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Mot-clé - Feux de forêts

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dimanche 10 août 2008

Lundi 10 Août 1998 - Changement de collègue

SteMargueriteVigieEtChapelle.jpg Après avoir passé le cap des 30 ans, je me suis surpris à regarder en arrière. Plus de 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre symbolique, une occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque qui a contribué, plus que toute autre, à ce que je suis aujourd'hui.

Après les trois jours d'escapade chez mes parents, je trouvai quelques changements à la Tour. Ben, qui avait passé Juillet et la première semaine d'Août avec moi, était parti le 08/08. Il avait temporairement remplacé Flo, guetteuse du mois pour la vigie de Sainte-Marguerite, mais qui avait décalé son arrivée à cause de problèmes administratifs personnels. Les derniers jours avaient été difficiles pour Ben, il était loin de sa famille et des ses amis, et les conditions de vie ne remontaient pas vraiment le moral. Flo était finalement arrivée.

Pendant mon absence, j'avais été remplacé par Elsa, guetteuse de la tour en Juillet, et joli bout de fille aux déroutants yeux très bleus. C'était une chanteuse d'opéra, elle suivait le Conservatoire, et passait une grand partie de son temps libre à vocaliser dans la chapelle en contrebas de la vigie. Apparemment, les deux jours que les filles avaient eu en commun ne s'étaient pas très bien passés, et elles ne se dirent même pas au-revoir. Elsa me lança un "Bon courage avec elle" en partant, et Flo ne cessa de me dire du mal d'Elsa pendant trois semaines. Bonjour l'ambiance !

Je connaissais Flo depuis plusieurs années : elle était pionne dans le lycée où j'avais fait mon premier BTS. Etudiante attardée et permanente, elle était de toutes les fêtes, même si elle était plus âgée que nous. Disons qu'elle était jeune dans sa tête... Elle préparait un voyage de plusieurs mois au Canada, c'est d'ailleurs pour des questions de visa qu'elle n'avait pas pu monter à la tour plus tôt ; faire une partie de la saison de pompier était une bonne occasion pour elle de se poser avant de partir, tout en gagnant quelques sous pour le voyage. Il ne me fallut pas très longtemps pour me rendre compte que je ne la connaissais pas très bien.

Flo était un peu stressée. Quand venait son tour de garde, elle m'appelait régulièrement pour que je l'aide à localiser les feux. Je compris mieux pourquoi elle avait laissé passer un feu un peu conséquent pendant mon absence : elle paniquait et ne prenait pas le temps d'établir des points de repères. Elle s'habitua quand même assez vite à passer le bulletin météorologique, mais passa la main quand il fallut relayer la radio sur certaines interventions (notamment pour aller récupérer un cycliste dans un ravin, après qu'il eut quelque peu raté un virage en descente du col de la Chavade).

SteMargueriteChapelle.jpg Les conditions de vie à la tour n'étaient pas trop à son goût. Pas au mien non plus, bien sûr, mais ce n'était pas une raison pour râler tout le temps. Il fallait aller chercher des jerricans d'eau potable tous les deux jours dans une asinerie située en contrebas de "notre" montagne, je me dévouais souvent pour y aller ; au moins, je n'avais pas à la supporter pendant ce temps là. Parfois, pour me ménager une pause plus importante, j'allais au ravitaillement alimentaire à Aubenas. Le contact ne passait pas avec les pompiers qui s'occupaient normalement de nous (ceux de la caserne de Vals les Bains), nous les faisions donc venir le moins souvent possible, du moins pour les courses : ils avaient tendance à nous ramener n'importe quoi malgré des listes précises. Cela me peinait car j'avais guetté l'année d'avant avec le frère de l'un des responsables de la caserne, et cela s'était très bien passé. Mais là, le feeling ne passait pas. Ceci dit, nous appréciions leurs passages : en plus du courrier, du pain frais ou du journal, ils amenaient à chaque fois plusieurs packs de bouteilles d'eau de Vals. C'est à cette période-là que je pris le goût à cette eau, et c'est depuis cette période que j'en achète.

Pour aller faire les courses au plus proche supermarché, il nous fallait demander au CODIS une autorisation exceptionnelle pour quitter la Tour. Nous n'étions pas censés la quitter du tout pendant notre mois d'engagement, mais en période calme pour les feux (le matin tôt), l'un de deux guetteurs pouvait s'absenter un peu. Mais il fallait être de retour à 10h00... Et je n'étais jamais trop tranquille de laisser Flo guetter seule.

Je ne crois pas en avoir parlé jusque là, mais nous avions une mission spéciale en plus, à la vigie de Sainte-Marguerite. Nous devions nous occuper de la chapelle éponyme : ouverture le matin, fermeture le soir, entretien léger... Nous étions les gardiens de lieux et les nombreux touristes nous posaient souvent des questions à son sujet. Nous ne savions pas grand chose de plus que ce qui était indiqué sur le dépliant de présentation, mais cela leur évitait de lire :-) La chapelle, dédiée aux prières des femmes qui ne peuvent avoir d'enfants, devint un havre de paix. Et pourtant, Dieu sait que je suis particulièrement incroyant (coupdechaud) Très vite, des tensions apparurent avec Flo, et je pris la mesure des encouragements d'Elsa. Cela alla de mal en pis tout le reste du mois...

mardi 1 juillet 2008

Mercredi 1er Juillet 1998 - Nouvelle saison chez les pompiers

La vigie du Serre de Barre Après avoir passé le cap des 30 ans, je me suis surpris à regarder en arrière. Plus de 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre symbolique, une occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque qui a contribué, plus que toute autre, à ce que je suis aujourd'hui.

Je suis parti tôt le matin du bivouac de Gournier, dans les Gorges de l'Ardèche, car la route était longue, et les touristes nombreux. Malgré tout, je suis arrivé très en avance à Privas, au Service Département d'Incendies et Secours, et ai été accueilli par l'Adjudant-Chef qui s'occupait des pompiers saisonniers. Les autres sont arrivés progressivement, et j'ai retrouvé des têtes connues de l'été précédent : nous étions plusieurs à rempiler.

Très vite nous nous sommes mis au boulot ; les deux premières journées étaient consacrées à la formation, et il y avait beaucoup de choses à transmettre aux nouveaux. Et quelques procédures avaient changé. On nous a distribué le petit matériel et l'uniforme, et on nous a annoncé nos affectations. Cela démarrait mal pour moi : alors que j'avais demandé, comme l'année précédente, la vigie du Serre du Pied de Boeuf située au-dessus de Privas et baptisée Gélon 34 en langage codé, le SDIS m'avait affecté à l'extrémité sud du département, à la vigie du Serre de Barre, au-dessus du village des Vans. Me voilà envoyé à Gélon 30, une tour réputée difficile et très animée. J'étais blasé et ennuyé : je ne savais pas si, finalement, le mobile acheté par mes parents allait passer. J'avais des papiers militaires importants à remplir, ça pouvait être gênant pour mon Objection de Conscience... Bref, c'était mal engagé.

Nous avons quitté Privas pour rejoindre la caserne traditionnelle pour la formation des pompiers ardéchois, dans le beau village de Burzet, sur les contreforts de la montagne ardéchoise. Au cours des deux jours de cours et travaux pratiques, je pus faire plus ample connaissance des nouveaux guetteurs, et notamment ceux que j'étais amené à "cotoyer" en Juillet sur les ondes du dispositif radio. Je fis connaissance aussi avec Ben, mon co-guetteur, qui avait été affecté avec moi au Serre de Barre en Juillet. Cela le peinait beaucoup moins que moi puisqu'il habitait à proximité.

Le jeudi, Ben et moi avons rejoint le sud-Ardèche et la caserne des Vans, après un petit détour par un supermarché pour faible le plein de vivres (nous allions être isolés un mois en haut de notre montagne, il fallait bien remplir le frigo pour quelques jours). Arrivés à la Caserne, le chef nous attendait, nous avons donc immédiatement pris la route pour rejoindre la tour. Les pompiers m'avaient assurés que je pouvais aller jusque là-haut avec ma voiture, mais ils avaient oublié qu'eux utilisaient des véhicules tout terrain hauts, et que ma Ford Fiesta était un peu basse du cul (et chargée à bloc). Moi qui suis trouillard comme pas deux en voiture, je n'ai pas été déçu du détour. Entre les moments où le ventre de la voiture frottait, les pistes forestières, les pentes parsemées de cailloux qui m'obligeaient à rouler au pas, j'eus largement le temps de stresser et de faire de l'huile... Le summum, l'acmé, la cerise sur le gâteau, ce fut la fin. Alors que je voyais enfin la tour approcher, il ne restait plus qu'une grande montée : une rampe creusée dans le rocher, à flan de montagne, et avec un beau devers sur ma droite (qu'heureusement je ne voyais pas trop... mais que je savais être là). Bref, arrivé en haut, j'étais mort de trouille et j'avais perdu 15 litres d'eau en suant.

C'est seulement là-haut que j'ai pu admirer la tour de guet. Elle était chouette, avec une assise en dur et une partie supérieure en bois et tuiles (cf. photo). Il y avait deux étages : un rez-de-chaussée avec une grande pièce à vivre, une chambre, une cuisine, une salle de bain et des toilettes séparées. A l'étage, il y avait le "chemin" de ronde à 360° sous les verrières, pour surveiller le paysage, le poste de radio fixe, et un petit coin aménagé avec un lit. Tout était en bois, c'était superbe. Moins neuf que l'année d'avant, mais beaucoup plus spacieux.

Après la visite des lieux, les pompiers nous ont laissé les consignes habituelles (la liste des fumées régulières et normales, comme les panaches des centrales nucléaires de la vallée du Rhône ou celle d'un incinérateur) puis sont partis. Ben et moi nous nous sommes tranquillement installés. Après quelques discussions, nous avions décidé d'alterner chacun une nuit dans la chambre et une nuit sous la verrière (à la belle étoile, en quelque sorte, car la verrière ne s'obturait pas), histoire d'avoir au moins une nuit sur deux correcte. Celui de nous qui dormait à l'étage aurait la charge de faire la météo de 08h00[1] ; l'autre pouvait vaquer à ses occupations (sauf problème majeur ou suivi d'incendies). Nous nous relevions toutes les 3 heures, juste avant les météos (à 11h, 14h et 17h). J'avais pu roder ce système l'année d'avant : 3h de surveillance, c'est usant pour la concentration et les yeux.

Ben fit la première météo, à 17h, puis me passa le relai. Je clôturais notre première journée à la tour de guet à 20h, quelques minutes avant que ne débute notre premier orage. Quand on est sur un point haut comme le sommet d'une montagne, on redoute forcément ce genre d'évènement climatique, aussi minime soit-il. Mais cet orage-là ne fut pas très méchant.

La première soirée fut paisible. Ben et moi nous entendions bien et avions des tas de choses à nous raconter. Nous nous sommes aussi découvert quelques connaissances en commun.

Les jours suivants, je n'ai pas noté grand chose dans mon carnet, il ne s'est donc rien passé d'extraordinaire. Nous avons quand même eu de la visite dans le week-end : mon copain Cédric, qui logeait dans un camping pas très loin, vint passer une journée avec nous, et le dimanche, la copine de Ben vint aussi un bon moment. C'était plutôt une bonne chose que nous ayons tous les deux des visites. L'année d'avant, au Pied de Boeuf, nous avions été vraiment très isolés, et avions vu très peu de monde, en dehors de quelques randonneurs égarés.

Pendant la formation à Burzet, nous avions conspiré entre guetteurs redoublant, loin des oreilles des pompiers permanents, afin de remettre en place des séances de Radio Gélons. Cela consistait à prendre une fréquence non utilisée du réseau radio (généralement le canal 5) afin de discuter entre guetteurs du département (il y avait 5 tours de guet, mais la plus au nord était trop loin pour que les communications radio aillent jusque chez eux). Cela se faisait bien sûr en dehors des heures de travail, quand il n'y avait aucun risque ni aucune intervention en cours. C'était (un peu) interdit, mais nous avions besoin de ce lien pour comparer nos expériences et discuter de nos problèmes. Bref, je n'ai même pas honte, mais j'étais l'instigateur de Radio Gélons. Nous avions prévu une séance par semaine le dimanche soir, et dès le dimanche 5 juillet, 3 des 4 vigies de la collusion échangeaient sur les ondes.

Le lendemain, Ben apprit qu'il était reçu au bac. Il était heureux comme tout car cela semblait inattendu. Mais cela changeait un peu ses plans : il allait être obligé de s'absenter quelques jours pour aller s'inscrire en BTS, en fin de semaine.

Le mardi 07, le temps était exécrable. De 02h à 06h du matin, nous avions eu un très gros orage. J'étais sous la verrière, j'étais donc aux premières loges ! Les autres nuits avaient été de magnifiques ciels étoilés, mais celle-là... Ouch ! Nous étions réellement au coeur de l'orage, les éclairs zébraient le ciel dans tous les sens et le tonnerre pétaradait fort, c'était beau et impressionnant. Le genre de situation qui fait se sentir tout petit... Ce qui devait arriver arriva : une châtaigne tomba juste à coté de la tour, sur l'antenne radio. J'avais heureusement débranché la radio, mais nous découvrîmes très vite que plus rien ne fonctionnait : le courant avait sauté. Nous n'avions plus de radio fixe, plus de lumière, plus de frigo, plus d'eau courante (une pompe électrique faisait circuler l'eau de la citerne). Heureusement, le frigo était presque vide et nous n'étions pas coupés du monde : un appareil de radio portable nous permettait de contacter le CODIS (le centre opérationnel départemental d'incendies et secours, en gros, le centre qui gère les appels au 18, et à qui nous donnions les alertes de départs de feu). Mon téléphone portable fonctionnait aussi (finalement, le signal ne passait pas trop mal à la tour, probablement parce que c'était un point haut), de même qu'un portable dont nous avait équipé le SDIS. Nous avons alerté notre hiérarchie de nos malheurs, mais personne ne vint réparer le jour même (vu notre isolement, c'était compréhensible).

Ce jour-là, les parents de Ben passèrent à la tour. Ils apportaient un petit ravitaillement bienvenu, ainsi que quelques papiers que Ben devait signer. Ils restèrent un bon moment, ce qui nous a pas mal occupé : avec l'eau qui était tombée, le risque de feu était extrèmement faible. Et la visibilité sur les paysages alentours était très réduite, ce qui limitait notre capacité de détection. Mais le soleil revint en fin de journée, et le vent se leva. Les jours suivants, à cause des conditions propices aux feux, nous n'eûmes pas le temps de chômer...





(c) photo : h]Ubiquist, juillet 1998. Sous licence Creative Commons By-NC-SA (paternité, pas d'utilisation commerciale, partage à l'identique).

Notes

[1] Parmi les activités des guetteurs, il n'y avait pas que la surveillance des départs de feu. Toutes les 3h de 08h à 20h, les 5 tours de guet indiquaient leurs conditions météorologiques sur la fréquence radio départementale du Service d'Incendies et Secours. Trois facteurs sont relevés : la température, la vitesse et l'orientation du vent, et la distance de visibilité. Ces paramètres permettaient d'avoir une idée du niveau de risque de feu d'une journée et des suivantes. Toutes les explications sur les activités des vigies sont ici.