Après avoir passé le cap des 30 ans, en février, je me suis surpris à regarder en arrière. 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une excellente occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque.

Semnoz enneigé Après plus de 15 jours de vacances chez mes parents, le retour le 4 janvier à Annecy a été une petite bouffée d'oxygène. Pendant tout le séjour, j'ai senti (ou imaginé) le reproche de mes parents vis à vis de mon abandon du BTS. Ils étaient d'accord pour que j'arrête, mais avaient beaucoup investi pour que j'aille à Annecy, et tout cela n'avait finalement servi à rien.

Il me fallait donc assurer un maximum pour passer les étapes suivantes de mon concours. L'épreuve la plus redoutée était d'ailleurs la suivante, et j'avais été convoqué pour le 26 Janvier du coté de Nice. Il s'agissait de la bien nommée "épreuve physique", une rando plutôt gratinée : de l'ordre de 30 km, avec 1500m de dénivelé cumulé, un sac à dos chargé au minimum de 12kg pour les hommes (hors ravitaillement et eau), et bien sûr, en temps limité (sinon ce n'est pas drôle). Autrement dit, pour un mec taillé comme moi, un enfer.

J'avais planifié un entraînement rigoureux, j'avais que 3 semaines pour me préparer. Un jour sur deux, je sortais d'Annecy pour la montagne voisine du Semnoz. Le rituel était toujours le même : par sécurité, j'appelais mes parents le matin pour leur dire quel chemin je comptais prendre et combien de temps j'estimais mettre. Je partais arpenter ce massif que je finis par connaître sous tous les angles, au pas de course, chargé comme une mule. Le corps humain est une merveilleuse machine : à force de marcher dans la neige, de porter plus de 15kg, de monter et descendre, mon organisme s'est effectivement bien adapté. Je me suis un peu esquinté le dos, au passage, mais je me suis accoutumé à la douleur.

J'ai parcouru les pentes de ce petit massif un bon nombre de fois, mais n'ai fait qu'une seule fois le point culminant, le Crêt de Chatillon (1699m, dixit Wikipedia). Je revenais souvent fourbu en milieu d'après-midi, appelais mes parents pour leur signaler mon retour (s'ils n'avaient pas de nouvelles de moi avant 20h, ils appelaient les secours...), avalais un quelque chose de chaud rapide, puis prenais une bonne douche revigorante.

Le seul écart dans ce programme a été un week-end de deux jours en Ardèche, les 10 et 11 Janvier. Nous avions le premier Conseil d'Administration de notre association d'Anciens à Aubenas, et je n'aurais manqué cela pour rien au monde. C'était la première fois que je revoyais la plupart de mes anciens collègues de BTS, cela fut donc très festif et très heureux. Nous avons pris beaucoup de (bonnes) décisions, beaucoup de dossiers ont été avancés (nous étions tous géographiquement éloignés, cela n'aidait pas à travailler ensemble). Le départ d'Ardèche fût là encore un profond déchirement, mais nous savions que ce n'était qu'un au-revoir.

La date du concours arrivait à grande vitesse. Quelques jours avant la date fatidique, le 21, je pris encore mon fidèle destrier, ma bonne vieille fiesta, et nous avalâmes ensemble les kilomètres. J'avais loué un petit gîte dans l'arrière-pays niçois, à Sospel ; c'était un peu rudimentaire et pas très chouette, mais la propriétaire m'avait très bien accueilli, elle était adorable. Contrairement aux petites vieilles de la place où je m'étais garé, qui me regardèrent avec mépris en marmonnant quelque chose comme "Ha ! Estrangès !" Ça fait toujours plaisir.

J'ai profité de mon séjour pour visiter le village, et il m'a beaucoup étonné : à la fois joli et sale, trop vieux et trop neuf, il y avait malgré tout de belles choses à voir, et quelques curiosités architecturales. Le vieux pont sur la Bévéra, la cathédrale baroque / rococo (qui a dit Siffredi ?), des trompes-l'oeil dans les rues... Un village charmant, au creux d'une vallée, tout entouré d'oliviers. J'en ai gardé un très bon souvenir, je suis resté très attaché à ce petit bled, peut-être à cause de ce qui suivit.

Le lieu de l'épreuve physique était juste à coté : un col à quelques kilomètres de Sospel. Grâce à mes quelques jours d'avance, j'avais fait des repérages aux alentours, essayé les sentiers, regardé quelques pistes. Je me sentais prêt. J'étais loin de me douter de ce qui m'attendait.

(A suivre...)






Photo : (c) Dino8 : original (licence : CC-ByCC-By-NDCC-By-NC).