Accueil | Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Mot-clé - Chamonix

Fil des billets - Fil des commentaires

samedi 15 septembre 2007

15 Septembre 1997 - Les hommes des bois

Après avoir passé le cap des 30 ans, en février, je me suis surpris à regarder en arrière. 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une excellente occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque.

La seconde semaine de cours s'est avérée furieusement peu intéressante. Dans le planning, il était prévu que nous démarrions avec du sport : les deux premières heures du lundi matin étaient donc consacrées à suer sang et eau d'une façon ou d'une autre. Je n'ai jamais vraiment compris ces emplois du temps qui mettaient le sport en tout début de matinée, histoire de bien vous laminer pour le reste de la journée et bien sûr (parce que ne rêvez pas, il n'y avait pas de douche), de bien profiter toute la journée des émanations dues à ses efforts, mais aussi de celles des voisins. Un régal. Heureusement, le prof était un peu plus imaginatif que la moyenne, et en plus des très classiques handball et basket, nous avions la possibilité de faire du badminton ou de l'ultimate. Je dois avouer que je me suis régalé avec l'ultimate, comme je ne m'étais pas amusé depuis longtemps en sport.

Cette semaine-là, nous avons fait deux sorties assez originales. La première était une expédition à Nantua, où avait lieu une vente de bois aux enchères. Je ne me souviens pas du cas général pour les ventes de bois, mais cette enchère-là était une enchère inversée : le vendeur, pour son lot de bois, annonce un tarif et descend progressivement (le commissaire-priseur égraine les tarifs à une vitesse folle), et les acheteurs doivent arrêter au moment qu'ils jugent opportun. C'est à dire pas trop tôt (ils payeraient plus que nécessaire), ni trop tard (ils risqueraient de se faire rafler le lot par un concurrent). Histoire de pimenter un peu le tout, les vendeurs peuvent à tout moment retirer leur lot, notamment dans le cas où ils jugent que le prix descend en-dessous de ce qu'ils attendent. Les acheteurs, qui ont pu visiter les parcelles avant (les arbres ne sont pas encore coupés, et on peut voir ses qualités ou ses défauts) savent très bien quels sont les lots qu'il leur faut acheter en fonction de leur besoin. Cela a donné quelques minutes rigolotes, quand un acheteur s'est fait piquer un lot de très bonne qualité (il est parti très cher) par un de ses concurrents ("Put***, tu peux pas me faire ça !"). Il y eu d'autres échanges étonnants, qui étaient parfois sous-titrés par nos enseignants accompagnateurs. Le petit monde des négociants de bois est un univers impitoyable :-D

La seconde sortie, à vocation écologique, nous a emmené au pied de la Mer de Glace, à Chamonix. Nous sommes dans un premier temps monté jusqu'à la Mer de Glace grâce au petit train du Montenvers, puis sommes redescendus jusqu'à Chamonix en une très belle randonnée. C'était l'occasion pour la plupart de mes collègues de découvrir la botanique concrète et un cortège de plantes qu'ils auraient maintes occasions de croiser dans leurs 2 ans de BTS. Mais aussi de découvrir l'écologie, qui n'est pas la science des déchets ou des catastrophes, mais la science qui étudie les interactions entre les êtres vivants et leur milieu. Sur toute la longueur du trajet (nous sommes grossièrement passé de 1500m d'altitude à 1000m), nous avons rencontré plusieurs types de milieux différents, avec leur cortège spécifique de plantes ou d'animaux. Je me suis régalé toute la journée, et connaissant une partie de la flore, j'ai pu profiter de la balade. Il a fallu que je sois attentif lors des détails écologiques (je ne savais pas quelles étaient les spécificités des lieux), mais ce fut une bonne journée. Et en plus il faisait beau. Cependant, à force de batifoler dans les buissons de myrtilles, d'airelles ou de rhododendrons pour observer (si ce sont des Ericacées toutes les trois, c'est un hasard, il n'y a pas de cause à effet ; vous noterez au passage avec quelle aisance j'étale mon savoir...), je suis revenu avec un souvenir : une tique de belle taille. Cette bestiole est le fléau des forestiers et des chasseurs, et transmet une tripotée de maladies ; pour quelqu'un comme moi suis un peu hypocondriaque, il fallait agir vite. Je ne me suis aperçu de sa présence qu'au bout d'un jour ou deux, et j'ai donc filé aussi vite que possible chez le médecin pour qu'il me le retire proprement (je l'avais tripatouillé moi-même sans grand résultat). Evidemment, il m'a fallu 3 mois pour que j'arrête de me dire que le moindre mal de tête, vertige, début de nausée était un symptôme de la maladie de Lyme...

Cet épisode chez le médecin m'avait permis de faire péter quelques heures de cours généraux, et j'en étais bien content. Je m'ennuyais ferme en cours, la plupart était assez insipides, surtout à coté des expéditions sur le terrain. Il y eu quand même quelques cours plus intéressants que d'autres, qui ont fini par influencer mon cursus. J'ai eu des échanges assez vigoureux avec deux des enseignants, le prof de botanique et un des profs de sylviculture. Le premier nous enseignait des choses qui n'étaient pas tout à fait justes. La théorie qu'il nous expliquait m'avait été largement démontrée par l'enseignant que j'avais eu en Ardèche. Au final, l'enseignant annécien a reconnu que ce fait scientifiquement démontré (j'avais trouvé plusieurs publications sur le sujet plusieurs années après) n'était pas reconnue par les forestiers.

L'autre discussion pimentée avait eu lieu au sujet de l'Ours. Melba, l'une des premières femelles réintroduite par le Programme Ours en 1996, venait de se faire descendre par un chasseur. Le sujet concernait la forêt et l'environnement, et le débat s'est engagé dans la classe. Jusqu'à ce que le prof dise comme une vérité qu'il fallait descendre les ours, qu'ils n'avaient pas leur place dans nos forêts. Ce fut pour moi un choc culturel. J'avais passé deux ans dans une formation à la culture complètement opposée, où les enseignants véhiculaient de vraies valeurs environnementalistes et écologiques (au sens scientifique du terme, pas au sens politique), j'ai donc quasiment pris une claque. La discussion n'a pas beaucoup avancé, je suis un garçon borné et le prof était aussi campé sur ses positions :-) Mais ce jour-là, je me suis taillé un costume d'écolo de base (ce que je ne suis pas). Et de chieur (ce que j'assume parfaitement).






Photo : (c) LeChatMachine : original (licence : CC-By CC-By-CA CC-By-NC).