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jeudi 26 février 2009

A propos du prix du pétrole

Couchant sur les champs pétroliers J'en parlais récemment, la crise financière et économique va bloquer les investissements en matière d'environnement : le cours du pétrole est tellement bas qu'il n'est plus du tout urgent de développer des alternatives énergétiques, contrairement à il y a 6 mois, où le pétrole était 4 fois plus cher.

Grâce à Tristan Nitot (une fois de plus), j'ai découvert un article de Jean-Marc Jancovici intitulé "Méfiez vous du pétrole pas cher !". L'auteur y explique la relation entre les récessions et le cours du pétrole, pointe du doigt le danger d'un pétrole peu cher, et explique l'intérêt de la taxe carbone, non pas pour éponger la dette de la suppression d'une autre taxe, mais simplement pour préparer l'avenir et avoir les moyens d'investir.

Citation :

Dans ce contexte, le pétrole redevenu peu cher est source de tous les dangers. Il laisse croire que le problème de l'approvisionnement a disparu, alors que c'est juste le reflet d'une demande qui baisse à cause de la récession ; il dissuade de faire les investissements structurants pour économiser l'énergie fossile, alors que ces derniers ne pourront être faits en une semaine "le moment venu", puisque cela concerne les logements, l'urbanisme industriel, les transports, la production électrique et même la structure des métiers (...).

A lire absolument.





(c) photo : swisscan : original (licence : CC-ByCC-By-CACC-By-NC).

mercredi 18 février 2009

Et si ce n'était que le commencement ?

Lights and crowds Il y a différentes lectures de la crise économico-financiéro-socialo-écologico-énergétique. Il y a celle, rassurante, des médias et des politiques, qui veulent éviter un vent de panique et qui nous endorment avec leurs ronronnements : tout ne va pas bien mais tout est sous contrôle, et on vous promet que ça va s'arranger (mais faudra que vous vous seriez la ceinture, petites gens).

Et il y a d'autres voix, comme celle du psychosociologue allemand Harald Welzer, chercheur au Kulturwissenschaftlichen Institut d'Essen. Dans un article dont la traduction a été publiée en France par Le Monde, il annonce clairement la couleur : nous ne sommes qu'au début d'une crise profonde, et le pire reste à venir. Il considère en effet que, comme nous vivons l'Histoire au quotidien, nous n'avons pas le recul nécessaire pour comprendre l'époque cruciale que nous traversons.

Welzer pointe du doigt le manque d'anticipation des politiques, des économistes et des financiers, et dénonce tous ces experts qui n'ont rien vu venir (alors que bon nombre de signaux étaient au rouge depuis le début 2007). J'aime aussi la façon dont il démonte l'absurdité du système, de ce monstre qu'est le capitalisme, qui se dévore lui-même : "Et les milliards requis (...), que sont-ils, sinon de l'argent virtuel injecté dans un système lui-même au bord de l'implosion, à cause, justement, de la nature virtuelle de ses échanges ?"

Il ne s'agit pas d'une énième critique basique du capitalisme (c'est mon rayon, ça, puisqu'il est pour moi le système qui ravage les sociétés, qui aggrave les inégalités, qui uniformise les cultures, et qui rend peu à peu notre planète inhabitable). C'est une constatation supplémentaire que le système est à bout de souffle, et qu'il est en train d'hypothéquer l'avenir des générations futures.

Que s'est-il donc passé dans la tête de nos élites (qui ont libéré la France en 44, pour certains, qui ont fait Mai 68 pour d'autres), pour qu'il y ait un tel renversement, et qu'ils se soient mis à détruire scrupuleusement, mécaniquement, consciencieusement tout progrès des 50 dernières années, voire du XXème siècle ? Je ne comprends pas cette inversion totale de philosophie.

"Le sentiment d'inégalité entre générations est l'un des plus puissants catalyseurs de mutations sociales radicales", explique Welzer ; il ajoute d'ailleurs que ce ne sont pas forcément des mutations positives. L'avenir pourrait donc bien être encore plus sombre que le présent.

A l'heure actuelle, malgré l'agitation du milieu politique, la situation ne bouge pas. Les marchés ne remontent pas (le CAC40 est par exemple très stable en-dessous des 3000 points), les politiques n'ont pas d'ambitions sociétales réelles, et les populations sont dans l'expectative de solutions qui ne peuvent pas tomber du ciel. La révolte gronde, de ci, de là, sans qu'on n'en parle trop. La planète est un vaste champ de poudre, et il ne manque qu'une étincelle pour que tout s'embrase. "Puissiez-vous vivre en des temps intéressants" [1]...





Je vous invite à lire cet article, lié ci-dessus (info trouvée via l'indispensable StandBlog de Tristan NITOT) ; il n'est guère réjouissant mais a le mérite d'énoncer clairement des vérités passées sous silence.





(c) photo : *Your Guide - original (licence : CC-ByCC-By-NDCC-By-NC).

Notes

[1] Proverbe ancien, peut-être faussement attribué aux Chinois, et qui a la faculté d'être extrêmement ambigu : est-ce une bénédiction ou une malédiction ?

vendredi 30 janvier 2009

Une victime de la crise : les investissements environnementaux

Article centrale solaire SVM Je vous l'accorde, je suis mauvais prévisionniste. Cet été, je croyais dur comme fer que le pétrole allait subir une nouvelle flambée de son cours, pour atteindre un niveau record incroyable. J'avais vu juste en pensant que l'hiver serait moche et rigoureux [1], mais je n'avais pas pris en compte le facteur crise, qui a complètement bouleversé les cours des matières premières, de l'énergie et de l'alimentaire : les spéculateurs avaient d'autres chats à fouetter, et la confiance dans le système boursier était quelque peu effritée.

Je n'ai donc pas du tout vu venir la baisse drastique du cours du pétrole, dont le prix a été divisé par 4 ou 5 en quelques mois (il est passé de presque 150€ en août à moins de 30€ en décembre, voir par ici). La tendance est à la hausse douce, mais on reste en dessous de 50€.

Ce très faible coût du pétrole, finalement assez inattendu, lié à la crise financière et à la difficulté d'emprunter, va faire des dégâts collatéraux durables : la réduction drastique des investissements dans le domaine de l'environnement et de l'énergie est en cours, les entreprises, administrations et particuliers ont d'autres urgences. L'environnement n'est guère une priorité : la meilleure preuve, c'est que notre Super-Ministre de l'Environnement s'est assis sur une partie de son Grenelle en proposant de nouveaux tracés d'autoroute comme support du plan de relance de l'économie. Autoroutes = ravages sur la faune et la flore = voitures et camions = CO2, et autres externalités négatives. Le plan prévoit aussi des lignes de TGV supplémentaires (alors que certaines étaient figées depuis des années), mais le TGV n'est pas une solution environnementale ultime : c'est bien pour les grands trajets inter-régions, c'est à dire une toute petite partie du problème. Pour les dessertes locales intra-région ou inter-urbaines, ce n'est pas la panacée : le maillage et la fréquence ne sont pas suffisants. RFF investit trop sur le TGV et pas assez sur les plus petites lignes, pourtant importantes en terme de bienfaits pour l'impact environnemental.

On se demande aussi ce que fait l'Europe dans ce domaine, en ce moment. Certes, quelques directives publiées récemment ne sont pas inintéressantes : la fin programmée des ampoules à filament, au profit des ampoules à économie d'énergie ou à LED est une bonne chose pour réduire notre boulimie d'énergie [2]. De même, la future obligation de plafonnement de consommation des appareils électriques, lorsqu'ils sont en veille, va dans le bon sens. Mais on a un peu l'impression qu'en dehors de quelques mesurettes ponctuelles, l'Europe ne bouge guère et qu'elle n'a pas d'ambition environnementale, alors qu'elle est l'échelon idéal pour une politique d'envergure que les Etats ne peuvent pas mener individuellement.

Le salut viendra-t-il par l'ouest ? On charge beaucoup la barque d'Obama avec tous les problèmes du monde, et il y a beaucoup d'espoirs dans son mandat. Certains sont fondés, d'autres non, mais son arrivée à la tête d'un des pays qui pollue le plus [3] pourrait amorcer un renouveau des politiques environnementales. Il ne sauvera pas le monde, mais ses premières mesures, quelques jours après son installation à la Maison Blanche, sont encourageantes. Ce serait étonnant (et ce serait une première) : et s'il tenait ses promesses ? [4]

Pourtant, il y a un gisement économique monstrueux à exploiter : un plan de relance par l'environnement (la fameuse relance verte) apporterait un souffle énorme à l'économie, et aurait un effet positif sur l'environnement et sur notre société. Ce n'est pas la voie qui a été choisie en France, d'après ce que j'ai pu voir ces derniers jours, et c'est bien dommage.

En fait, le plus inquiétant reste quand même la réduction des investissements dans la recherche et l'innovation. Il est urgent de trouver des solutions pour notre avenir énergétique. L'imminence du tarissement du robinet pétrolier et l'impasse des biocarburants devraient nous inciter à la réflexion et à la recherche de nouvelles pistes.

Il y a quelques bonnes idées qui circulent. Par exemple ce projet pharaonique, qui pourrait assurer l'indépendance électrique de l'Europe (rien que ça !). Ou alors le projet d'usine solaire qui produit de l'énergie même la nuit, en Espagne (cliquer sur la photo de ce post pour lire l'article publié le mois dernier dans SVM version papier) ou dans le Sahara (ce qui aurait l'avantage de fournir de l'énergie et des revenus aux pays limitrophes). Mais comment êtes audacieux et avoir des projets ambitieux quand vous n'êtes pas soutenus par une volonté politique forte et ferme ?

Notes

[1] Je peux toujours me reconvertir dans la météo ou la voyance.

[2] Enfin, les ampoules basse-consommation ne sont pas parfaite : leur recyclage n'est pas bien organisé, et elles contiennent pas mal de saloperies (mercure, etc.).

[3] Les USA sont les premiers émetteurs de CO2 au monde, juste devant la Chine... Mais la taille de la population n'est pas du tout la même.

[4] Pour la politique environnementale d'Obama, lire par exemple cet article, qui date d'avant l'élection, ou celui-ci, qui date d'après sa prise de poste.

dimanche 26 octobre 2008

Un monument en train de s'écrouler

Site web Camif Ça sent le sapin pour la Camif. Ce grand vendeur par correspondance[1] a en effet annoncé il y a deux jours sa mise en cessation de paiements, et la liquidation semble proche[2].

A l'origine, il s'agissait d'une coopérative de consommation destinée aux enseignants sociétaires de la MAIF, puis elle s'est ouverte à d'autres corps de la fonction publique (hôpital, militaires...), et, plus récemment, à tout le monde (notamment grâce à Internet).

Mais depuis une dizaine d'années, des erreurs de gestion avaient mis la coopérative en grande difficulté ; elle avait même établi un partenariat pas très heureux avec les 3 Suisses. De fermetures de magasins et suppressions de postes, la situation ne s'est pas vraiment améliorée et a abouti à cette annonce du 23 octobre. Je suppose que la crise financière a accéléré la situation : si la Camif a souhaité emprunter pour essayer de se relancer, il y a de grandes chances que cela lui ait été refusé. Ce n'est rien de dire que les banques sont frileuses en ce moment (et qu'elles font payer à la société entière les prises de risques consenties ces 5 dernières années, en étant maintenant extrèmement rigides)... Plus de 500 employés devraient rester sur le carreau ; la VPC française ne se porte pas très bien (La Redoute a annoncé il y a quelques jours la suppression de 650 postes).

La Camif était un VPC un peu particulier. A une période, ils étaient financièrement plus attractifs qu'en grande surface : il était facile de trouver sur le catalogue du matériel à prix inférieur. Mais depuis une dizaine d'années, les prix se sont harmonisés avec les grandes surfaces et autres VPC (par exemple, vous avez essayé de comparer les prix d'un téléviseur entre les grandes surfaces et les VPC ? Il n'y a que quelques euros d'écart. Ne me dites pas que tout ce petit monde ne se met pas d'accord sur les prix... Les seuls à faire la différence sont certains sites Internet, qui cassent les prix). L'autre atout de la Camif était sa qualité de service exceptionnelle et son excellent service après-vente, mais les deux commençaient à décliner, notamment depuis que la société a vendu son âme quitté le statut de coopérative pour devenir une SA, et s'est liée aux 3 Suisses.

Cela ne l'empêchait pas d'avoir un volet social important (équipement de foyers sociaux, aides aux démunis), et depuis 2 ou trois ans, une forte politique en faveur de la consommation durable et équitable laissait annoncer un changement d'orientation intéressant. Mais cela n'a pas effacé les erreurs stratégiques qui ont conduit à cet échec (par exemple le rayon textile en était resté aux fringues portées par de vieux profs à deux doigts de la retraite, et n'a jamais su se moderniser).

Sauf retournement de situation improbable, la Camif devrait donc partiellement (sinon complètement) fermer. La fin de quelque chose pour un enfant d'enseignants comme moi : la Camif est un monument. On a tous eu des enseignants-Camif, des profs (mal) habillés de vieilles fringues ringardes et insipides (d'ailleurs, mon père........... (coupdechaud) ). Tous ceux qui connaissent un peu le milieu enseignant savent la place qu'occupait la Camif. Cela a même été caricaturé dans la (médiocre) BD "Les Profs". Dans ma famille, quand nous étions gamins, l'arrivée du catalogue saisonnier semestriel était quasiment un évènement, nous nous bataillions pour le parcourir en premier (surtout celui d'hiver, avec les jouets de Noël). C'en était même devenu une private joke familiale, généralement aux dépends de mon père :-D .

C'est un peu excessif de dire que c'est un morceau de la culture enseignante qui s'apprête à disparaitre, mais ce n'est pas totalement faux non plus.

Notes

[1] Le 3ème VPC français, selon Wikipedia.

[2] La société Camif Particulier se dirige vers la liquidation, et la société Camif SA s'est mise en cessation de paiement, mais a demandé la poursuite de son activité. Voir l'info sur le Monde.fr.

dimanche 12 octobre 2008

Le nécessaire virage à gauche

A gauche toute ! Je viens de prendre enfin le temps de regarder les 17 minutes du discours de Benoît Hamon, lors de la présentation des motions socialistes, le 08 octobre, en préparation du Congrès de Reims. Voilà une vision du PS qui est fait du bien à entendre.

C'est grâce à Pascal que je me suis un peu plus intéressé à lui : il est moins fantasque que mon favori Montebourg (avec qui il a longtemps été proche) et ne m'a pas déçu comme Moscovici. Il est pour moi l'une des seules réelles alternatives crédibles pour le renouveau du PS, Les autres candidats au poste de Premier Secrétaire ont probablement de bonnes idées, mais peu présentent autant d'ambitions de changement et de retour aux sources du parti, à savoir le socialisme.

Car plusieurs candidats proposent de tendre vers le Social-libéralisme ; avec les évènements de ces derniers mois, on se rend compte qu'il s'agit d'une fausse piste. Même les Anglais, pourtant libérophiles, retournent vers le bon vieux refuge gauchiste en nationalisant les banques (même si tout le monde clame que c'est une nationalisation, pardon, une prise de participation temporaire). Il n'empêche, les faits sont là : l'interventionnisme est salvatrice quand les marchés sont pris de folie. Mais le régulateur n'a pas joué son rôle : au lieu d'être le pompier arrosant le brasier, il aurait dû prévenir et anticiper la catastrophe, qui nous pendait au nez depuis des années. Cela fait au moins deux ans que l'on sait aller vers une crise (l'éclatement de la bulle spéculative autour de l'immobilier était prévue) ; beaucoup ne la pensaient pas très importante, certains feignaient même de l'ignorer ou de ne pas y croire. Elle n'en a pas moins été l'étincelle embrasant le système. Les Etats auraient dû intervenir sur les marchés immobiliers pour éviter l'effet de contagion. Surtout que beaucoup (pas forcément les politiques, mais au moins les banquiers) savaient que la coque du navire était bouffée par les vers des "actifs toxiques".

Le Social-libéralisme à l'Anglaise est un échec. Il a montré son impuissance face à la crise. Prendre cette direction au PS serait une véritable erreur stratégique. Le monde (et la France en particulier, après 8 ans de règne sans partage de la Droite) a besoin de solidarité et de partage. Il n'est pas vivable pour notre planète ni pour notre espèce qu'une poignée de personnes affame les populations, transforme les travailleurs en esclaves devant bosser toujours plus, leur ruine la santé, épuise les ressources naturelles et ravage l'écosystème global juste pour que cette poignée d'élus se fasse toujours plus de pognon[1].

Le PS doit ouvrir la voie, car contrairement à ce que clame la Droite, ce ne sont pas les gens de Gauche les conservateurs et les rétrogrades. Le progrès, cela a quasiment toujours été la Gauche. Cela veut dire : assumer clairement le S de son sigle. Si l'on tient compte des données économiques actuelles, il est probable que les idées à gauche de la Gauche de Benoît Hamon et de ses comparses plaisent, et cela serait une bonne chose. Il faut que je me décide à finir la lecture de sa Contribution (c'est dense). J'ai aussi la Contribution de Martine Aubry sous le coude ; j'aime bien le personnage, mais je ne sais pas trop où elle se positionne sur le complexe et mouvant échiquier socialiste...

Le congrès qui va se dérouler à Reims est d'une importance vitale. C'est lui qui va déterminer si nous allons rempiler pour 5 ans de Sarkozysme en 2012. Et cela me fait frémir d'imaginer le PS dirigé par la même équipe que celle qui finit son mandat, avec juste un changement de chef, sans changement de ligne d'action.




Edit : Benoît Hamon était à Ripostes, dimanche soir sur France 5. Débat intéressant, mais c'est là qu'on se rend compte qu'au PS, ils ne sont pas très bons communicants, et qu'au Gouvernement, ils maitrisent parfaitement bien l'outil.

Notes

[1] "Tout ça pour qu'un p'tit con gagne des millions", comme chante Ridan dans Objectif terre.

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