SteMargueriteVigieEtChapelle.jpg Après avoir passé le cap des 30 ans, je me suis surpris à regarder en arrière. Plus de 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre symbolique, une occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque qui a contribué, plus que toute autre, à ce que je suis aujourd'hui.

Après les trois jours d'escapade chez mes parents, je trouvai quelques changements à la Tour. Ben, qui avait passé Juillet et la première semaine d'Août avec moi, était parti le 08/08. Il avait temporairement remplacé Flo, guetteuse du mois pour la vigie de Sainte-Marguerite, mais qui avait décalé son arrivée à cause de problèmes administratifs personnels. Les derniers jours avaient été difficiles pour Ben, il était loin de sa famille et des ses amis, et les conditions de vie ne remontaient pas vraiment le moral. Flo était finalement arrivée.

Pendant mon absence, j'avais été remplacé par Elsa, guetteuse de la tour en Juillet, et joli bout de fille aux déroutants yeux très bleus. C'était une chanteuse d'opéra, elle suivait le Conservatoire, et passait une grand partie de son temps libre à vocaliser dans la chapelle en contrebas de la vigie. Apparemment, les deux jours que les filles avaient eu en commun ne s'étaient pas très bien passés, et elles ne se dirent même pas au-revoir. Elsa me lança un "Bon courage avec elle" en partant, et Flo ne cessa de me dire du mal d'Elsa pendant trois semaines. Bonjour l'ambiance !

Je connaissais Flo depuis plusieurs années : elle était pionne dans le lycée où j'avais fait mon premier BTS. Etudiante attardée et permanente, elle était de toutes les fêtes, même si elle était plus âgée que nous. Disons qu'elle était jeune dans sa tête... Elle préparait un voyage de plusieurs mois au Canada, c'est d'ailleurs pour des questions de visa qu'elle n'avait pas pu monter à la tour plus tôt ; faire une partie de la saison de pompier était une bonne occasion pour elle de se poser avant de partir, tout en gagnant quelques sous pour le voyage. Il ne me fallut pas très longtemps pour me rendre compte que je ne la connaissais pas très bien.

Flo était un peu stressée. Quand venait son tour de garde, elle m'appelait régulièrement pour que je l'aide à localiser les feux. Je compris mieux pourquoi elle avait laissé passer un feu un peu conséquent pendant mon absence : elle paniquait et ne prenait pas le temps d'établir des points de repères. Elle s'habitua quand même assez vite à passer le bulletin météorologique, mais passa la main quand il fallut relayer la radio sur certaines interventions (notamment pour aller récupérer un cycliste dans un ravin, après qu'il eut quelque peu raté un virage en descente du col de la Chavade).

SteMargueriteChapelle.jpg Les conditions de vie à la tour n'étaient pas trop à son goût. Pas au mien non plus, bien sûr, mais ce n'était pas une raison pour râler tout le temps. Il fallait aller chercher des jerricans d'eau potable tous les deux jours dans une asinerie située en contrebas de "notre" montagne, je me dévouais souvent pour y aller ; au moins, je n'avais pas à la supporter pendant ce temps là. Parfois, pour me ménager une pause plus importante, j'allais au ravitaillement alimentaire à Aubenas. Le contact ne passait pas avec les pompiers qui s'occupaient normalement de nous (ceux de la caserne de Vals les Bains), nous les faisions donc venir le moins souvent possible, du moins pour les courses : ils avaient tendance à nous ramener n'importe quoi malgré des listes précises. Cela me peinait car j'avais guetté l'année d'avant avec le frère de l'un des responsables de la caserne, et cela s'était très bien passé. Mais là, le feeling ne passait pas. Ceci dit, nous appréciions leurs passages : en plus du courrier, du pain frais ou du journal, ils amenaient à chaque fois plusieurs packs de bouteilles d'eau de Vals. C'est à cette période-là que je pris le goût à cette eau, et c'est depuis cette période que j'en achète.

Pour aller faire les courses au plus proche supermarché, il nous fallait demander au CODIS une autorisation exceptionnelle pour quitter la Tour. Nous n'étions pas censés la quitter du tout pendant notre mois d'engagement, mais en période calme pour les feux (le matin tôt), l'un de deux guetteurs pouvait s'absenter un peu. Mais il fallait être de retour à 10h00... Et je n'étais jamais trop tranquille de laisser Flo guetter seule.

Je ne crois pas en avoir parlé jusque là, mais nous avions une mission spéciale en plus, à la vigie de Sainte-Marguerite. Nous devions nous occuper de la chapelle éponyme : ouverture le matin, fermeture le soir, entretien léger... Nous étions les gardiens de lieux et les nombreux touristes nous posaient souvent des questions à son sujet. Nous ne savions pas grand chose de plus que ce qui était indiqué sur le dépliant de présentation, mais cela leur évitait de lire :-) La chapelle, dédiée aux prières des femmes qui ne peuvent avoir d'enfants, devint un havre de paix. Et pourtant, Dieu sait que je suis particulièrement incroyant (coupdechaud) Très vite, des tensions apparurent avec Flo, et je pris la mesure des encouragements d'Elsa. Cela alla de mal en pis tout le reste du mois...