Semnoz Après avoir passé le cap des 30 ans, en février, je me suis surpris à regarder en arrière. 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une excellente occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque.

A partir du moment où j'ai su que j'allais quitter le BTS, ma motivation pour me lever et aller en cours a été largement douchée. Avec mes parents, nous nous étions mis d'accord : je poursuivais les cours jusqu'aux vacances de décembre. D'abord parce que, malgré tout, je continuais à apprendre quelques trucs ; puis cela me permettait de garder un rythme de vie non larvaire, avec des horaires et des contraintes. Et puis bon, l'école était privée, on avait payé jusque décembre donc j'allais rester jusque décembre :-D C'était le coté auvergnat de ma mère qui ressortait.

Il n'y avait plus guère que les sorties sur le terrain qui me motivaient. Une expédition au Grand-Bornand m'avait particulièrement intéressé : c'était sur la thématique de la Restauration des Terrains de Montagne. Le Grand-Bornand avait été frappé dix ans auparavant par une crue de (la Borne), une rivière locale qui fit plus de 20 morts le 14 juillet 1987. Cela m'avait beaucoup marqué de ressentir le souvenir de cette catastrophe qui était encore très prégnant chez les savoyards. Ils étaient très naturellement sensibilisés aux catastrophes, et la préoccupation de restauration des terrains de montagne pour lutter contre l'érosion était sincère.

Autre catastrophe naturelle, la soirée de "bizutage" par les 2è année avait eu lieu à la toute fin novembre. J'ai toujours refusé toutes les formes de bizutage, je n'ai donc participé que de très loin à cette soirée-là. J'aurais largement préféré que ce soit une cérémonie de parrainage, les anciens accompagnant les nouveaux. Mais non, nos prédécesseurs avaient été bizutés aussi, il n'y avait donc pas de raison qu'ils ne nous bizutent pas. Oui, le forestier est parfois basique, il n'est pas toujours très futaie futé [1]. Je me suis donc ennuyé comme un rat mort, attendant patiemment que l'heure soit un peu avancée pour partir sans froisser personne. Il était donc relativement tôt quand je suis parti, mais la fête battait son plein : une bonne partie de mes collègues était déjà HS à cause de la mauvaise vinasse.

Heureusement qu'à cette époque, j'avais des occupations associatives qui me changeaient les idées et qui m'apportaient un peu de stabilité intellectuelle. Dans les dernières semaines de mon BTS n°1 (en Ardèche), nous avions monté une association des anciens élèves. L'un des outils de communication de l'asso était un gros annuaire mélangé à des actualités, des informations diverses et variées (Internet ne touchait très très petite partie de notre groupe, le "bottin" était un vecteur d'informations) et de références bibliographiques (notamment un index complet des études réalisées par les membres, une ressource de données d'une très grande richesse). J'étais le secrétaire de l'association, et je m'étais vraiment beaucoup amusé à fabriquer ce document d'une cinquantaine de pages. Quand je le regarde a posteriori, je suis assez content de mon travail (minute d'autosatisfaction annuelle). J'ai été très étonné, en le rouvrant, par la philosophie dans laquelle il avait été réalisé : avec un esprit de réseau très fort, j'étais largement en avance sur les réseaux sociaux ! Je croyais que cette notion m'était venue plus tard, avec mon premier CDI, mais apparemment non.

J'avais tu mon départ à la plupart de mes collègues de BTS et je comptais garder le plus longtemps possible l'information pour moi, mais il fallait quand même que j'annonce ma démission à l'Ecole. C'est le 8 décembre que j'ai amené ma lettre au prof de botanique, qui était aussi directeur de la formation. Il avait l'air un peu surpris, voire même peut-être un peu peiné de voir un étudiant partir en cours de route. Il m'a bien sûr demandé pourquoi je m'en allais : j'ai été honnête avec lui, et lui ai expliqué que le contenu des cours ne correspondait pas du tout à ce que j'attendais. En quittant son bureau, il me dit quelque chose de gentil qui me fit rougir : "Dommage, on perd un bon élément". J'avais un niveau correct (mais sans plus), j'interagissais peut-être plus avec les enseignants vu que j'avais un peu plus de vécu que les autres, mais je ne m'étais jamais considéré comme un bon élément. Du coup, le compliment m'a un peu laissé con, et la scène très grandiose et théâtrale de la démission s'est terminée en phrases bafouillées et retrait piteux. Prof de bota 1 point, Hub 0.

Les dix derniers jours de cours ont passé assez vite. J'étais concentré sur mon concours, que je commençais à préparer un peu, et de toute façon, je n'en avais plus rien à battre. La dernière semaine, je me souviens avoir eu une discussion vigoureuse avec la prof de communication, qui prétendait nous donner tous les conseils pour rédiger le parfait CV. En dehors de quelques règles de bon sens, d'esthétisme, de grammaire et d'orthographe, il n'y a pas de définition intemporelle du CV parfait. Chaque prof y va de ses préférences et de ses recettes. C'est comme suivre les conseils de création de CV que donnent les différentes ANPE, ils sont parfois contradictoires... Et chacun est persuadé d'avoir raison. Bref, encore un cours qui ne servait à rien, j'aurais mieux fait d'aller faire mes courses de Noël.

Mon ultime cours, le vendredi 19, avait lieu avec la jeune prof que j'aimais bien. J'avais passé l'après-midi à réfléchir à ce que j'allais dire à mes collègues. A la fin du cours, je me suis adressé à toute la promo pour leur annoncer mon départ. Beaucoup étaient étonné par mon petit discours, je jubilais de mon effet de surprise :-D Je ne m'étais malgré tout pas trop mal intégré, même si cela avait mis du temps. Je me rappelle leur avoir souhaité de devenir de bons petits forestiers, mais je ne me souviens plus des détails. Après que la plupart soit parti, j'ai un peu discuté avec l'enseignante, qui m'a dit beaucoup de choses gentilles. Puis je suis parti. Ce chapitre-là de ma vie était terminé.

Deux jours plus tard, je rentrais en train dans mon val de Loire natal, pour les fêtes de Noël. J'étais heureux d'avoir arrêté le BTS, c'était un grand soulagement. Mais cela me laissait un goût étrange dans la bouche : c'était ma première erreur, mon premier échec. Une épreuve que j'ai mis beaucoup de temps à surmonter, mais qui aura eu un impact primordial sur les années qui suivirent.

(A suivre...)






Photo : (c) mll : original (licence : CC-ByCC-By-NC).

Notes

[1] Humour forestier, désolé.