A gauche toute ! La situation socio-politico-économique de notre pays m'étonne, il y a quelque chose que je ne comprends pas.

Une quantité incroyable de corporations subissent les réformes ravageuses du Gouvernement Nanoprésident ou une crise économique majeure pour laquelle ils sont en première ligne. On peut citer, mais pas dans l'ordre d'apparition sur le petit écran bitume : infirmiers, pêcheurs, agriculteurs, taxis, routiers, dockers, enseignants, instits, lycéens, avocats, pharmaciens, juges, fonctionnaires au sens le plus large... Les militaires n'ont pas le droit de manifester, mais on attend sous peu les femmes de militaires battre le pavé (accompagnées par les élus des villes dont les casernes vont être rayées de la carte). Et j'ai vu aux infos ce midi que même les mères de famille commençaient à tracter et à manifester contre la vie chère.

Il y a presque tous les jours des manifestations contre les réformes, il y a eu ces 3 dernières semaines 3 ou 4 appels nationaux à la grève, mais aucun n'a vraiment été massivement suivi. Les mécontents sont légion, mais la mobilisation ne prend pas. Pourtant, en 2006, la mobilisation contre le CPE avait fait le plein, les lycéens avaient entrainé les étudiants, puis les salariés avaient suivi. Je ne comprends pas pourquoi la situation ne craque pas, alors que tout est prêt pour un embrasement général. On fêtait il y a quelques semaines les 40 ans de Mai 68 ; les évènements de ce mois de Mai historique ont démarré vite et ont pris une ampleur gigantesque, et à l'époque, la situation socio-économique était bien plus florissante et réjouissante qu'aujourd'hui.

Les syndicats, peu représentatifs des salariés, sont très divisés, avec d'un coté FO/CGC/CFTC et de l'autre CGT/CFDT. Ces derniers essayent de travailler avec le Gouvernement, pour prouver leur volonté d'avancer dans les réformes, mais viennent de se faire ridiculiser en beauté par Xavier Bertrand. Il a en effet profité d'un accord CGT/CFDT/MEDEF pour entuber les syndicats (MEDEF y compris) et modifier une palanquée d'articles du code du travail. Bref, les syndicats ne représentent qu'une faible partie des salariés du public ou du privé, et sont de moins en moins crédibles.

L'autre raison de l'inertie de l'action sociale est liée à la vacuité actuelle du Parti Socialiste. Occupé par ses guérillas internes, le PS est aux abonnés absent depuis un an. Il n'y a pas d'Opposition (qui est réduite à Bayrou ou à Besancenot, c'est dire où on en est), alors que la politique menée par les dirigeants du pays devrait leur laisser un boulevard grand ouvert pour réagir. Une voie royale, si on peut dire. Bheu non, le PS s'entre-déchire à coup de publications de livres, de déclarations lapidaires et de petites phrases assassines. Hollande, capitaine du navire, doit être au fond de la cale en attendant que le tempête se calme : il ne gère pas du tout ses troupes et pratique la politique de l'autruche, quand lui-même ne met pas son grain de sel pour remuer la vase. Sarko peut être tranquille : jusqu'au congrès de Reims, il n'aura pas d'ennuis avec le deuxième parti de France. Je croise juste les doigts pour que ce fameux congrès fasse émerger un nouveau PS, évitera Royal ou Delanoë, et fera ressortir une vraie nouvelle tête forte. D'ici là, on ne peut pas compter sur le PS pour mener les français à la révolte.

D'ailleurs, les français ne sont pas exempts de reproches non plus. Si la mobilisation ne prend pas, c'est aussi parce que la solidarité part à vau-l'eau : les jeunes ne veulent plus payer pour les vieux, les travailleurs ne veulent plus contribuer pour les chômeurs, les riches ne veulent plus partager une fraction de leur gâteau, plus personne ne veut payer d'impôt pour les dépenses pourtant collectives, chacun se replie sur soi et tant pis pour les autres. Les français sont pris à la gorge, les prélèvements mensuels pompent tous leurs revenus, ils n'ont plus de marge de manoeuvre. Avec le coût de l'essence et de l'alimentation, ne rêvez même pas de faire grève : seuls les riches ont les moyens de se mettre en arrêt de travail. Et en plus, on nous impose de bosser plus pour espérer gagner plus (des fois, c'est juste pour espérer continuer à travailler tout court), balayant de la main l'un des grands acquis de ces 20 dernières années : les 35h. Le débat est idéologique sur cette avancée, mais il est incontestable qu'elles ont amélioré la qualité de vie de millions de français (leur permettant d'être plus en famille, d'avoir plus de loisirs, de plus partir en week-end, etc.) et qu'elles ont créé 300 à 400000 emplois.

On détricote notre système social, mais tout le monde se laisse faire, s'en fout, et assiste passivement.

La crise économique actuelle n'est pas une surprise : de nombreux signes l'annonçait depuis des mois. Il y a un an, la spéculation sur les produits alimentaires et la concurrence entre alimentation et biocarburants créaient les premières émeutes de la faim au Mexique, et cela s'est reproduit au printemps cette année. Quand la crise des subprimes a éclaté, on savait qu'à cause des risques pris par les banques, toute l'économie allait hoqueter et que la machine se gripperait. Cela n'a pas trainé, les 6 mois qui ont suivi ont été riches en annonces de risques de faillites et en injections de finances publiques (nos impôts) dans les banques privées. A ce moment-là, n'aurait-il pas été plus judicieux de prévoir des politiques pour soutenir réellement les foyers dans leur consommation, plutôt que d'aider les plus riches à conserver leur pactole ?

On pourrait se dire "on est dans le creux de la vague, les choses vont s'améliorer". Mais non, la chute probablement vertigineuse nous attend encore. Une inflation record nous pend au nez (+3,2%). La croissance dégringole, après s'être pris les pieds dans le tapis : seulement 0,6% au premier trimestre 2008, les prévisions pour les trois autres trimestres sont décourageantes (+0,2%, +0%, +0,2% selon l'INSEE). Et encore, je ne vous parle pas du pétrole à 200$ dans le courant de l'automne.

Ouf, dans quelques jours, ce sont les vacances d'été. TF1 va pouvoir nous parler des campings, de la plage, des maillots de bain et de la crème solaire. Et nous faire oublier ce monde qui tourne complètement à l'envers. Tout va bien. Tout va bien. Tout va bien...





PS. Les socialistes Cannois ne m'en voudront probablement pas d'avoir barboté le logo mis en haut de cette page. Retrouvez leur site ici.