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Mot-clé - Déménagement

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mardi 23 décembre 2008

La guerre des cartons

Pyramide de cartons Ma mère et moi nous livrons depuis des années une guerre sans merci. Voilà longtemps qu'elle s'est mis en tête de refaire ma chambre, dans la maison familiale. Je suis complètement d'accord avec elle : la tapisserie et la moquette datent de 1977 [1], le mobilier est à peine plus récent, la déco n'a pas changé depuis que j'ai posé mes posters au collège, et il y a encore à certains endroits, grands moments d'art rupestre, les premières lettres du prénom de ma soeur, alors qu'elle commençait tout juste à savoir écrire.

Bref, il y a besoin de changements et de rénovation. Et accessoirement, j'aimerais bien avoir un grand lit, parce que dans un lit de 90, je suis un peu à l'étroit (ce n'est pas à cause de ma carrure d'allumette mais plutôt que j'ai l'habitude d'avoir mes aises dans un grand lit et que je bouge beaucoup).

Bref, ma mère a en partie vidé ma chambre, et depuis des années, à chacune de ses visites à Montpellier, elle me ramène un ou deux cartons de bazar extrait de ma chambre. Cela a commencé avec une vieille encyclopédie (de 1967), puis tous mes cartons de cours, puis mes souvenirs d'enfant, etc. J'ai échappé aux jouets parce qu'ils sont utilisés par mes neveux, mais je ne perds rien pour attendre.

Je fais du tri, mais je ne peux pas tout jeter. J'ai balancé un certain nombre de choses désuettes, mais je ne peux pas me résoudre à mettre aux ordures des souvenirs ou les dizaines de lettres de mes correspondantes du lycée, ni même certains cours qui pourraient être utiles. Le souci, c'est que j'habite dans un studio de 26 ou 28m², que la place n'est pas extensible, que les caves sont inondables [2], que les placards sont déjà bien pleins, et que les cartons commencent à faire une jolie pile dans un coin de mon appart. Mes parents pourraient très bien en stocker un peu dans leur propre cave le temps que je trouve un appart plus grand, il y a de la place, chez eux. Mais non.

Du coup, quand mes parents sont venus me voir fin octobre, j'ai menacé ma mère : si elle m'amenait encore un seul carton, elle dormait sur le pallier. Elle a donc remisé le carton qu'elle avait prévu, en maugréant des choses sur l'amour filial qui fout le camp, la difficulté de notre génération à couper le cordon ombilical et la chambre d'amis qui n'avançait pas...

Bref. Je suis en ce moment quelques jours en vacances chez mes parents, pour Noël bien-sûr [3], et devinez ce que je fais ? Je trie les cartons que ma mère a prévu de m'apporter à son prochain passage, histoire de réduire en amont le volume à stocker. Car je n'y couperai plus : "ma" chambre sera refaite avant la fin de l'hiver.

Elle a toujours le dernier mot, ma mère...





(c) photo : cobalt123 - original (licence : CC-ByCC-By-CACC-By-NC).

Notes

[1] Excellente année, au demeurant.

[2] Je me rappelle encore avec angoisse le jour des inondations de septembre 2003 où mes archives de papiers administratifs, dont mes attestations de services militaires, se sont retrouvés sous 20cm de flotte. Je n'y stocke plus rien.

[3] Pendant ce temps là, mon mari squatte mon appart, met le chauffage à fond, pille mes chocolats de luxe achetés en catimini pour mon plaisir personnel, et casse mon décodeur télé. J'ai bien fait de partir...

lundi 1 septembre 2008

Mardi 1er Septembre 1998 - Retour à la civilisation

Sainte-Marguerite - La vigie Après avoir passé le cap des 30 ans, je me suis surpris à regarder en arrière. Plus de 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre symbolique, une occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque qui a contribué, plus que toute autre, à ce que je suis aujourd'hui.

Tensions. C'est le terme qui résume le mieux les derniers jours passés à la tour de guet de Sainte-Marguerite. Ma collègue Flo et moi n'étions plus du tout sur la même longueur d'onde, et limitions nos interactions. La moindre remarque était prétexte à vexation, aussi bien de mon coté que du sien, et nous n'avions plus rien à nous dire. De toute façon quand on parlait, on finissait toujours par s'engueuler (coupdechaud) .

Les départs d'incendies étaient devenus rares grâce aux averses régulières et aux petits orages, l'activité était donc très réduite, rythmée uniquement par quelques écobuages le matin, et par les bulletins météo que nous passions toutes les trois heures. Les températures avaient baissé, aussi, et les nuits commençaient à être un peu froide dans la caravane. Une ou deux fois, quand le vent soufflait, il nous est arrivé de dormir dans la chapelle, beaucoup mieux isolée.

C'est sans tristesse que j'ai commencé à ranger mes affaires pour plier bagages et fermer la tour. Ce mois d'Août avait été éprouvant, aussi bien par les conditions de vie spartiates que par ma relation avec Flo. Les deux autres mois où j'avais été pompier saisonnier m'avaient laissé de bien meilleurs souvenirs, et j'avais même été ennuyé de partir de la Vigie du Pied de Boeuf, en Août de l'année précédente.

En dehors de la compagnie de Flo, c'était un boulot que j'appréciais énormément. L'isolement géographique, la contrainte de ne pas quitter la Tour pendant un mois, le coté ermite, la possibilité d'avoir du temps pour réfléchir et penser, les grandes responsabilités du poste... Tout cela me plaisait. J'avais aussi beaucoup profité de ces deux mois loin de tout pour faire la paix avec moi-même, pour accepter certaines choses importantes comme mon homosexualité, et pour casser le cercle vicieux d'échecs qui s'était emparé de moi depuis un an. J'avais intériorisé une nouvelle dynamique, une nouvelle force, et j'ai presque réussi tout ce que j'ai entrepris depuis, dans une spirale vertueuse où mes projets coïncidaient avec mes rencontres des bonnes personnes au bon moment.

Je n'ai jamais rempilé pour une saison de volontariat. J'aurais bien voulu, je reste assez nostalgique de ce boulot, qui, en dehors des pics de stress dus aux départs d'incendies, est assez paisible et agréable. En 2004, j'avais fait acte de candidature ; c'était une période où je n'allais pas très très bien et où j'avais besoin de recul. Je n'avais malheureusement pas été retenu, j'étais juste sur liste d'attente. J'ai donc organisé mes vacances, et c'est la veille de la prise de poste du mois d'Août qu'ils m'ont appelé pour faire un remplacement ! C'était bien trop tard pour moi, je devais être en Bretagne ou en Vendée, j'étais passé à autre chose. Mais je ne dis pas que je ne le referais pas. Pour l'anecdote, Flo a refait une saison de pompier, l'année suivante. Elle était avec un de mes amis, et cela n'a apparemment pas été toujours facile. Étonnant, non ?

En ce mardi 1er septembre 1998, nous avons bouclé la caravane, nettoyé la tour. En démontant la "douche", nous nous sommes aperçu avec les pompiers de Vals qu'un beau nid de guêpes avait établi domicile à coté de la prise d'eau. Nous comprenions beaucoup mieux pourquoi les guêpes étaient si fréquentes quand nous tentions une douche. Et dire que nous les pensions attirées par l'eau : non, non, elles habitaient juste là.

Puis nous avons quitté le site, avec juste une pause avec Flo pour déposer la clé de la Chapelle dans la boite à lettres du curé de Chirols (enfin, je crois que c'était à Chirols). Pour Flo et moi, les routes se séparaient là. Elle aurait souhaité qu'on se dise au-revoir à Aubenas, mais j'étais pressé de tourner la page. Elle me fit un petit discours sur le thème du "Malgré tout ce qu'on s'est dit, c'était super-méga-génial de bosser avec toi, tu vois". En mon for intérieur, j'étais plutôt sur le thème du "Cause toujours tu m'intéresses, et dépêche toi d'en finir". C'est que je suis rancunier, voyez-vous, et elle m'avait mené une vie d'enfer. Ceci dit, je pense le lui avoir bien rendu, Un partout, balle au centre.

Nous nous sommes donc séparés là. Je fonçai immédiatement sur Aubenas, sans un regard en arrière et sans regret, notamment pour aller prendre possession de mon appartement : avec mon service militaire sous forme d'objection de conscience, et je réaménageai pour deux ans en Ardèche.

Je pris enfin une douche, après trois semaines de toilette limitée : il n'est pas meilleure sensation que de se sentir aussi propre. C'était du bonheur total. Je fis enfin un aller-retour en Touraine, chez mes parents, pour récupérer mes affaires. A l'époque, tout tenait encore dans une voiture. Deux ans plus tard, il me faudra 4 voitures pour déménager vers Montpellier 0:-) . Je me réinstallai dans la même résidence où j'avais été étudiant, et que je n'avais quitté qu'un an plus tôt. Je ne comprendrais que bien plus tard que c'était une erreur. Mais à cet instant-là, je ne pouvais pas l'imaginer. Je m'apprêtais à changer de rythme, à basculer dans la vie active. Le défi de mon service civil m'intimidait un peu, mais j'étais impatient de démarrer.

vendredi 21 mars 2008

21 Mars 1998 - Nouveau départ

Cartons Après avoir passé le cap des 30 ans, je me suis surpris à regarder en arrière. Plus de 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque qui a contribué plus que toute autre à ce que je suis aujourd'hui.

Après le sinistre mois de février, ce début de mois de mars semblait être une accalmie après une grosse tempête. Je n'avais plus d'obligations, plus de contraintes, j'étais libre. Mes parents voulaient limiter les frais et m'avaient posé un ultimatum : je devais quitter Annecy au plus vite. La mort dans l'âme, j'avais commencé à préparer les cartons et envoyé mon préavis pour libérer mon logement. J'espérais encore que mes recherches d'emploi me permettraient de trouver un job pour tenir jusqu'à l'été, mais malgré toutes les relances et les demandes d'entretiens, mon téléphone restait silencieux et ma boîte à lettres vide.

Pendant plus d'un mois, je n'ai eu qu'à me laisser vivre.

Je passais beaucoup de temps sur Internet (faut dire qu'à 56K, il fallait être patient...) ; j'avais découvert deux choses intéressantes dès le début de mon abonnement, un peu mois d'un an auparavant. Sur AOL, il y avait une "aire" spécifique pour la science-fiction : des articles, des accès aux newsgroups, un salon de chat... Tous les derniers vendredi du mois, je crois, nous avions rendez-vous entre férus de lecture SF dans ce fameux salon animé par un écrivain, Philippe WARD. Il m'avait même envoyé le fichier du roman sur lequel il travaillait, pour relecture. Nous échangions critiques et bons tuyaux, parlions des sorties et essayions de décortiquer et analyser les histoires qui nous faisaient triper. J'avais aussi découvert l'aire "Gay attitude", dans laquelle on trouvait beaucoup de choses affriolantes :-p et puis des salons de chats gays, beaucoup moins coûteux que les services minitel 36.15... Mais il n'y avait pas autant de connectés qu'aujourd'hui, et les annéciens y étaient encore rares (ou décrépis). Donc pas de rencontres... De toutes façons, je n'y étais pas encore prêt.

Je flânais beaucoup dans mon quartier, légèrement à l'écart du centre ville (à peu près à 15 minutes à pied), mais j'y avais tout sous la main, à moins de deux minutes de chez moi. Je me souviens du bureau de poste, de cette boulangerie au pain délicieux, de mon gymnase, ou de la bibliothèque de quartier. J'y allais un jour sur deux, pour découvrir de nouvelles BD. La bibliothécaire avait fini par mémoriser mon nom, et c'est elle qui m'a mis sur la piste de plusieurs mangas qui sont devenus incontournables selon moi. Je me souviens aussi, plus honteusement, du marchand de journaux. C'est un souvenir très précis gravé dans ma mémoire : c'est là que je reluquais les célèbres photos de sortie de la douche de Filip Nikolic (mais si voyons, l'un des "chanteurs" des 2B3). La honte, ce n'était pas de baver devant un garçon à poil, c'était surtout de regarder les pages consacrées à ce boys band :-)

Le prof d'informatique de mon ancien lycée m'avait demandé de faire un cours sur la thématique d'Internet, j'avais donc un petit peu de travail. Cela me permit de retrouver les collègues que j'avais abandonné, mais le courant ne passait déjà plus, sauf avec un ou deux. A l'occasion de deux TD, je leur expliquais donc ce qu'était Internet (j'étais le seul abonné, c'était pour eux une terra incognita que j'avais un peu défriché), comment s'y connecter, comment était conçu un site web etc. C'était un très bon condensé des connaissances que j'avais pu accumuler depuis que je m'intéressais à ce phénomène. La révolution était en train de se produire, j'avais l'impression d'être un pionnier 8-).

A cette période-là, je m'entrainais tous les soirs au club de badminton, que je fréquentais depuis septembre avec régularité. Si le mois de janvier avait été froid, février et mars étaient d'une très grande douceur, et pendant plusieurs semaines, j'allais aux entrainements en pull léger, c'était rudement agréable. J'avais sympathisé avec quelques-uns des joueurs, et allions quelques fois boire un coup en ville après les entrainements.

Côté coeur, je commençais à sentir frémir des choses. Je continuais ma correspondance avec M., le beau niçois, et même si nous n'échangions que des banalités, cela me touchait toujours de recevoir ses lettres. J'avais aussi fait la connaissance de R., via le club de badminton. Il était très beau, vraiment mon idéal : brun, viril (et poilu, bien sûr :-p ), sportif, plein d'humour. Nous n'avons rien fait, jamais, mais j'ai pu sentir (ou j'ai fantasmé ??) ses hésitations plus d'une fois, lorsqu'il se pavanait devant moi avec juste un boxer, les soirs où il passait se changer chez lui en vitesse avant d'aller boire un verre en ville. Il insistait tant pour que je monte chez lui, je ne pouvais pas refuser... C'est le premier garçon que je voyais en boxer (rhaaaaa les premiers Dim, qui mettaient si bien en valeur), vous n'imaginez pas quel effet cela pouvait me faire... Nous discutions beaucoup, étions assez présents l'un pour l'autre et avions finalement une relation un peu ambigüe ; je me demanderais toujours ce que ça aurait donné si j'avais tenté quelque chose. En même temps, je n'étais pas prêt, donc pas de regrets !

Le jour que je redoutais finit par arriver. Contrairement à ce que je pensais plus tôt, je n'étais pas dans une accalmie après la tempête : cette période de paix était juste un passage dans l'œil du cyclone. Les derniers jours à Annecy furent très durs. Je sentais les évènements m'échapper, toutes les décisions que j'avais pris avaient échoué. J'allais quitter des amis, j'allais perdre mon indépendance, j'allais devoir m'éloigner de R. qui était à mes cotés presque tous les jours.

Je suis allé au badminton jusqu'au dernier soir, et nous avons été prendre un verre en ville, une dernière fois au Roi Arthur. Les personnes que j'appréciais le plus étaient là, et malgré leur soutien, j'étais à deux doigts de m'effondrer. R. m'a déposé chez moi au retour, je n'avais plus le coeur à rien, et me suis réfugié dans un mutisme profond. Je l'ai regardé repartir vers Annecy-le-Vieux, jusqu'à ce que la nuit ne le fasse disparaître, et suis resté un moment éveillé, à ranger mes dernières affaires, peu pressé de voir la journée se finir.

Le lendemain matin, samedi 21, j'avais rendez-vous avec la responsable de l'agence immobilière pour faire l'état des lieux. Cela fut vite fait, je n'avais été là que 9 mois. Elle vit que je n'avais pas envie de partir et que j'avais les larmes aux yeux. Elle eut quelques mots gentils, puis je lui remis les clés.

Je me suis mis au volant de la voiture, et les larmes ont commencé à couler. Quitter la ville, mes amis, ce que je voyais comme un amour naissant... Tout cela était un échec. La formation pour laquelle j'étais venu à Annecy était un échec. Le concours dans lequel je m'étais tant investi était un échec. Et comme c'était la première fois que j'étais confronté à cela, forcément, ça ne passait pas bien. Toute ma frustration remonta au moment où je mis le contact, et j'ai pleuré pendant la quasi totalité du trajet. Nek tourna en boucle, musique symbole de ces semaines spéciales, de cette période de décadence.

Mes parents ne comprenaient pas mon état. Je ne pouvais pas leur expliquer sans leur dévoiler des choses que je n'assumais pas. J'ai donc passé les jours suivants à me morfondre, noyé dans la même musique (que mes parents commençaient à ne plus supporter :-p). Cerise sur le gâteau, deux jours après mon retour, l'une des boites que j'avais contacté s'était réveillée, et j'étais convoqué pour un boulot, que j'ai bien sûr refusé. Cela ne manqua pas de m'achever, bien sûr.

C'est finalement la visite de mon vieux pote d'Ardèche, Cédric, qui me sortit de ma léthargie. Pour ne pas rester cloîtré chez moi avec des idées sombres, je me mis vite à la recherche d'un nouveau job ; cela ne traina pas, il ne me fallu qu'une tentative pour être recruté.

(A suivre...)






Photo : (c) pouype : original (licence : CC-ByCC-By-CACC-By-NC).

samedi 1 septembre 2007

1er Septembre 1997 - On the road again

Après avoir passé le cap des 30 ans, en février, je me suis surpris à regarder en arrière. 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une excellente occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque.

Ce matin-là, après deux jours d'activité de mise en carton intense, je m'apprêtais à prendre la route à nouveau. Un second déménagement en deux mois, vers une destination qui m'est complètement nouvelle : Annecy, ville réputée belle, agréable, mais aussi un peu altière et bourgeoise.

Je n'ai pas pu visiter une seule fois la ville avant, pas même pour chercher mon logement : mon père y avait été à ma place mi-août puisque je pouvais difficilement quitter ma tour de guet. La nuit précédente a donc été agitée, pleine de rêves étranges sur cette cité inconnue.

La route depuis la Touraine a été très longue, et pas forcément toujours très agréable. Nous étions en "convoi" avec mon père : il fallait bien deux voitures pleines à ras-bord pour promener mon bordel mes cartons. Tout s'est bien passé, sauf sur la première section de péage de la Haute-Savoie : pour la première fois, je me faisais arrêter par nos amis de la Police Nationale, à l'entrée d'une section à péage. Un brin inquiet, je me demandais quel était la raison de cet arrêt, d'autant qu'avec mon chargement, cela ne pouvait être pour un excès de vitesse :-D Les flics, très urbains, m'ont demandé ma destination et ce que j'allais y faire. Soit. D'un oeil très professionnel, ils avaient vu que mon père s'était arrêté quelques mètres devant, et vraisemblablement, n'avaient rien à me reprocher ; ils m'ont donc laissé partir après quelques très formels contrôles de routine. Il m'a néanmoins fallu un moment pour m'en remettre, c'est que je suis très émotif moi :-)

L'arrivée sur Annecy n'a pas été trop problématique (j'étais dans les quartiers au nord, à quelques minutes du centre-ville) mais le déchargement des voitures a été laborieux. L'accueil à la résidence a été charmant : nous n'étions pas stationnés depuis 15 secondes sur le parking qu'un vieux con honorable retraité nous incendiait en disant que le parking était réservé aux habitants de la résidence. Grumph. Moi ça m'a scotché, mais mon père a répliqué quelque chose de très corrosif (faut pas l'agacer, surtout après 8 ou 9 heures de route), et le vieux s'est confondu en excuses. Ma relation avec mes voisins prenait un départ très sympa.

Annecy coeur de ville Nous avons bien-sûr dépensé pas mal l'après-midi pour équiper un peu le petit appartement et pour avoir de quoi manger les premiers jours, on a donc fait le tour des boutiques de bricolage, de meubles et l'un des Carouf local. Mon père m'a aussi montré les différents chemins permettant d'aller à mon école en voiture. L'appartement était idéalement situé pour ça, mais il y avait dix bonnes minutes de route quand la circulation était fluide, et il ne fallait pas rater certaines sorties (que je n'ai pas manqué de rater la première fois, bien-sûr). Le soir, nous nous sommes invité réciproquement dans une crêperie du centre-ville (mon père avait déjà fait des repérages en Août...). Certes, ce n'est pas du tout de la cuisine locale, mais on s'est régalé quand même, le plus important est de se faire plaisir, non ?

Fracassés par la route, le déchargement des voitures et la course pour faire les courses, nous nous sommes couchés tôt, et endormis tout de suite. Le petit déjeuner nous a réservé une surprise : nous avions oublié d'acheter du sucre. Et bien je dois vous avouer que le miel au thym, dans le café, ça le fait pas (mais alors pas du tout). J'en ai encore des frissons. Eurk.

Après s'être assuré que tout était en ordre et que je n'avais plus besoin de rien, mon père a récupéré ses affaires et a repris la route en sens inverse. On était le 2 septembre, et après deux ans quasi-fusionnels avec mes collègues de BTS d'Ardèche, je me retrouvais seul, dans une ville que je ne connaissais pas, avec aucun contact sur place. La rentrée m'attendait quelques jours plus tard, et même si ce second BTS m'intéressait, pour la première fois, j'étais en proie au doute.

Pour chasser mes idées noires et me sortir un peu des cartons, je décidais d'aller vadrouiller en ville, à pied, comme j'aime bien le faire pour découvrir un nouveau lieu. Il me fallait de toute façon aller chez France Télécom pour ouvrir ma ligne téléphonique. Et il me fallait du sucre...






Photo : (c) sedoglia : original (licence : CC-By).