Sun on back Je n'irais finalement passer mon concours à Paris que sur deux petites journées, demain et après-demain. Mon budget est des plus serrés, c'est la crise ma bonne dame. Mes séjours à la capitale sont très rituels : le cérémonial a été établi au début du présent siècle et il repose sur quelques passages obligés. Serge, un de mes amis montpelliérain expatrié à Paris, me racontait ses aventures et ses découvertes, et c'est ainsi, par procuration, que j'ai découvert son terrain de jeux. Je l'y ai rejoint une fois, et il a été un excellent guide. Il n'y habite plus, mais je sais d'ores et déjà quels mots je lui enverrais de Paris.

Salut Sergio,

Me revoilà en aventures à la Capitale, cela me fait une drôle d'impression de revenir ici après toutes ces années. Non pas que cela ait beaucoup changé, ce sont les mêmes habitants et la même météo, tu ne serais pas dépaysé. Mais il y a toujours ton empreinte, que dis-je, ton ombre qui plane à mes côtés quand je parcours ces rues où nous avons vadrouillé tous les deux.

En attendant de pouvoir rejoindre mon hôtel, j'ai été boire un café à ce bar dont tu avais fait ton QG, du coté de la Rue Mouffetard. Je n'ai pas revu la vieille que nous suspections être la sorcière de la rue éponyme, mais elle devait probablement être en train de préparer un mauvais coup. Je n'en reviens pas qu'on ait pu passer autant de temps à parler de ce conte et de cette pauvre vieille...

Je n'ai pas été marcher sur tes pas dans le Marais. Faut pas pousser quand même, j'ai déjà en mémoire pas mal de tes frasques, pas la peine de raviver dans mon esprit toutes celles que je veux oublier :-) . Je me demande combien de tes trophées j'ai pu croiser en deux jours, vu que tu es sorti avec la quasi totalité des gays de ton arrondissement :-p . Ha, si, j'ai quand même été manger rue de Lanneau, dans ce petit resto au nom qui t'allait si bien, le Petit Prince de Paris. On y est toujours bien reçu et bien servi, en plus d'être un vrai régal : cela n'a pas changé. Je me souviens de ce fameux soir où nous cherchions un restaurant dont la carte nous plaisait vraiment. Alors que nous lisions les milles promesses du Petit Prince, nous entendîmes "Tiens, tu crois que ces deux-là sont de la famille ?". Le son venait juste d'au-dessus de nous, d'une fenêtre du resto, où deux serveurs choupinous avaient oublié qu'elle était légèrement entrebâillée... Ou bien peut-être pensaient-ils être hors de portée de nos oreilles. En tout cas, devant leur confusion, tu leur as retourné un clin d'œil qui levait toute ambiguïté, en même temps que tu me disais : "Mmmm, je crois qu'on va manger ici !". Mardi soir, j'y ai bu un verre à toi et au souvenir mémorable de cette soirée.

Entre deux séances d'hospitalisation pour ton VIH et ta tumeur au cerveau, avant que tu ne perdes la mémoire, je t'avais promis qu'à chaque passage à Paris, si je le pouvais, j'irais allumer une bougie pour toi à Notre-Dame. Tu y avais trouvé refuge à plusieurs reprises et cela semblait tellement important pour toi, je ne pouvais pas refuser. Même si on fait difficilement plus mécréant que moi (coupdechaud) , j'ai tenu ma promesse.

Cela fait quasiment 7 ans jour pour jour que tu es mort, et pourtant chacun de mes passages par ici fait ressurgir de nombreux souvenirs. Je pense toujours aussi souvent à toi, même s'il y a longtemps que je n'attends plus ton petit coup de fil hebdomadaire. Ton absence a été difficile, au début, et mes longues marches le long des grands boulevards sans ta présence douce, tactile et taquine sont accompagnées d'un vide immense.

Un seul être vous manque, et même Paris semble dépeuplé.






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