du Pied de Boeuf, au dessus de Privas). C'est la seule qui permettait de voir quasiment tout le monde. Il ne manquait en fait que la 5ème vigie du Serre en Don, au dessus du Cheylard, mais c'était bien au nord du département, au coeur des Boutières. De toute façon il est bien connu que les ardéchois du Nord ne parlent pas à ceux du sud :-) Un beau panorama et un secteur de l'Ardèche que je connaissais bien, cela compensait un peu la douche froide (très froide) des conditions de vie.

Quand le CODIS m'avait demandé si je voulais prendre aussi le tour de garde du mois d'Août, je n'avais posé qu'une condition : pouvoir faire un break de 3 jours histoire de faire une escapade rapide chez mes parents. Le 8 Août, c'était en effet les 50 ans de ma mère, et nous avions prévu une petite fête, forcément. Normalement, mon frère (qui habite les Alpes) ne devait pas venir, mais il avait réussi à se dégager de toute obligation. Il m'avait rejoint le 07 à la Tour, et nous étions partis ensemble pour la Touraine. Pour ménager la surprise, je le déposai à quelques dizaines de mètres de la maison de mes parents, puis arrivai seul. La surprise fut réussie quand mes parents virent arriver mon frangin à pied, dix minutes plus tard, à grand renforts de larmes de ma mère (bravo) . Bref, trajet aller + fiesta + trajet de retour, le séjour fut vraiment express. Cela n'en a pas moins été un vrai bonheur, car outre la fête d'anniversaire qui a été très réussi, je redécouvrais des plaisirs très terre-à-terre : la joie de l'eau courante et de la douche...

Je suis retourné dès le 09 au soir à la vigie, pour les 3 semaines qui restaient à faire. La situation n'était pas très vivable, mais je ne pensais pas à ce moment là que ça pouvait empirer.



Désolé pour les photos de mauvaise qualité. Les appareils-photo jetables, c'était quand même de la grosse bouse. Cela faisait des photos dégeu, aggravées par un mauvais développement probablement trop rapide. Les photos sont devenues moches et floues. Et dire que des fois, on râle contre le numérique...

samedi 6 octobre 2007

6 Octobre 1997 - Tournée méditerranéenne

Après avoir passé le cap des 30 ans, en février, je me suis surpris à regarder en arrière. 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une excellente occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque.

Massif de l'Esterel Ce lundi 6 octobre était une journée un peu spéciale. Nous partions tous très tôt en bus en "tournée forestière", c'est à dire une expé d'une semaine complète loin d'Annecy, sur une thématique précise. Destination : le sud de la France, pour une "tournée méditerranéenne".

Le lundi, après une grosse matinée de route, nous nous sommes arrêtés du coté de Forcalquier, à quelques pas de la Montagne de Lure. Un joli village plein de charme, entouré d'une végétation un peu rude. Sur place, nous avions rendez-vous tout l'après-midi avec un agent de l'ONF qui devait nous parler de la mise en valeur des hêtraies locales. La plupart des interventions que nous avons eu n'ont pas laissé une grande trace dans ma mémoire ; comme toujours, certaines étaient de qualité, d'autres moins intéressantes, voire carrément rasantes. Dans l'ensemble, grâce à mes deux années en Ardèche, j'avais une bonne connaissance des problématiques et des acteurs de la forêt méditerranéenne, je n'ai donc pas appris énormément de choses. Par contre, j'ai découvert beaucoup de coins et paysages que je ne connaissais pas. J'avais aussi le plaisir de voir que mes connaissances botaniques n'avaient pas trop baissé, j'ai été horrifié par certaines détermination de plantes faites par les enseignants. Comment peut-on confondre la méditerranéenne Clematis flammula et la très commune Clematis vitalba, même si ce sont deux clématites ?

En fin d'après-midi, nous avons quitté Forcalquier pour prendre la direction de Digne. Je connaissais déjà le coin pour avoir été en famille dans la réserve géologique (notamment pour admirer la célèbre et impressionnante dalle aux ammonites), mais de toute façon, nous n'étions là que pour quelques heures, juste pour la nuit. Nous étions hébergés dans un centre de vacances un peu à l'extérieur de la ville. J'en garde un assez mauvais souvenir, je crois que c'était un peu vétuste et pas très propre. En plus, nous étions en dortoirs de 6 ou 8, pour les mecs, et cela ne me mettait pas très à l'aise. Même maintenant, en étant gay bien assumé, je ne suis pas sûr d'apprécier :-D 8 mecs de 18 ans bourrés d'hormones dans une même pièce, je ne vous dit pas la nuit que certains ont passé. J'ai éprouvé un certain malaise à être le seul lit qui ne couine pas quand la lumière a été éteinte. Le réveil a été dur pour certains qui ont passé la nuit à se palucher le guignol.

Nous sommes partis tôt le lendemain, après un petit-déjeuner vite expédié, et avons quitté les Alpes de Haute-Provence pour rejoindre le Var, et plus précisément la commune de Montmeyan. Ce département étant l'un des plus boisés de France, il est extrêmement exposé aux problèmes d'incendies estivaux. D'ailleurs, il fait régulièrement et tristement la une des actualités l'été sur ce sujet. Nous avons rencontré un technicien forestier qui nous a parlé de la mise en valeur de la garrigue du Haut Var, et de la défense des forêts contre l'incendie. Après les quelques semaines d'activité de pompier, j'étais forcément très sensibilisé au sujet, et je me souviens avoir beaucoup discuté avec lui des différents dispositifs de protection proposés par le département.

Le soir, nous avons gagné Saint-Raphaël : un hôtel nous attendait pour passer la nuit. La soirée a été vraiment médiocre. Je ressentais un déphasage toujours plus important avec mes collègues, et cela s'est encore accru ce soir-là. Je suis un garçon ennuyeux raisonnablement sage, qui n'a jamais cédé à la facilité des drogues et qui ne boit pas ou vraiment très peu (un verre de vin pour accompagner un repas, oui ; du whisky-coca en perfusion toute la soirée avec juste pour but de se murger, non). Du coup, je me sentais complètement extra-terrestre en étant le seul à ne pas me décalquer la tête (et à ne pas vomir tripes et boyaux à 22h30). En bon ours mal léché, je me suis vite isolé sur un bout de plage (elle n'est vraiment pas large la plage de St-Raph, quand on connaît les plages atlantiques), pour ruminer de sombres pensées. J'étais dérangé de temps en temps par un collègue qui cherchait un coin discret pour vomir, puis à un moment avancé de la nuit, deux collègues un peu plus sobres que les autres sont venus me rejoindre. Nous avons beaucoup parlé, et c'est ce soir là qu'à commencé à germer le sentiment que je ne resterais pas longtemps dans cette formation.

Le réveil a été douloureux pour beaucoup, le lendemain, surtout pour quelques uns plus jeunes pour lesquels c'était la première grande escapade loin des jupons maternels, et donc, la première grosse cuite. Nous avions rendez-vous dans le très beau massif de l'Estérel. L'exceptionnelle géologie du site et l'influence du climat méditerranéen ont façonné un lieu extraordinaire. Malheureusement, il est très régulièrement ravagé par les incendies. Le sujet de l'intervention du jour était justement la protection des forêts du littoral méditerranéens et du cas particulier de l'Estérel ; je me souviens d'une magnifique journée, d'une très belle randonnée au coeur du massif, et de deux gardes forestiers passionnants. Et de ma satisfaction de voir certains des collègues traîner la patte, à cause des excès de la nuit... Je sais, je suis mauvais (des fois)...

Nous avons passé la nuit à Boulouris (une station qui semble sur la même commune que Saint-Raphaël, mais qui ne m'a laissé aucun souvenir...), puis sommes partis le lendemain pour Cogolin, un village situé au pied du massif des Maures (ce massif jouxte l'Estérel). La fatigue, les nuits courtes et ma mauvaise humeur commençait à me peser, et j'ai pas été très réceptif ce jour-là. Le sujet (la mise en valeur des peuplements des Maures) n'était pas très excitant. Est-ce là qu'on nous a montré les plantations de chêne-liège ? Je ne sais plus, mais cette partie là n'était pas trop mal. Ces chênes qui se protègent des incendies grâce à leur écorce (mais que l'on écorche à vif pour récupérer le liège) sont donc extrêmement exposés aux incendies. Si le feu passe après que le liège ait été prélevé, on ne peut guère espérer que l'arbre s'en sorte. Je suis sûr que c'est ce jour-là, par contre, que nous avons vu les plantations d'Eucalyptus. Cela m'a marqué car nos profs nous en avaient beaucoup parlé avant le voyage : les tentatives de plantation d'eucalyptus ont été nombreuses dans cette région, donc le climat est très propice (l'eucalyptus ne supporte pas le gel). Manque de chance, à chaque fois que les arbres arrivaient à une maturité suffisante (je crois qu'il pousse assez vite), un gel ravageait les cultures. Cela amusait beaucoup mes enseignants...

Nous avons passé la nuit en Avignon, dans un hébergement sur l'île de la Barthelasse. Avec quelques uns, nous avions été nous promener de nuit dans la ville, espérant pouvoir faire un tour sur le fameux pont (tourist power), mais une cruelle déception nous attendait : le pont n'était pas en libre accès (et même, si mes souvenirs ne me trahissent pas, était payant). Vous avons donc vadrouillé quelques heures sans but avant de rentrer sagement nous coucher.

Le dernier jour, nous étions attendus sur les pentes du Mont Ventoux, du côté de Sault. Nous avons rencontré un technicien de l'Office National de la Chasse, pour parler de la gestion des réserves de chasse dans les espaces boisés du Ventoux. C'était une très belle balade, par une journée mitigée (le climat en haut du Ventoux aux prémices de l'automne, c'est pas génial). L'intervenant était très intéressant : je ne suis pas un supporter de la chasse traditionnelle, je trouve cette activité barbare (du moins telle qu'elle est pratiquée par une majeure partie des chasseurs). Il existe néanmoins de plus en plus de chasseurs qui ont une vraie conscience de leur impact et de ce qu'ils peuvent apporter à l'écologie des régions qu'ils parcourent. Les chasseurs sont devenus des acteurs incontournables pour réguler les populations de nuisibles (les sangliers, par exemple... Même si l'explosion de la population de sangliers est due aux chasseurs), ou pour entretenir certains certain secteurs, ou tout bêtement pour entretenir les sentiers. Le gars de l'Office m'a donc un peu réconcilié avec les chasseurs.

Après une journée bien remplie, nous avons repris la route de la Haute-Savoie en fin d'après-midi. Nous sommes arrivés très tard dans la soirée, et la transition entre le climat méditerranéen et le climat montagnard nous a surpris. Les Savoies avaient basculé vers l'hiver. Il a fallu gratter les voitures pour enlever la glace, alors que nous n'avions qu'une envie : nous précipiter sous la couette. Il n'était pas loin de minuit quand j'ai regagné mon appartement. Complètement fourbu, il fallait quand même que je mette le réveil pour le lendemain matin : le groupe B avait informatique... Et dire que j'aurais pu zapper... Heureusement, l'école nous avait donné le lundi pour récupérer : deux jours n'étaient pas de trop.

Et moi, j'avais besoin d'un peu de solitude, après cette semaine oppressante passée en groupe.






Photo : la corniche de l'Estérel (c) Luiginter : original (licence : CC-By).

samedi 15 septembre 2007

15 Septembre 1997 - Les hommes des bois

Après avoir passé le cap des 30 ans, en février, je me suis surpris à regarder en arrière. 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une excellente occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque.

La seconde semaine de cours s'est avérée furieusement peu intéressante. Dans le planning, il était prévu que nous démarrions avec du sport : les deux premières heures du lundi matin étaient donc consacrées à suer sang et eau d'une façon ou d'une autre. Je n'ai jamais vraiment compris ces emplois du temps qui mettaient le sport en tout début de matinée, histoire de bien vous laminer pour le reste de la journée et bien sûr (parce que ne rêvez pas, il n'y avait pas de douche), de bien profiter toute la journée des émanations dues à ses efforts, mais aussi de celles des voisins. Un régal. Heureusement, le prof était un peu plus imaginatif que la moyenne, et en plus des très classiques handball et basket, nous avions la possibilité de faire du badminton ou de l'ultimate. Je dois avouer que je me suis régalé avec l'ultimate, comme je ne m'étais pas amusé depuis longtemps en sport.

Cette semaine-là, nous avons fait deux sorties assez originales. La première était une expédition à Nantua, où avait lieu une vente de bois aux enchères. Je ne me souviens pas du cas général pour les ventes de bois, mais cette enchère-là était une enchère inversée : le vendeur, pour son lot de bois, annonce un tarif et descend progressivement (le commissaire-priseur égraine les tarifs à une vitesse folle), et les acheteurs doivent arrêter au moment qu'ils jugent opportun. C'est à dire pas trop tôt (ils payeraient plus que nécessaire), ni trop tard (ils risqueraient de se faire rafler le lot par un concurrent). Histoire de pimenter un peu le tout, les vendeurs peuvent à tout moment retirer leur lot, notamment dans le cas où ils jugent que le prix descend en-dessous de ce qu'ils attendent. Les acheteurs, qui ont pu visiter les parcelles avant (les arbres ne sont pas encore coupés, et on peut voir ses qualités ou ses défauts) savent très bien quels sont les lots qu'il leur faut acheter en fonction de leur besoin. Cela a donné quelques minutes rigolotes, quand un acheteur s'est fait piquer un lot de très bonne qualité (il est parti très cher) par un de ses concurrents ("Put***, tu peux pas me faire ça !"). Il y eu d'autres échanges étonnants, qui étaient parfois sous-titrés par nos enseignants accompagnateurs. Le petit monde des négociants de bois est un univers impitoyable :-D

La seconde sortie, à vocation écologique, nous a emmené au pied de la Mer de Glace, à Chamonix. Nous sommes dans un premier temps monté jusqu'à la Mer de Glace grâce au petit train du Montenvers, puis sommes redescendus jusqu'à Chamonix en une très belle randonnée. C'était l'occasion pour la plupart de mes collègues de découvrir la botanique concrète et un cortège de plantes qu'ils auraient maintes occasions de croiser dans leurs 2 ans de BTS. Mais aussi de découvrir l'écologie, qui n'est pas la science des déchets ou des catastrophes, mais la science qui étudie les interactions entre les êtres vivants et leur milieu. Sur toute la longueur du trajet (nous sommes grossièrement passé de 1500m d'altitude à 1000m), nous avons rencontré plusieurs types de milieux différents, avec leur cortège spécifique de plantes ou d'animaux. Je me suis régalé toute la journée, et connaissant une partie de la flore, j'ai pu profiter de la balade. Il a fallu que je sois attentif lors des détails écologiques (je ne savais pas quelles étaient les spécificités des lieux), mais ce fut une bonne journée. Et en plus il faisait beau. Cependant, à force de batifoler dans les buissons de myrtilles, d'airelles ou de rhododendrons pour observer (si ce sont des Ericacées toutes les trois, c'est un hasard, il n'y a pas de cause à effet ; vous noterez au passage avec quelle aisance j'étale mon savoir...), je suis revenu avec un souvenir : une tique de belle taille. Cette bestiole est le fléau des forestiers et des chasseurs, et transmet une tripotée de maladies ; pour quelqu'un comme moi suis un peu hypocondriaque, il fallait agir vite. Je ne me suis aperçu de sa présence qu'au bout d'un jour ou deux, et j'ai donc filé aussi vite que possible chez le médecin pour qu'il me le retire proprement (je l'avais tripatouillé moi-même sans grand résultat). Evidemment, il m'a fallu 3 mois pour que j'arrête de me dire que le moindre mal de tête, vertige, début de nausée était un symptôme de la maladie de Lyme...

Cet épisode chez le médecin m'avait permis de faire péter quelques heures de cours généraux, et j'en étais bien content. Je m'ennuyais ferme en cours, la plupart était assez insipides, surtout à coté des expéditions sur le terrain. Il y eu quand même quelques cours plus intéressants que d'autres, qui ont fini par influencer mon cursus. J'ai eu des échanges assez vigoureux avec deux des enseignants, le prof de botanique et un des profs de sylviculture. Le premier nous enseignait des choses qui n'étaient pas tout à fait justes. La théorie qu'il nous expliquait m'avait été largement démontrée par l'enseignant que j'avais eu en Ardèche. Au final, l'enseignant annécien a reconnu que ce fait scientifiquement démontré (j'avais trouvé plusieurs publications sur le sujet plusieurs années après) n'était pas reconnue par les forestiers.

L'autre discussion pimentée avait eu lieu au sujet de l'Ours. Melba, l'une des premières femelles réintroduite par le Programme Ours en 1996, venait de se faire descendre par un chasseur. Le sujet concernait la forêt et l'environnement, et le débat s'est engagé dans la classe. Jusqu'à ce que le prof dise comme une vérité qu'il fallait descendre les ours, qu'ils n'avaient pas leur place dans nos forêts. Ce fut pour moi un choc culturel. J'avais passé deux ans dans une formation à la culture complètement opposée, où les enseignants véhiculaient de vraies valeurs environnementalistes et écologiques (au sens scientifique du terme, pas au sens politique), j'ai donc quasiment pris une claque. La discussion n'a pas beaucoup avancé, je suis un garçon borné et le prof était aussi campé sur ses positions :-) Mais ce jour-là, je me suis taillé un costume d'écolo de base (ce que je ne suis pas). Et de chieur (ce que j'assume parfaitement).






Photo : (c) LeChatMachine : original (licence : CC-By CC-By-CA CC-By-NC).