Sainte-Marguerite - La vigie Après avoir passé le cap des 30 ans, je me suis surpris à regarder en arrière. Plus de 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre symbolique, une occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque qui a contribué, plus que toute autre, à ce que je suis aujourd'hui.

La fin du premier mois d'engagement de pompier saisonnier arriva beaucoup plus vite que prévu. Il y avait pas mal d'activité, et il fallait être très vigilant alors que l'été avançait. La chaleur et la sécheresse pouvaient entrainer des démarrages d'incendies très rapides et très virulents. Le 1er Août, Ben et moi étions relevés à la vigie du Serre de Barre. Nous avions rangé nos affaires et remis de l'ordre dans la tour avant l'arrivée de nos remplaçants pour le mois à venir, Laeticia et Sissou ; je ne me souviens que du surnom de son collègue, mais par contre, je connaissais bien Laeticia. Nous avions des amis communs, et elle avait fait le BTS que j'avais entamé à Annecy (celui que j'ai arrêté au bout de 3 mois). Elle aussi était une récidiviste des tours de guets, et nous avions sympathisé l'année d'avant. Comme elle connaissait déjà la tour du Serre de Barre, la transmission des consignes fut rapide. Nous les saluèrent, et remercièrent les pompiers des Vans pour leurs visites et leurs ravitaillements réguliers.

Ben et moi ne devions pas traîner. Nous avions rendez-vous le plus tôt possible à notre nouvelle affectation, puisque nous avions décidé de rempiler (une semaine pour Ben, un mois pour moi). C'est dans ma Fiesta chargée ras-la-gueule que nous sommes partis de la tour pour regagner les Vans. Le trajet sur la piste forestière a été aussi épique qu'à l'aller, mais nous ne nous en sommes pas trop mal sortis. Par contre, la traversée du village, le jour du marché, en fin de matinée, en pleine période touristique... tint de l'odyssée. De même que la remontée vers le centre de l'Ardèche et le secteur de Vals les Bains, où se situait la vigie de Sainte-Marguerite. C'était un jour de grand chassé-croisé, et la traversée d'Aubenas était beaucoup plus compliquée à l'époque que maintenant. La périphérie de la ville était complètement congestionnée et il fallut plus d'une heure pour en faire le tour. C'est donc en tout début d'après-midi que nous sommes arrivés à la tour, dépités par la route d'accès : de nombreuses sections très étroites, et à l'arrivée, encore une portion de route à flanc de montagne sans garde fou... Mais rien en comparaison de la déception qui nous attendait.

Sainte-Marguerite - La partie habitation Il flottait quand nous sommes arrivés, et les pompiers juilletistes étaient pressés de s'en aller. Les consignes nous ont été transmises en trois minutes, le tour du propriétaire a été réglé en moins de temps encore. Puis l'équipe de Juillet est partie, nous laissant seuls avec nos doutes. Il faut dire que la tour de Sainte-Marguerite n'a pas une bonne réputation, et on a vite compris pourquoi, c'est l'une des pires en terme de conditions de vie. Les deux autres tours où j'avais été affecté étaient des constructions monobloc en dur. Ce n'était pas le cas là. La partie vigie était une haute tourelle en bois, et l'accès se faisait par une échelle trop haute à mon goût (je suis sujet au vertige et le souvenir de la montée de l'échelle me tortille encore le ventre). La partie habitation était une vieille caravane qui prenait l'eau et le vent. Très peu d'espace de vie, pas de sanitaires. La douche ? Regardez la photo. Elle est dans l'ombre de la caravane : le socle métallique avec la pomme de douche au-dessus, c'est ça. Exposé à tous les vents et à tous les regards (le lieu est très touristique). Et l'eau chaude était fournie par le cube en plastique situé devant la caravane, cela délivrait une eau à peine tièdoche...

Les toilettes ? Nous avions les plus grandes toilettes du monde : toute une colline. Vous vouliez des toilettes senteurs pin des landes ? Il fallait aller dans la forêt de pin à l'est. Senteur lande à genêts ? Il fallait aller de l'autre côté, mais c'était moins discret, les buissons n'étaient pas très hauts. Il n'y avait pas non plus de cuisine, il fallait faire avec le strict minimum (une plaque et quelques ustensiles, situés dans la vigie). Comme il y avait peu de place, les courses étaient entreposées dans la caravane. Vous imaginez bien que les conditions, déjà peu agréables, devenaient infernales quand il pleuvait...

L'environnement aussi n'était pas grisant : la montagne où nous vivions était un sommet pelé, couvert de nombreuses antennes de radiocommunication (alors que dans les autres tours, une seule antenne supportait plusieurs systèmes). Le seul atout du lieu était une petite chapelle dédiée à Sainte-Marguerite, souvent invoquée par les femmes infertiles ou à la grosse difficile.

Le secteur que nous devions surveiller était assez large. Il allait de la montée vers le plateau ardéchois et la Haute-Loire à l'ouest, au Mont Gerbier de Jonc, au col de l'Escrinet de l'autre côté, puis une partie de la vallée du Rhône et enfin, un large point de vue sur la plaine d'Aubenas. Un grand secteur d'où nous pouvions voir les trois autres vigies (le Serre de Barre tout au sud, la Tour de Brison au dessus de Largentière et le Serre du Pied de Boeuf, au dessus de Privas). C'est la seule qui permettait de voir quasiment tout le monde. Il ne manquait en fait que la 5ème vigie du Serre en Don, au dessus du Cheylard, mais c'était bien au nord du département, au coeur des Boutières. De toute façon il est bien connu que les ardéchois du Nord ne parlent pas à ceux du sud :-) Un beau panorama et un secteur de l'Ardèche que je connaissais bien, cela compensait un peu la douche froide (très froide) des conditions de vie.

Quand le CODIS m'avait demandé si je voulais prendre aussi le tour de garde du mois d'Août, je n'avais posé qu'une condition : pouvoir faire un break de 3 jours histoire de faire une escapade rapide chez mes parents. Le 8 Août, c'était en effet les 50 ans de ma mère, et nous avions prévu une petite fête, forcément. Normalement, mon frère (qui habite les Alpes) ne devait pas venir, mais il avait réussi à se dégager de toute obligation. Il m'avait rejoint le 07 à la Tour, et nous étions partis ensemble pour la Touraine. Pour ménager la surprise, je le déposai à quelques dizaines de mètres de la maison de mes parents, puis arrivai seul. La surprise fut réussie quand mes parents virent arriver mon frangin à pied, dix minutes plus tard, à grand renforts de larmes de ma mère (bravo) . Bref, trajet aller + fiesta + trajet de retour, le séjour fut vraiment express. Cela n'en a pas moins été un vrai bonheur, car outre la fête d'anniversaire qui a été très réussi, je redécouvrais des plaisirs très terre-à-terre : la joie de l'eau courante et de la douche...

Je suis retourné dès le 09 au soir à la vigie, pour les 3 semaines qui restaient à faire. La situation n'était pas très vivable, mais je ne pensais pas à ce moment là que ça pouvait empirer.



Désolé pour les photos de mauvaise qualité. Les appareils-photo jetables, c'était quand même de la grosse bouse. Cela faisait des photos dégeu, aggravées par un mauvais développement probablement trop rapide. Les photos sont devenues moches et floues. Et dire que des fois, on râle contre le numérique...