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dimanche 12 septembre 2010

Les pièces du puzzle

Puzzled "J'ai toujours su que j'étais homo", "J'ai compris tout petit que j'étais homo"... Il n'y a aucune généralité dans ce domaine, cela se passe différemment pour chacun d'entre nous. Mais ces assertions m'ont toujours fait sourire au regard de ma propre expérience : il m'a fallu très longtemps avant de comprendre que j'étais gay. Pourtant, a posteriori, il m'arrive souvent d'avoir des flashbacks de moments qui auraient dû me mettre sur la voie !

1986, 9 ans - Au centre aéré, mon frère avait un pote que j'appréciais beaucoup. Clément avait 14 ans, et je rêvais souvent de lui. J'admirais sa pilosité déjà très avancée, et refusais de croire à son âge. Dans mon raisonnement d'enfant, seuls les adultes étaient poilus... Il m'avait même montré sa carte d'identité pour me prouver qu'il avait raison ! 24 ans après, j'ai toujours la même fascination pour la pilosité : ce n'est pas une lubie récente 0:-) .

1989, 12 ans - Au détour des balades avec mes parents sur les plages de Bretagne ou mes grands-parents sur les plages de Vendée, il était régulier de tomber sur des plages de cul-nus. La maison de mes grands-parents était d'ailleurs toute proche d'une plage naturiste. Contrairement à la nudité féminine, la nudité masculine ne me dérangeait pas à l'époque ; elle produisait même au contraire un léger trouble agréable et des réactions secondaires qui nécessitaient que je m'allonge d'urgence sur le ventre sur ma serviette de plage (coupdechaud) .

1991, 14 ans - Milieu du collège. Je trainais souvent avec T. et L. Avec quelques autres, nous formions un petit groupe de copains assez soudés, plutôt sages. J'éprouvais pour L. quelque chose de très ambigu, qui dépassait l'amitié. J'aimais les moments où nous étions ensemble, j'appréciais d'aller passer quelques samedis chez lui. Nous nous ressemblions beaucoup et avions énormément de points communs (ça s'est confirmé bien plus tard : j'ai découvert il y a quelques années sur Copains d'Avant qu'il avait un mari...).

1993, 16 ans - Pourquoi me sentais-je tant attiré par ce chanteur de country si viril ? Pourquoi est-ce qu'au club de badminton j'avais pris la responsabilité de la fermeture du gymnase, le soir, surveillant du coin de l'œil la sortie de douche des mecs ? En particulier du beau Bertrand, qui jouait si bien, et dont la femme était une cruche de premier ordre, doublée d'un terrible laideron ?

1994, 17 ans - La sortie du film Philadelphia m'ouvrit les yeux sur deux ou trois choses. On peut reprocher quelques aspects négatifs à ce film, mais il me permit de découvrir que deux hommes pouvaient être amoureux, pouvaient s'aimer, exactement comme dans un couple hétérosexuel. Il brisait l'image stéréotypique de l'homosexualité engendrée par la Cage aux folles, dans laquelle je ne reconnaissais pas. L'homosexualité prenait une nouvelle existence dans mon vocabulaire : ce n'était donc pas qu'une insulte dégradante ou des mecs qui mettent les robes de leur maman.

Cela peut faire sourire qu'on ait en tête ce genre de stéréotype à 17 ans, mais au début des années 90, on ne parlait pas aussi franchement d'homosexualité qu'aujourd'hui (à mon sens, les débats sur le PACS ont énormément fait progresser les mentalités). Et puis on ne parlait guère de sexe à la maison : ma mère m'avait donné assez tôt les informations de base sur les relations homme/femme, les bébés, touça, mais on ne m'avait jamais vraiment expliqué ce qu'était l'homosexualité (je ne suis pourtant pas né dans une famille stricte ou fermée). Et il n'y avait pas encore Internet pour se renseigner.

"PD" / "homo" : c'était une insulte courante au collège ou au lycée, je n'avais aucune conscience de ce que c'était exactement. Protégé au fond de ma campagne tourangelle, isolé dans mon tout petit lycée, à l'abri dans un cocon familial très protecteur, je ne pouvais pas imaginer autre chose, et vivais entre 17 et 20 ans une vie parfaitement hétérosexuelle avec mes copines. Naïf, rêveur, empêtré dans les normes, je n'imaginais pas autre chose.

Philadelphia m'a fait me poser mes premières questions sur mon identité sexuelle. Les choses se sont enchainées par la suite : la conscience d'être gay, à 20 ans, grâce à une rencontre décisive. Puis, après beaucoup d'hésitations, le franchissement du premier pas et l'acceptation à 21 ans. Ce fut une réelle découverte d'un pan entier de mon être, un lever de voile éminemment intime : je mettais enfin des mots et des sensations sur quelque chose qui était enfoui en moi, que je venais enfin de révéler. Comme si j'avais enfin mis en place toutes les pièces d'un puzzle.






(c) photo : Wenedeux - original (licence : CC-ByCC-By-CACC-By-NC).