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mercredi 7 novembre 2007

7 Novembre 1997 : de mal en pis

Myxomycète Après avoir passé le cap des 30 ans, en février, je me suis surpris à regarder en arrière. 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une excellente occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque.

Quelques jours après le retour de mon concours, le répit salvateur qu'il m'avait procuré était oublié. Disparu. Je traversais une période définitivement trouble : remise en question de ma formation, remise en question de mes projets professionnels, remise en question de ma sexualité... La totale.

Coté cours, je m'ennuyais toujours aussi ferme. Le prof de maths était un vrai psychopathe, j'avais décidé de boycotter ses cours. Au bout de quelques jours, j'ai su que je pouvais le faire car étant déjà titulaire d'un BTS du même type, je pouvais être exempté de certaines épreuves. Les passerelles entre diplômes sont rares, mais celle-là a été prise très vite. En économie, nous avions quelqu'un de très intéressant ; cela me changeait du BTS précédent où l'enseignant était certes sympa, mais complètement brouillon et incompréhensible. Non, définitivement, celui-là était bien ; il était très branché analyse systémique et moi j'étais en pleine lecture du Macroscope de Joël de Rosnay. J'ai donc beaucoup accroché.

Myxomycète Le plus gênant, c'était les enseignants de nos matières principales : les techniques forestières. Dans l'ensemble, ces profs avaient des discours qui me dérangeaient. Leur postulat de base semblait être "point de forêt sans forestier", ce qui est bien évidemment faux. La plupart m'était donc antipathique, à part peut-être Mademoiselle D., la benjamine de l'équipe, une enseignante qui était là pour sa 1ère ou 2ème année. Le courant passait bien avec elle, malgré les matières rébarbatives qu'elle nous enseignait (en gros, tout ce qui concernait les équipements matériels et certains types d'aménagement de forêts comme la construction de routes forestières... Pas très fascinant...). Il ne faut pas que je médise, il y avait quand même un prof qui avait une vision plus proche de la mienne concernant la gestion des forêts ; il était d'ailleurs membre de l'association ProSilva, qui prône une gestion plus "naturelle" de la forêt. On n'y pense pas souvent, mais la plupart du temps, peu de choses séparent la sylviculture de la culture du maïs ou du blé. Heureusement, en 10 ou 20 ans, les mentalités ont évolué dans le bon sens (enfin, dans le mien :-D ).

Les 3 ou 4 autres enseignants de ces disciplines m'étaient assez difficilement supportables. Restait le cas du prof de botanique, avec qui les relations avaient mal démarrées. Après quelques semaines, je m'étais assoupli à son sujet. Il avait un coté Tryphon Tournesol attachant. Mais ses cours étaient tous ennuyeux au possible : il avait des méthodes d'enseignement qui n'avaient pas évolué depuis 30 ans, et abordait son domaine de manière théorique. Pour tous les aspects pratiques, quand c'était lui qui gérait, cela ne tournait pas toujours très bien. Un TD sur les fruits a failli mal finir : tout le matériel de TD avait disparu avant la fin du TD. Tous les exemples de baies, drupes, gousses, akènes et samares qui étaient comestibles (banane, ananas, pomme...) ont fini dans les estomacs. Y'a plus de respect, ma bonne dame...

Myxomycète Les TD les plus intéressants étaient ceux qui se passaient en dehors de l'école ou qui étaient gérés par des intervenants extérieurs, comme une visite d'un parc botanique local ou une sortie sur les mousses. Ma plus grande découverte restera une séance de travail sur les fantastiques myxomycètes, ces incroyables champignons qui ont la faculté de se déplacer seuls. Et en plus, ils sont souvent très beaux. Il faut de la patience pour les observer (ils sont tous petits et ne se révèlent vraiment qu'au microscope), mais quelle beauté ! Essayez par exemple avec Google Images sur Myxomycètes ou sur Lamproderma, l'un des genres les plus étonnants. Voir aussi ce site de photos et d'explications.

La brève coupure des vacances de la Toussaint (25/10 - 02/11) me permit de rentrer chez moi en Val de Loire et de discuter avec mes parents de mon avenir. Les résultats du concours n'étaient pas encore tombés, mais c'était imminent. L'abandon de la formation me séduisait de plus en plus et j'avais commencé à envoyer des lettres de motivation et des CV (bien maigres) pour trouver du boulot sur Annecy. Si j'obtenais un travail ou si j'étais accepté aux oraux du concours, je quittais la formation. J'avais l'aval de mes parents.

Je suis donc revenu à Annecy bien peu motivé pour reprendre les cours. Le temps à l'école passait trop lentement et les week-ends trop vite.

Je me souviens très bien du week-end à rallonge du 11 novembre : il a été marqué par les prémices d'une certaine acceptation. Je commençais à comprendre mes différences et mon attirance pour les garçons. Comme toujours dans ces cas-là, j'avais besoin d'information pour comprendre. A l'époque, Internet était quand même bien plus limité qu'actuellement, il était difficile d'y trouver des choses (autres que des photos de garçons nus). Je me suis donc rendu honteux chez un marchand de journaux que je ne fréquentais jamais pour regarder le rayon des magazines gays, et suis tombé sur deux magazines prometteurs : Têtu et Ex-Aequo [1]. Après un bref comparatif (je sentais l'oeil du buraliste braqué sur moi) je me suis décidé pour Ex-Aequo et pour la première revue de cul qui tombait sous ma main, bâh oui faut bien se renseigner... Je ne vous ai rien dit, je nierais toute citation !.

Un détail très drôle, c'est à cette époque que je me suis acheté le Live à Bercy de la vilaine fermière. La chanson Ainsi soit-je m'avait beaucoup marqué pendant l'été, notamment le mois où j'étais pompier et où j'ai beaucoup écouté la radio. Je découvrirais quelques mois après qu'elle était une icône incontournable de la communauté gay... Mais à partir du moment où je reçus le disque dans ma boite à lettre, à mon retour de vacances, il n'y en eut pas d'autre dans ma platine pendant plusieurs mois... Ambiance déprimée perpétuelle garantie :-) Merci Mylène.

Les choses allaient pourtant vite changer. Rien de tel pour se remonter le moral à fond que d'avoir des projets. A la mi-novembre, le résultat du concours tombait : j'étais admissible, comme 49 autres types. Les jeux étaient faits, mon avenir dans la foresterie était désormais limité.

(A suivre)






Photos : (c) myriorama : photo 1 photo 2 photo 3 (licences : CC-ByCC-By-NCCC-By-CA pour les photos 1 et 3, CC-ByCC-By-NCCC-By-ND pour la photo 2.)

Notes

[1] Cette revue disparaîtra un ou deux ans après, malheureusement. Je ne me suis jamais retrouvé dans Têtu, et n'ai donc plus acheté de revues gays après. Pour moi, Ex-Aequo me semblait moins superficiel et contenait beaucoup plus d'informations. C'est d'ailleurs dans cette revue que j'ai entendu parler pour la première fois d'homoparentalité, dès 1997.

vendredi 21 septembre 2007

21 Septembre 1997 - Vivre à Annecy

Après avoir passé le cap des 30 ans, en février, je me suis surpris à regarder en arrière. 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une excellente occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque.

Marché d'Annecy En dehors des cours, la vie à Annecy me plaisait beaucoup. Un automne radieux, de beaux et longs week-ends et l' "à-coté" des cours rendaient tout à fait supportable mon isolement dans cette grande ville. Après tout, c'était la première fois que je vivais dans une ville de cette taille (autour de 100000 habitants, à l'époque, si mes souvenirs sont bons) soit un large tiers de la population ardéchoise. C'est à Annecy que j'ai découvert que, finalement, on n'est pas si mal que ça dans les grandes villes. Avoir tout sous la main (dans tous les domaines) offre des perspectives fort plaisantes.

J'avais découvert beaucoup de choses dans mon quartier. Je ne me souviens plus de son nom, au passage, je crois que c'était quelque chose comme Novel-Teppes. Mais quelques détails m'ont marqués. Il y avait par exemple une annexe de la bibliothèque, que j'ai fréquenté très assiduement. Je crois avoir lu une large proportion de leur stock de BD. C'est là-bas que j'ai découvert plusieurs excellentes séries comme les Mondes d'Aldébaran. C'est là-bas aussi que je me suis initié aux mangas, notamment via le cultissime Akira (je ne vous parle pas du temps que j'ai passé dans les différentes annexes de la bibliothèque à chercher les tomes manquants d'Akira...).

A moins de cinq minutes de chez moi, il y avait aussi un club de Badminton. Ce sport est le seul que j'ai jamais pratiqué : je n'aime généralement pas le sport , du moins tel qu'on nous l'imposait au collège et au lycée. Mais quand j'ai découvert le Badminton (en regardant les Jeux Olympiques ?), j'ai tout de suite eu envie d'en faire. J'ai commencé quand j'étais en Seconde, au lycée, de manière assez intensive et en ai fait très régulièrement ensuite, y compris ici sur Montpellier. Cela fait partie des très rares sports qui peuvent m'intéresser ; le baseball en fait aussi partie, mais je n'avais jamais trouvé de club pour en faire. Maintenant que je suis sur Montpellier et qu'il y a un club (de très bonne qualité), je n'ose pas m'y mettre. J'ai passé l'age :-D Bref, fin de la parenthèse !

J'ai donc été très fréquemment aux entraînements de Badminton : cela m'offrait un excellent exutoire de mes journées de cours ennuyeuses. J'avais sympathisé avec quelques joueurs, l'accueil était simple et agréable (même si c'était moins familial qu'en Touraine). Il est arrivé plusieurs fois qu'après un entraînement, on aille prendre une verre en ville. Toutes les tranches d'âge étaient représentées, et il y avait évidemment quelques spécimens de beaux gosses sexy ; rien que pour 3 minutes de vestiaire avec eux, ça motive pour être à l'heure, voire même légèrement en avance, même si on est obligé d'installer les terrains et les filets :-p

Un autre atout de la ville me plaisait beaucoup : le marché du samedi matin, boulevard Taine. C'était l'un des plus beaux marchés que j'ai pu arpenter. Mon père m'en reparle encore. J'adore faire les marchés, profiter des produits locaux, voir les couleurs, humer les senteurs. La Haute-Savoie est très riche de ses produits (fromages à se pâmer, charcuteries à se damner, etc. ...), et j'en ai usé et abusé pendant tout mon séjour à Annecy. Cela ne m'a pas réussi, je ne me souviens pas d'avoir pris un seul kilo. Je regrette de ne pas avoir eu d'appareil-photo à l'époque...

En relisant ces lignes, ça me donne envie de vacances à la montagne ! Qu'est-ce que j'aimerais pouvoir y retourner, y faire un petit séjour, revoir quelques petites choses, quelques lieux. La ville devait changer, se métamorphoser. J'aimerais voir ce qu'elle est devenue. Compte tenu de tout ce que j'y ai vécu, Doudou ne veut pas. Faut dire qu'en général, pour sortir Doudou de l'Hérault, il faut se lever tôt, mais là il y a des circonstances aggravantes :-D






Photo : (c) Gauis Caecilius : original (licence : CC-By CC-By-ND CC-By-NC).

samedi 8 septembre 2007

8 Septembre 1997 - Une nouvelle rentrée

Après avoir passé le cap des 30 ans, en février, je me suis surpris à regarder en arrière. 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une excellente occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque.

Massif du Semnoz Ma première semaine à Annecy a été des plus agréables. J'ai passé une semaine à flâner dans la ville, à découvrir des lieux agréables comme les bords du lac ou le massif du Semnoz. C'est effectivement une ville très appréciable, très jolie, et le beau soleil de ce début septembre transformait ces premiers jours sur place en petites vacances. Le reste du temps, je faisais du shopping pour la rentrée qui menaçait d'arriver, ou pour aménager mon appartement. Le pied quoi. Et puis c'était bien mérité, après le mois d'Août passé à travailler : il fallait bien que je dépense ce que j'avais gagné :-D

Sauf qu'il a bien fallu reprendre. Je suis allé en cours un peu à reculons, ce lundi 8 septembre. Je ne me sentais pas prêt : après les deux ans d'Ardèche, j'aurais dû faire un break pour me purger de tout ce qui s'y était passé, bon comme mauvais, mais surtout le bon. Je me retrouvais seul dans une ville, loin des deux autres G avec qui j'étais tout le temps fourré, loin de mon Tit, de Nathalie, Milo, Thierry... Dresser la liste des personnes qui me manquaient au quotidien me donnait le tournis, et me faisait systématiquement flancher le moral. Rappelez-vous qu'à l'époque, le téléphone était encore hors de prix, et Internet commençait tout juste à se répandre : il n'était pas facile de garder le contact.

Je ne me souviens pas en détail de ce jour de rentrée, ni de mes impressions en rencontrant mes futurs collègues. Ils me semblaient jeunes, mais n'avaient que 2 ou 3 ans de moins que moi, au grand maximum. J'étais malgré tout dans les plus vieux, sinon le plus vieux, et j'ai donc senti un décalage croissant. J'ai toujours été plus à l'aise avec des personnes plus âgées que moi, mais c'est rarement le cas avec des plus jeunes. Déjà très attiré par les garçons (même si je ne me ne le comprenais pas encore, ou ne me l'avouais pas), j'en ai quand même remarqué deux ou trois potables :-D Mais personne qui n'appartienne à la"famille", à première vue.

Le premier cours, de la botanique, m'a donné un sacré coup au moral. Le prof, qui était accessoirement notre prof principal, était un vieux bonhomme assez sympathique, avec un coté très Professeur Tournesol. Mais il enseignait la botanique de la manière où il avait dû l'apprendre, de façon très générale, très théorique et très académique. Heureusement que nous commencions par une sortie sur le terrain, car sinon cela m'aurait été insupportable ! A l'époque, j'avais un niveau correct en botanique (je sortais du BTS n°1, j'avais fait de cette matière ma spécialité... J'ai incroyablement perdu depuis), et j'ai épaté la galerie avec ce que je savais. Un moment de pur bonheur :-D (qui n'aime pas briller devant ses pairs ??). Malheureusement, les TD suivants s'avéreront beaucoup plus ennuyeux ; je n'ai jamais considéré que l'étude des diagrammes floraux constituait une bonne introduction à la bota ; l'idéal, c'est évidemment la pratique du terrain, la découverte des familles et des espèces par l'exemple, puis après, la formalisation avec des éléments théoriques. La transition avec mon prof d'Ardèche, un très grand passionné aussi, mais excellent scientifique et pédagogue, a été très rude. Après quelques heures de cours, mes nouveaux collègues étaient déjà dégoûtés par la matière.

J'ai aussi été assez dérouté par mon premier TD de "techniques forestières". Le but du TD était d'apprendre à manipuler quelques outils de base, du genre compas forestier. Après quelques minutes d'explications sur les différents outils, le prof nous a amené dans le bois derrière l'école, puis nous a demandé de faire des mesures. Nous nous sommes baladés quelques minutes en groupe, mesurant de ci de là quelques arbres ; mes connaissances botaniques aidant, nous avions moins de difficultés à déterminer les différentes essences. Nous avions fait le tour des outils en moins d'une demi-heure, mais en revenant vers l'orée du bois, il nous a été impossible de retrouver le prof. Après quelques recherches (à l'oreille), nous l'avons retrouvé, ronflotant gentiment sous un chêne...

Heureusement, toutes les sorties n'étaient pas aussi dépitantes. Nous avons profité du temps très clément des premiers mois d'automne pour faire de nombreuses excursions sur le terrain. La toute première était une expédition du coté de Samoëns, joli village savoyard, pour y voir une expérimentation de débardage par câble (1). Très impressionnant, ce dispositif permet d'évacuer les grumes grâce à un câble d'acier, un peu comme un tire-fesses véhicule les skieurs :-) Ce système n'est pas sans danger, notamment pour les forestiers qui réceptionnent les grumes en bas de la piste (imaginez plusieurs tonnes de bois lancées à toute vitesse dans une pente, même retenues par un câble), ou pour tous ceux qui ont la mauvaise idée de se trouver sur la trajectoire du câble de débardage...

Les cinq premiers jours de cours ont finalement été moins longs que prévu. J'étais malgré tout content de me trouver en week-end. Il n'y avait pas encore de cohésion de groupe dans la classe, donc nous sommes tous partis de notre coté. Beaucoup habitaient chez leurs parents, ou louaient des chambres à proximité de l'école. Nous étions très peu à habiter Annecy-même. Je n'ai donc vu personne ce week-end-là, pas plus que les autres qui suivirent, d'ailleurs. Je ne m'étais pas trop mal intégré dans la promo, je pense, mais il fallait du temps pour que les affinités se créent. Cela me changeait encore une fois de l'Ardèche, où nous étions toujours chez les uns ou chez les autres.

Le week-end fut donc passé à ne rigoureusement rien faire, si ce n'est me laisser vivre, et continuer la découverte de la ville et de mon quartier (Novel)...



(1) Une expérimentation similaire a eu lieu en 2006 dans le parc naturel régional des Monts d'Ardèche ; lire ici.






Photo : (c) Didier Halatre : original (licence : GNU Free Documentation License).

samedi 1 septembre 2007

1er Septembre 1997 - On the road again

Après avoir passé le cap des 30 ans, en février, je me suis surpris à regarder en arrière. 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une excellente occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque.

Ce matin-là, après deux jours d'activité de mise en carton intense, je m'apprêtais à prendre la route à nouveau. Un second déménagement en deux mois, vers une destination qui m'est complètement nouvelle : Annecy, ville réputée belle, agréable, mais aussi un peu altière et bourgeoise.

Je n'ai pas pu visiter une seule fois la ville avant, pas même pour chercher mon logement : mon père y avait été à ma place mi-août puisque je pouvais difficilement quitter ma tour de guet. La nuit précédente a donc été agitée, pleine de rêves étranges sur cette cité inconnue.

La route depuis la Touraine a été très longue, et pas forcément toujours très agréable. Nous étions en "convoi" avec mon père : il fallait bien deux voitures pleines à ras-bord pour promener mon bordel mes cartons. Tout s'est bien passé, sauf sur la première section de péage de la Haute-Savoie : pour la première fois, je me faisais arrêter par nos amis de la Police Nationale, à l'entrée d'une section à péage. Un brin inquiet, je me demandais quel était la raison de cet arrêt, d'autant qu'avec mon chargement, cela ne pouvait être pour un excès de vitesse :-D Les flics, très urbains, m'ont demandé ma destination et ce que j'allais y faire. Soit. D'un oeil très professionnel, ils avaient vu que mon père s'était arrêté quelques mètres devant, et vraisemblablement, n'avaient rien à me reprocher ; ils m'ont donc laissé partir après quelques très formels contrôles de routine. Il m'a néanmoins fallu un moment pour m'en remettre, c'est que je suis très émotif moi :-)

L'arrivée sur Annecy n'a pas été trop problématique (j'étais dans les quartiers au nord, à quelques minutes du centre-ville) mais le déchargement des voitures a été laborieux. L'accueil à la résidence a été charmant : nous n'étions pas stationnés depuis 15 secondes sur le parking qu'un vieux con honorable retraité nous incendiait en disant que le parking était réservé aux habitants de la résidence. Grumph. Moi ça m'a scotché, mais mon père a répliqué quelque chose de très corrosif (faut pas l'agacer, surtout après 8 ou 9 heures de route), et le vieux s'est confondu en excuses. Ma relation avec mes voisins prenait un départ très sympa.

Annecy coeur de ville Nous avons bien-sûr dépensé pas mal l'après-midi pour équiper un peu le petit appartement et pour avoir de quoi manger les premiers jours, on a donc fait le tour des boutiques de bricolage, de meubles et l'un des Carouf local. Mon père m'a aussi montré les différents chemins permettant d'aller à mon école en voiture. L'appartement était idéalement situé pour ça, mais il y avait dix bonnes minutes de route quand la circulation était fluide, et il ne fallait pas rater certaines sorties (que je n'ai pas manqué de rater la première fois, bien-sûr). Le soir, nous nous sommes invité réciproquement dans une crêperie du centre-ville (mon père avait déjà fait des repérages en Août...). Certes, ce n'est pas du tout de la cuisine locale, mais on s'est régalé quand même, le plus important est de se faire plaisir, non ?

Fracassés par la route, le déchargement des voitures et la course pour faire les courses, nous nous sommes couchés tôt, et endormis tout de suite. Le petit déjeuner nous a réservé une surprise : nous avions oublié d'acheter du sucre. Et bien je dois vous avouer que le miel au thym, dans le café, ça le fait pas (mais alors pas du tout). J'en ai encore des frissons. Eurk.

Après s'être assuré que tout était en ordre et que je n'avais plus besoin de rien, mon père a récupéré ses affaires et a repris la route en sens inverse. On était le 2 septembre, et après deux ans quasi-fusionnels avec mes collègues de BTS d'Ardèche, je me retrouvais seul, dans une ville que je ne connaissais pas, avec aucun contact sur place. La rentrée m'attendait quelques jours plus tard, et même si ce second BTS m'intéressait, pour la première fois, j'étais en proie au doute.

Pour chasser mes idées noires et me sortir un peu des cartons, je décidais d'aller vadrouiller en ville, à pied, comme j'aime bien le faire pour découvrir un nouveau lieu. Il me fallait de toute façon aller chez France Télécom pour ouvrir ma ligne téléphonique. Et il me fallait du sucre...






Photo : (c) sedoglia : original (licence : CC-By).

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