Centrale nucléaire de Cruas Il s'agit apparemment d'un petit incident sans fuite radioactive (voir ici et là, plus complet), mais l'incident nucléaire dans la centrale de Krsko (Slovénie) me rappelle de mauvais souvenirs.

J'ai vécu mes 18 premières années à l'ombre d'une centrale du val de Loire, et jusqu'au sombre 26 avril 1986, je ne m'étais jamais posé de question. Evidemment, à 9 ans, cela semble normal, et quoi de plus innocent que ce très beau panache de vapeur blanche qui s'envole vers le ciel, point de repère visible de loin, et qui signifiait enfin l'arrivée à la maison quand nous partions en vacances et restions de longues heures dans la voiture... Bien sûr, ce panache était étrange et déplacé, gros nuage pelucheux même dans le plus bel azur des cieux d'été. Cela pouvait être beau.

Mais à partir du printemps 1986, ma vision des choses a changé. Et pas que la mienne, d'ailleurs : pendant plusieurs années (cela a dû s'estomper, plus de 20 ans après la catastrophe), quand la sirène des pompiers retentissait, la vie s'arrêtait, et tout le monde comptait le nombre de coups de sirène (une rumeur disait qu'un incident nucléaire serait signalé par 8 coups, mais je n'ai jamais su si c'était vrai ou non...). Je ne sais pas si je projetais ma propre peur, mais je crois qu'il y avait vraiment une inquiétude.

J'ai quitté ma région natale, mais il reste un petit fond d'angoisse quand je reste longtemps près d'une centrale nucléaire.

L'énergie tirée du nucléaire est bonne sur le papier. L'investissement est lourd, mais rentable : nous avons l'une des électricités les moins chères d'Europe (ça ne va pas durer), nous l'exportons beaucoup, et on peut être sûr que la bonne qualité générale de notre air lui doit énormément.

Mais... On ne peut pas éluder quelques soucis de taille : que fait-on des déchets ? La question est loin d'être réglée, et nous avons pour le moment judicieusement enterré le sujet, au sens propre, en espérant qu'une des nombreuses générations qui aura à les supporter trouvera une solution. Et il n'y a pas que les déchets de combustible : les matériaux de construction sont aussi partiellement dangereux. D'autre part, cela va nous coûter un oeil ou deux de démanteler les centrales quand elles seront arrivées en fin de vie : EDF a provisionné quelques millions en anticipation de ces dépenses, mais tout le monde s'accorde à penser que cela ne sera pas suffisant (en se basant sur l'expérience du démantèlement de la centrale de Brennilis, toujours en cours plus de 20 ans après l'arrêt de la centrale).

La filière nucléaire, très en vogue actuellement à cause des sommets atteints par le cours du pétrole, a-t-elle un avenir ? Notre nanoprésident semble le penser, puisque d'un coté, il essaye d'en vendre dans tous les pays qu'il visite (y compris les moins fréquentables) et de l'autre, il essaye de refiler en douce Areva à son copain Bouygues. Mais au delà de la durée de vie de nos actuelles centrales, le même problème que pour le pétrole se profile : les réserves de combustible ne sont pas infinies, et même si l'horizon de pénurie est lointain au rythme de la consommation actuelle, il se rapprochera de toute façon.

Et si pour une fois, on voyait vraiment notre approvisionnement en énergie sur le long terme ?





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