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dimanche 20 septembre 2009

Disparition des abeilles - la fin d'un mystère

Ballet à l'entrée de la ruche A l'heure où le colloque Apimondia se termine à Montpellier, je viens de regarder un DVD qui trainait dans mes affaires depuis un moment : "Disparition des abeilles - la fin d'un mystère" [1]. Un documentaire très factuel, pas sensationnaliste, à voir absolument.

Cette enquête est intéressante à plus d'un titre puisqu'elle fait le point sur un désastre qui touche la planète entière depuis quelques années : le syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles. Ce syndrome touche des colonies sur tous les continents, et provoque la mort de toutes les abeilles d'une ruche en quelques semaines, en quelques jours, voire en quelques heures. Les images sont assez effroyables : elles montrent des tapis d'abeilles mortes devant leur ruche complètement vide, un vrai carnage. Ce mal mystérieux touche aussi bien les colonies élevées par l'homme que les colonies sauvages, et semble en accélération depuis 2006 ; ainsi, en France, 450 000 ruches ont disparu depuis 7 ans, et dans certaines régions, la perte a atteint jusqu'à 80% du cheptel !

Il n'est pas inutile de rappeler l'importance des abeilles. Elles contribuent avec d'autres insectes à polliniser 80% des plantes, qui disparaitraient vite sans cela [2]. Cela semble énorme, mais une ruche polliniserait 35 millions de fleurs par jour. C'est une étape importante dans le développement des fleurs puisque la pollinisation peut entrainer la fécondation, et donc, la formation des fruits. Pas de pollinisation = pas de fruits ni de légumes : c'est dire si elle est importante pour l'agriculture et pour l'Humanité en général... La pollinisation a un autre intérêt : elle assure le brassage génétique des plantes par déplacement du pollen, et donc une amélioration des plantes et de leur santé, les rendant plus résistantes aux attaques des insectes ou des maladies.

Aux Etats-Unis déjà, il n'y a plus assez d'abeilles et les agriculteurs payent pour que les apiculteurs installent leurs ruches à proximité des cultures. Mais le déclin des pollinisateurs est dramatique : ils risquent d'être en nombre insuffisant dès 2012 !

Mais que se passe-t-il donc ?

Le documentaire avance quelques explications au syndrome frappant les abeilles. Dans un premier temps, il constate que les ruches sont atteintes par des pathologies et des multiplications de parasites tels que le varoa. Mais cet acarien semble s'attaquer aux colonies faibles : si la colonie est en bonne santé, elle s'accommode très bien des varoas et des autres parasites (d'ailleurs, l'abeille en a toujours eu). C'est donc plus un symptôme d'un problème que la cause de la disparition massive d'abeilles, tout comme les autres problèmes sanitaires (champignons, virus, etc.).

Autre piste : les produits agricoles et les méthodes de traitement. La multiplication des molécules différentes pour les traitements successifs des cultures (jusque 15 !) fabrique des cocktails ravageurs dont les effets sont très mal connus ; on sait à peu près quels sont les effets d'une molécule isolée, mais pas vraiment les interactions entre molécules d'insecticides, fongicides, herbicides et autres pesticides. La plupart de ces traitements ne tuent pas directement les pollinisateurs adultes, mais sont ramenés dans les ruches par l'alimentation (finalement létale) qui est donnée aux larves.

Ces traitements persistent durablement dans le sol, ce qui rend l'exposition des insectes aux toxiques bien plus longue qu'un simple traitement ponctuel des cultures. Ce phénomène est accentué par l'arrivée des semences de cultures enrobées de produits insecticides (neurotoxiques) ou fongicides. D'ailleurs, la commercialisation de ces semences coïnciderait assez avec le début de l'expansion des syndromes d'effondrement... Un hasard ?

La domination de quelques firmes phytosanitaires très puissantes ne facilite pas les études d'impact sur la santé des insectes (ou des humains). L'homologation des pesticides dépend de normes complètement dépassées (elles ont plus de 50 ans), qui ne tiennent pas du tout compte de la puissance des produits actuels, ni de la combinaison des différentes molécules toxiques. Le documentaire ne dit rien explicitement, mais cela ne semble pas près de changer.

La dernière source potentielle de désordre engendrant la disparition des abeilles est liée aux modes de cultures actuels : nous pratiquons encore très massivement des monocultures intensives, cela appauvrit l'alimentation des abeilles à tel point qu'aux Etats-Unis, les apiculteurs sont obligés de donner des compléments alimentaires aux ruches ! C'est complètement absurde puisque les abeilles produisent elles-mêmes leur nourriture, pourvu qu'on varie la source de butinage, et qu'on leur laisse suffisamment de miel.

Il y a très nettement deux symptômes possibles pour la disparition des abeilles : l'effondrement rapide des colonies, probablement lié à un traitement agricole ponctuel à grande échelle et la mort lente des ruches, due à l'accumulation des molécules toxiques auxquelles sont exposées les abeilles en permanence, à la faible qualité de l'alimentation des abeilles et aux parasites qui profitent de la fragilité de la colonie (varoa, virus, champignons...).

Comment résoudre le problème ? Les agriculteurs et les apiculteurs doivent de toute urgence se parler : il est facile d'éviter les catastrophes en fermant les ruches au moment des traitements ponctuels. Les agriculteurs ne sont pas les seuls responsables, d'ailleurs, puisque les jardins privés rejettent aussi beaucoup de produits toxiques. Mais il faut à tout prix réduire le nombre de molécules que l'on balance dans la nature, ainsi que leur toxicité. Il en va de la protection des insectes, mais aussi de la notre : non seulement toutes ces molécules nous rendent malades (cancers, entre autres) mais en plus elles mettent en danger notre approvisionnement alimentaire : l'agriculture aurait bien du mal à produire des fruits et légumes sans les pollinisateurs.





(c) photo : Printemps été - original (licence : CC-ByCC-By-NDCC-By-NC).

Notes

[1] Documentaire de 2008 ou 2009 de Natacha Calestrémé, assez difficile à trouver à la vente. Il est néanmoins diffusé en ce moment dans certains cinémas, comme à l'Utopia de Montpellier.

[2] La pollinisation, pour ceux qui ont séché les cours de botanique ou de biologie, est le mode de reproduction (sexué) de la plupart des plantes à fleurs. Elle est assurée par les insectes, les animaux, l'eau, le vent.

dimanche 24 août 2008

Un bien bel ouvrage

biotope-orchideesfrance.jpg J'ai reçu il y a quelques jours le magnifique bouquin "Les orchidées de France, Belgique et Luxembourg" (éd. Biotope). Cela faisait des années que je voulais me l'offrir (45€, quand même) : c'est un ouvrage de référence pour tous les botanistes orchidophiles, et ma participation à l'inventaire des orchidées d'un département du Sud-Est m'avait sensibilisé à cette grande et belle famille de plantes.

On pourrait imaginer que les Orchidées sont des plantes exotiques qui ne poussent que sous des latitudes éloignées, mais que nenni, mes amis. Des Orchidées sauvages et complètement spontanées poussent en France métropolitaine. Il y a par exemple 76 espèces différentes dans le département de Hérault. Certaines sont peu impressionnantes, mais d'autres sont vraiment sublimes [1].

Il est vrai que cette famille a beaucoup de représentants séduisants, et la méthode de pollinisation choisie par beaucoup d'espèces ne peut qu'émerveiller le scientifique devant la beauté de l'Evolution et des processus de spéciation et de coévolution.[2].

Le bouquin est très complet. Il y a de longs chapitres au début pour décrire la famille des Orchidées (les Orchidacées, en termes botaniques), la morphologie des plantes et des fleurs, la biologie et l'écologie. Il y a aussi un chapitre sur l'Evolution de la famille et une trentaine de pages sur les Orchidées et les Hommes (aspects culturels, historiques et légaux).

biotope-orchideesfrancepage.jpg La plus grosse partie du livre décrit les espèces d'Orchidées une à une, avec beaucoup de précision : photo, carte de localisation (à l'échelle des départements), indications pour bien les déterminer et ne pas les confondre avec d'autres, renseignements sur la biologie et l'écologie de l'espèce... C'est extrèmement complet et riche, et c'est ce qui en fait un ouvrage de référence apprécié depuis des années par les spécialistes du domaines, et par les amateurs de photos de belles plantes.

Ha, si un jour vous deviez m'offrir des fleurs, évitez de m'apporter une orchidée que l'on trouve chez le fleuriste, je n'aime pas du tout (coupdechaud) ... Et évitez aussi les Orchidées autochtones : une grande partie des espèces sont protégées !




Ce billet n'est pas sponsorisé :-) .

Notes

[1] Pour l'Hérault, consulter ce site.

[2] C'est un phénomène connu : certaines orchidées ont grimé une partie de leur fleur pour faire croire à leurs pollinisateurs qu'il s'agit d'un insecte de leur espèce et de sexe opposé. Ainsi, le pollinisateur se précipite sur la fleur, en croyant avoir le droit à une partie de pattes-en-l'air. Raté. Probablement frustré, la bestiole s'en va de la plante assez vite, mais pas sans embarquer quelques sacs de pollen, que l'orchidée aura lui subrepticement déposé sur la tête ou sur les membres. Un peu cruchasse, l'insecte se précipitera à nouveau vers une orchidée de la même espèce à la moindre occasion, et déposera alors le pollen ; l'orchidée pourra alors se reproduire tranquillement (le grain de pollen, c'est un peu le spermatozoïde des plantes, en simplifiant). L'orchidée profite donc des insectes pour convoyer ses gamètes mâles d'un individu à un autre : la Nature fait des plans à 3 (ou plus) depuis bien plus longtemps que notre misérable espèce.

mercredi 7 novembre 2007

7 Novembre 1997 : de mal en pis

Myxomycète Après avoir passé le cap des 30 ans, en février, je me suis surpris à regarder en arrière. 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une excellente occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque.

Quelques jours après le retour de mon concours, le répit salvateur qu'il m'avait procuré était oublié. Disparu. Je traversais une période définitivement trouble : remise en question de ma formation, remise en question de mes projets professionnels, remise en question de ma sexualité... La totale.

Coté cours, je m'ennuyais toujours aussi ferme. Le prof de maths était un vrai psychopathe, j'avais décidé de boycotter ses cours. Au bout de quelques jours, j'ai su que je pouvais le faire car étant déjà titulaire d'un BTS du même type, je pouvais être exempté de certaines épreuves. Les passerelles entre diplômes sont rares, mais celle-là a été prise très vite. En économie, nous avions quelqu'un de très intéressant ; cela me changeait du BTS précédent où l'enseignant était certes sympa, mais complètement brouillon et incompréhensible. Non, définitivement, celui-là était bien ; il était très branché analyse systémique et moi j'étais en pleine lecture du Macroscope de Joël de Rosnay. J'ai donc beaucoup accroché.

Myxomycète Le plus gênant, c'était les enseignants de nos matières principales : les techniques forestières. Dans l'ensemble, ces profs avaient des discours qui me dérangeaient. Leur postulat de base semblait être "point de forêt sans forestier", ce qui est bien évidemment faux. La plupart m'était donc antipathique, à part peut-être Mademoiselle D., la benjamine de l'équipe, une enseignante qui était là pour sa 1ère ou 2ème année. Le courant passait bien avec elle, malgré les matières rébarbatives qu'elle nous enseignait (en gros, tout ce qui concernait les équipements matériels et certains types d'aménagement de forêts comme la construction de routes forestières... Pas très fascinant...). Il ne faut pas que je médise, il y avait quand même un prof qui avait une vision plus proche de la mienne concernant la gestion des forêts ; il était d'ailleurs membre de l'association ProSilva, qui prône une gestion plus "naturelle" de la forêt. On n'y pense pas souvent, mais la plupart du temps, peu de choses séparent la sylviculture de la culture du maïs ou du blé. Heureusement, en 10 ou 20 ans, les mentalités ont évolué dans le bon sens (enfin, dans le mien :-D ).

Les 3 ou 4 autres enseignants de ces disciplines m'étaient assez difficilement supportables. Restait le cas du prof de botanique, avec qui les relations avaient mal démarrées. Après quelques semaines, je m'étais assoupli à son sujet. Il avait un coté Tryphon Tournesol attachant. Mais ses cours étaient tous ennuyeux au possible : il avait des méthodes d'enseignement qui n'avaient pas évolué depuis 30 ans, et abordait son domaine de manière théorique. Pour tous les aspects pratiques, quand c'était lui qui gérait, cela ne tournait pas toujours très bien. Un TD sur les fruits a failli mal finir : tout le matériel de TD avait disparu avant la fin du TD. Tous les exemples de baies, drupes, gousses, akènes et samares qui étaient comestibles (banane, ananas, pomme...) ont fini dans les estomacs. Y'a plus de respect, ma bonne dame...

Myxomycète Les TD les plus intéressants étaient ceux qui se passaient en dehors de l'école ou qui étaient gérés par des intervenants extérieurs, comme une visite d'un parc botanique local ou une sortie sur les mousses. Ma plus grande découverte restera une séance de travail sur les fantastiques myxomycètes, ces incroyables champignons qui ont la faculté de se déplacer seuls. Et en plus, ils sont souvent très beaux. Il faut de la patience pour les observer (ils sont tous petits et ne se révèlent vraiment qu'au microscope), mais quelle beauté ! Essayez par exemple avec Google Images sur Myxomycètes ou sur Lamproderma, l'un des genres les plus étonnants. Voir aussi ce site de photos et d'explications.

La brève coupure des vacances de la Toussaint (25/10 - 02/11) me permit de rentrer chez moi en Val de Loire et de discuter avec mes parents de mon avenir. Les résultats du concours n'étaient pas encore tombés, mais c'était imminent. L'abandon de la formation me séduisait de plus en plus et j'avais commencé à envoyer des lettres de motivation et des CV (bien maigres) pour trouver du boulot sur Annecy. Si j'obtenais un travail ou si j'étais accepté aux oraux du concours, je quittais la formation. J'avais l'aval de mes parents.

Je suis donc revenu à Annecy bien peu motivé pour reprendre les cours. Le temps à l'école passait trop lentement et les week-ends trop vite.

Je me souviens très bien du week-end à rallonge du 11 novembre : il a été marqué par les prémices d'une certaine acceptation. Je commençais à comprendre mes différences et mon attirance pour les garçons. Comme toujours dans ces cas-là, j'avais besoin d'information pour comprendre. A l'époque, Internet était quand même bien plus limité qu'actuellement, il était difficile d'y trouver des choses (autres que des photos de garçons nus). Je me suis donc rendu honteux chez un marchand de journaux que je ne fréquentais jamais pour regarder le rayon des magazines gays, et suis tombé sur deux magazines prometteurs : Têtu et Ex-Aequo [1]. Après un bref comparatif (je sentais l'oeil du buraliste braqué sur moi) je me suis décidé pour Ex-Aequo et pour la première revue de cul qui tombait sous ma main, bâh oui faut bien se renseigner... Je ne vous ai rien dit, je nierais toute citation !.

Un détail très drôle, c'est à cette époque que je me suis acheté le Live à Bercy de la vilaine fermière. La chanson Ainsi soit-je m'avait beaucoup marqué pendant l'été, notamment le mois où j'étais pompier et où j'ai beaucoup écouté la radio. Je découvrirais quelques mois après qu'elle était une icône incontournable de la communauté gay... Mais à partir du moment où je reçus le disque dans ma boite à lettre, à mon retour de vacances, il n'y en eut pas d'autre dans ma platine pendant plusieurs mois... Ambiance déprimée perpétuelle garantie :-) Merci Mylène.

Les choses allaient pourtant vite changer. Rien de tel pour se remonter le moral à fond que d'avoir des projets. A la mi-novembre, le résultat du concours tombait : j'étais admissible, comme 49 autres types. Les jeux étaient faits, mon avenir dans la foresterie était désormais limité.

(A suivre)






Photos : (c) myriorama : photo 1 photo 2 photo 3 (licences : CC-ByCC-By-NCCC-By-CA pour les photos 1 et 3, CC-ByCC-By-NCCC-By-ND pour la photo 2.)

Notes

[1] Cette revue disparaîtra un ou deux ans après, malheureusement. Je ne me suis jamais retrouvé dans Têtu, et n'ai donc plus acheté de revues gays après. Pour moi, Ex-Aequo me semblait moins superficiel et contenait beaucoup plus d'informations. C'est d'ailleurs dans cette revue que j'ai entendu parler pour la première fois d'homoparentalité, dès 1997.

samedi 6 octobre 2007

6 Octobre 1997 - Tournée méditerranéenne

Après avoir passé le cap des 30 ans, en février, je me suis surpris à regarder en arrière. 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une excellente occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque.

Massif de l'Esterel Ce lundi 6 octobre était une journée un peu spéciale. Nous partions tous très tôt en bus en "tournée forestière", c'est à dire une expé d'une semaine complète loin d'Annecy, sur une thématique précise. Destination : le sud de la France, pour une "tournée méditerranéenne".

Le lundi, après une grosse matinée de route, nous nous sommes arrêtés du coté de Forcalquier, à quelques pas de la Montagne de Lure. Un joli village plein de charme, entouré d'une végétation un peu rude. Sur place, nous avions rendez-vous tout l'après-midi avec un agent de l'ONF qui devait nous parler de la mise en valeur des hêtraies locales. La plupart des interventions que nous avons eu n'ont pas laissé une grande trace dans ma mémoire ; comme toujours, certaines étaient de qualité, d'autres moins intéressantes, voire carrément rasantes. Dans l'ensemble, grâce à mes deux années en Ardèche, j'avais une bonne connaissance des problématiques et des acteurs de la forêt méditerranéenne, je n'ai donc pas appris énormément de choses. Par contre, j'ai découvert beaucoup de coins et paysages que je ne connaissais pas. J'avais aussi le plaisir de voir que mes connaissances botaniques n'avaient pas trop baissé, j'ai été horrifié par certaines détermination de plantes faites par les enseignants. Comment peut-on confondre la méditerranéenne Clematis flammula et la très commune Clematis vitalba, même si ce sont deux clématites ?

En fin d'après-midi, nous avons quitté Forcalquier pour prendre la direction de Digne. Je connaissais déjà le coin pour avoir été en famille dans la réserve géologique (notamment pour admirer la célèbre et impressionnante dalle aux ammonites), mais de toute façon, nous n'étions là que pour quelques heures, juste pour la nuit. Nous étions hébergés dans un centre de vacances un peu à l'extérieur de la ville. J'en garde un assez mauvais souvenir, je crois que c'était un peu vétuste et pas très propre. En plus, nous étions en dortoirs de 6 ou 8, pour les mecs, et cela ne me mettait pas très à l'aise. Même maintenant, en étant gay bien assumé, je ne suis pas sûr d'apprécier :-D 8 mecs de 18 ans bourrés d'hormones dans une même pièce, je ne vous dit pas la nuit que certains ont passé. J'ai éprouvé un certain malaise à être le seul lit qui ne couine pas quand la lumière a été éteinte. Le réveil a été dur pour certains qui ont passé la nuit à se palucher le guignol.

Nous sommes partis tôt le lendemain, après un petit-déjeuner vite expédié, et avons quitté les Alpes de Haute-Provence pour rejoindre le Var, et plus précisément la commune de Montmeyan. Ce département étant l'un des plus boisés de France, il est extrêmement exposé aux problèmes d'incendies estivaux. D'ailleurs, il fait régulièrement et tristement la une des actualités l'été sur ce sujet. Nous avons rencontré un technicien forestier qui nous a parlé de la mise en valeur de la garrigue du Haut Var, et de la défense des forêts contre l'incendie. Après les quelques semaines d'activité de pompier, j'étais forcément très sensibilisé au sujet, et je me souviens avoir beaucoup discuté avec lui des différents dispositifs de protection proposés par le département.

Le soir, nous avons gagné Saint-Raphaël : un hôtel nous attendait pour passer la nuit. La soirée a été vraiment médiocre. Je ressentais un déphasage toujours plus important avec mes collègues, et cela s'est encore accru ce soir-là. Je suis un garçon ennuyeux raisonnablement sage, qui n'a jamais cédé à la facilité des drogues et qui ne boit pas ou vraiment très peu (un verre de vin pour accompagner un repas, oui ; du whisky-coca en perfusion toute la soirée avec juste pour but de se murger, non). Du coup, je me sentais complètement extra-terrestre en étant le seul à ne pas me décalquer la tête (et à ne pas vomir tripes et boyaux à 22h30). En bon ours mal léché, je me suis vite isolé sur un bout de plage (elle n'est vraiment pas large la plage de St-Raph, quand on connaît les plages atlantiques), pour ruminer de sombres pensées. J'étais dérangé de temps en temps par un collègue qui cherchait un coin discret pour vomir, puis à un moment avancé de la nuit, deux collègues un peu plus sobres que les autres sont venus me rejoindre. Nous avons beaucoup parlé, et c'est ce soir là qu'à commencé à germer le sentiment que je ne resterais pas longtemps dans cette formation.

Le réveil a été douloureux pour beaucoup, le lendemain, surtout pour quelques uns plus jeunes pour lesquels c'était la première grande escapade loin des jupons maternels, et donc, la première grosse cuite. Nous avions rendez-vous dans le très beau massif de l'Estérel. L'exceptionnelle géologie du site et l'influence du climat méditerranéen ont façonné un lieu extraordinaire. Malheureusement, il est très régulièrement ravagé par les incendies. Le sujet de l'intervention du jour était justement la protection des forêts du littoral méditerranéens et du cas particulier de l'Estérel ; je me souviens d'une magnifique journée, d'une très belle randonnée au coeur du massif, et de deux gardes forestiers passionnants. Et de ma satisfaction de voir certains des collègues traîner la patte, à cause des excès de la nuit... Je sais, je suis mauvais (des fois)...

Nous avons passé la nuit à Boulouris (une station qui semble sur la même commune que Saint-Raphaël, mais qui ne m'a laissé aucun souvenir...), puis sommes partis le lendemain pour Cogolin, un village situé au pied du massif des Maures (ce massif jouxte l'Estérel). La fatigue, les nuits courtes et ma mauvaise humeur commençait à me peser, et j'ai pas été très réceptif ce jour-là. Le sujet (la mise en valeur des peuplements des Maures) n'était pas très excitant. Est-ce là qu'on nous a montré les plantations de chêne-liège ? Je ne sais plus, mais cette partie là n'était pas trop mal. Ces chênes qui se protègent des incendies grâce à leur écorce (mais que l'on écorche à vif pour récupérer le liège) sont donc extrêmement exposés aux incendies. Si le feu passe après que le liège ait été prélevé, on ne peut guère espérer que l'arbre s'en sorte. Je suis sûr que c'est ce jour-là, par contre, que nous avons vu les plantations d'Eucalyptus. Cela m'a marqué car nos profs nous en avaient beaucoup parlé avant le voyage : les tentatives de plantation d'eucalyptus ont été nombreuses dans cette région, donc le climat est très propice (l'eucalyptus ne supporte pas le gel). Manque de chance, à chaque fois que les arbres arrivaient à une maturité suffisante (je crois qu'il pousse assez vite), un gel ravageait les cultures. Cela amusait beaucoup mes enseignants...

Nous avons passé la nuit en Avignon, dans un hébergement sur l'île de la Barthelasse. Avec quelques uns, nous avions été nous promener de nuit dans la ville, espérant pouvoir faire un tour sur le fameux pont (tourist power), mais une cruelle déception nous attendait : le pont n'était pas en libre accès (et même, si mes souvenirs ne me trahissent pas, était payant). Vous avons donc vadrouillé quelques heures sans but avant de rentrer sagement nous coucher.

Le dernier jour, nous étions attendus sur les pentes du Mont Ventoux, du côté de Sault. Nous avons rencontré un technicien de l'Office National de la Chasse, pour parler de la gestion des réserves de chasse dans les espaces boisés du Ventoux. C'était une très belle balade, par une journée mitigée (le climat en haut du Ventoux aux prémices de l'automne, c'est pas génial). L'intervenant était très intéressant : je ne suis pas un supporter de la chasse traditionnelle, je trouve cette activité barbare (du moins telle qu'elle est pratiquée par une majeure partie des chasseurs). Il existe néanmoins de plus en plus de chasseurs qui ont une vraie conscience de leur impact et de ce qu'ils peuvent apporter à l'écologie des régions qu'ils parcourent. Les chasseurs sont devenus des acteurs incontournables pour réguler les populations de nuisibles (les sangliers, par exemple... Même si l'explosion de la population de sangliers est due aux chasseurs), ou pour entretenir certains certain secteurs, ou tout bêtement pour entretenir les sentiers. Le gars de l'Office m'a donc un peu réconcilié avec les chasseurs.

Après une journée bien remplie, nous avons repris la route de la Haute-Savoie en fin d'après-midi. Nous sommes arrivés très tard dans la soirée, et la transition entre le climat méditerranéen et le climat montagnard nous a surpris. Les Savoies avaient basculé vers l'hiver. Il a fallu gratter les voitures pour enlever la glace, alors que nous n'avions qu'une envie : nous précipiter sous la couette. Il n'était pas loin de minuit quand j'ai regagné mon appartement. Complètement fourbu, il fallait quand même que je mette le réveil pour le lendemain matin : le groupe B avait informatique... Et dire que j'aurais pu zapper... Heureusement, l'école nous avait donné le lundi pour récupérer : deux jours n'étaient pas de trop.

Et moi, j'avais besoin d'un peu de solitude, après cette semaine oppressante passée en groupe.






Photo : la corniche de l'Estérel (c) Luiginter : original (licence : CC-By).