Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas écouté de CD d'Anne Sylvestre, et à l'occasion d'un tri dans ma CDthèque, je suis retombé sur ce superbe titre, "Écrire pour ne pas mourir". Anne n'a pas composé que ses célèbres Fabulettes pour les gamins, elle a aussi un très vaste répertoire pour les grands, avec des chansons poétiques, parfois engagées, et aux paroles toujours très finement ciselées.

"Écrire..." résonne comme un étrange écho à mon humeur du moment. Cette chanson ne peut que parler fortement à tout blogueur qui s'est dévoilé/épanché par ses écrits : pourquoi écrit-on, si ce n'est pour partager, pour mettre sur un support des choses que l'on ne peut/veut pas dire, ou juste parce qu'on est incapable de prononcer certains mots à haute voix ? Il y a bien sûr du futile et de l'inutile, mais pas uniquement.







(désolé pour l'illustration, les visuels sont parfois... hum (kwa) )





"Écrire pour ne pas mourir" - Anne Sylvestre (1985)

Que je sois née d'hier ou d'avant le déluge,
j'ai souvent l'impression de tout recommencer.
Quand j'ai pris ma revanche ou bien trouvé refuge,
dans mes chansons, toujours, j'ai voulu exister.

Que vous sachiez de moi ce que j'en veux bien dire,
que vous soyez fidèles ou bien simples passants
et que nous en soyons justes au premier sourire,
sachez ce qui, pour moi, est le plus important,
est le plus important.

Ecrire pour ne pas mourir,
écrire, sagesse ou délire,
écrire pour tenter de dire,
dire tout ce qui m'a blessée,
dire tout ce qui m'a sauvée,
écrire et me débarrasser.
Ecrire pour ne pas sombrer,
écrire, au lieu de tournoyer,
écrire et ne jamais pleurer,
rien que des larmes de stylo
qui viennent se changer en mots
pour me tenir le coeur au chaud.

Que je vive cent ans ou bien quelques décades,
je ne supporte pas de voir le temps passer.
On arpente sa vie au pas de promenade
et puis on s'aperçoit qu'il faudra se presser.

Que vous soyez tranquilles ou bien plein d'inquiétude,
ce que je vais vous dire, vous le comprendrez :
En mettant bout à bout toutes nos solitudes,
on pourrait se sentir un peu moins effrayés,
un peu moins effrayés.

Écrire pour ne pas mourir,
écrire, tendresse ou plaisir,
écrire pour tenter de dire,
dire tout ce que j'ai compris,
dire l'amour et le mépris,
écrire, me sauver de l'oubli.
Écrire pour tout raconter,
écrire au lieu de regretter,
écrire et ne rien oublier,
et même inventer quelques rêves
de ceux qui empêchent qu'on crève
lorsque l'écriture, un jour, s'achève...

En m'écoutant, passant, d'une oreille distraite,
qu'on ait l'impression de trop me ressembler,
je voudrais que ces mots qui me sont une fête,
on ne se dépêche pas d'aller les oublier.

Et que vous soyez critiques ou plein de bienveillance,
je ne recherche pas toujours ce qui vous plait.
Quand je soigne mes mots, c'est à moi que je pense.
Je me regardais sans honte et sans regrets,
sans honte et sans regrets.

Écrire pour ne pas mourir,
écrire, grimacer, sourire,
écrire et ne pas me dédire,
écrire ce que je n'ai su faire,
dire pour ne pas me défaire,
écrire, habiller ma colère.
Écrire pour être égoïste,
écrire ce qui me résiste,
écrire et ne pas vivre triste
et me dissoudre dans les mots
qui soient ma joie et mon repos.
Écrire et ne pas me foutre à l'eau.

Et me dissoudre dans les mots
qui soient ma joie et mon repos.
Écrire et pas me foutre à l'eau.

Écrire pour ne pas mourir,
pour ne pas mourir.