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samedi 19 juillet 2008

Privatisation d'Areva : allons-nous tous iradier (de bonheur) ?

Bombe nucléaire à Bikini C'est amusant, quand même, la loi des séries. En quelques jours, deux incidents annoncés comme mineurs ont ponctué l'actualité : le 09/07 dans le Vaucluse et le 17/07 dans la Drôme. Le premier a aussi permis de révéler une pollution plus ancienne des nappes phréatiques, non détectée jusque là (sympa pour les riverains qui utilisaient l'eau depuis des années...). Tous ont été provoqués par des filiales d'Areva.

Ces petites pollutions de niveau 1 (de 80 à 100 par an, selon la PDG d'Areva, Anne LAUVERGEON, dont une dizaine imputables à Areva), même très mineures, sont donc fréquentes, et bien peu médiatisées. J'ai cherché sur le site de l'Autorité de Sûreté Nucléaire quelles étaient les statistiques d'alerte de chacun des niveaux, mais je n'ai pas trouvé (Ce site fait peur... Le nombre d'incidents de radiothérapie est affolant...). Il n'y a guère de transparence, et on sent bien que le problème réside souvent dans la délégation du travail aux sous-traitants, qui ne prennent pas toutes les précautions ou qui ne forment pas bien leur personnel (souvent intérimaire).

Au passage, on notera qu'une fois de plus, on fait dire n'importe quoi aux sondages : une enquête explique que les Français ont plus peur du réchauffement climatique que du nucléaire. C'est sûr qu'à choisir entre la peste et le choléra, on prendra le moins pire. Mais on compare deux choses différentes qui ont juste un égal potentiel de destruction. On pense souvent que sur le long terme, la modification du climat est pire, mais il semble que seule l'espèce humaine soit très menacée (du moins dans ses habitudes actuelles), car moins capable de s'adapter. Les autres évoluent, quand elles le peuvent suffisamment vite. Le nucléaire est aussi un problème sur le long terme puisque nous léguons à des centaines de générations un formidable stock de matière toxique. Deux ou trois générations d'humains du XXème siècle se permettent de laisser à des centaines d'autres le soin de gérer leurs déchets mortels. Moi, ça me choque un peu, quand même.

Dans ce contexte, la préparation de la privatisation d'Areva m'inquiète. Cela pourrait aussi me révolter politiquement, car c'est au passage un cadeau de notre nabotnanoprésident à son copain Bouygues (lire ici, ici ou ici). Il est déjà difficile pour une Areva, propriété de l'Etat Français, d'assurer une parfaite sécurité de ses activités. Qu'en sera-t-il lorsqu'elle aura le statut complet de société privée, avec objectif unique de faire du chiffre (pour gaver ses actionnaires) ? La sécurité sera-t-elle aussi prioritaire ? Question subsidiaire, le démantèlement des centrales sera-t-il effectué par elle, ou, comme je le vois venir, ce coût pharaonique sera-t-il payé par les citoyens, sur le principe de la "mutualisation des pertes et de la privatisation des profits" ?

Il urgent de se rendre compte que certains secteurs ne doivent pas être privatisés.

Dernier point, Areva est en train de négocier la création de centrales nucléaires un peu partout dans le monde. Le nucléaire a la cote, à cause des cours du pétrole. Outre le danger évident de multiplier les risques, notamment dans des zones géopolitiquement instables, on accentue encore plus la pression sur les ressources en combustible, qui est en stock très limité. On reproduit exactement le même schéma qu'avec le pétrole : notre espèce est viscéralement incapable d'apprendre de ses erreurs. C'en est navrant. Et si nous allions un peu de l'avant, pour une fois, et que nous investissions dans l'avenir et les énergies renouvelables, qui, par essence (hu hu, si l'on peut dire :-D ), sont inépuisables ?