Myxomycète Après avoir passé le cap des 30 ans, en février, je me suis surpris à regarder en arrière. 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une excellente occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque.

Quelques jours après le retour de mon concours, le répit salvateur qu'il m'avait procuré était oublié. Disparu. Je traversais une période définitivement trouble : remise en question de ma formation, remise en question de mes projets professionnels, remise en question de ma sexualité... La totale.

Coté cours, je m'ennuyais toujours aussi ferme. Le prof de maths était un vrai psychopathe, j'avais décidé de boycotter ses cours. Au bout de quelques jours, j'ai su que je pouvais le faire car étant déjà titulaire d'un BTS du même type, je pouvais être exempté de certaines épreuves. Les passerelles entre diplômes sont rares, mais celle-là a été prise très vite. En économie, nous avions quelqu'un de très intéressant ; cela me changeait du BTS précédent où l'enseignant était certes sympa, mais complètement brouillon et incompréhensible. Non, définitivement, celui-là était bien ; il était très branché analyse systémique et moi j'étais en pleine lecture du Macroscope de Joël de Rosnay. J'ai donc beaucoup accroché.

Myxomycète Le plus gênant, c'était les enseignants de nos matières principales : les techniques forestières. Dans l'ensemble, ces profs avaient des discours qui me dérangeaient. Leur postulat de base semblait être "point de forêt sans forestier", ce qui est bien évidemment faux. La plupart m'était donc antipathique, à part peut-être Mademoiselle D., la benjamine de l'équipe, une enseignante qui était là pour sa 1ère ou 2ème année. Le courant passait bien avec elle, malgré les matières rébarbatives qu'elle nous enseignait (en gros, tout ce qui concernait les équipements matériels et certains types d'aménagement de forêts comme la construction de routes forestières... Pas très fascinant...). Il ne faut pas que je médise, il y avait quand même un prof qui avait une vision plus proche de la mienne concernant la gestion des forêts ; il était d'ailleurs membre de l'association ProSilva, qui prône une gestion plus "naturelle" de la forêt. On n'y pense pas souvent, mais la plupart du temps, peu de choses séparent la sylviculture de la culture du maïs ou du blé. Heureusement, en 10 ou 20 ans, les mentalités ont évolué dans le bon sens (enfin, dans le mien :-D ).

Les 3 ou 4 autres enseignants de ces disciplines m'étaient assez difficilement supportables. Restait le cas du prof de botanique, avec qui les relations avaient mal démarrées. Après quelques semaines, je m'étais assoupli à son sujet. Il avait un coté Tryphon Tournesol attachant. Mais ses cours étaient tous ennuyeux au possible : il avait des méthodes d'enseignement qui n'avaient pas évolué depuis 30 ans, et abordait son domaine de manière théorique. Pour tous les aspects pratiques, quand c'était lui qui gérait, cela ne tournait pas toujours très bien. Un TD sur les fruits a failli mal finir : tout le matériel de TD avait disparu avant la fin du TD. Tous les exemples de baies, drupes, gousses, akènes et samares qui étaient comestibles (banane, ananas, pomme...) ont fini dans les estomacs. Y'a plus de respect, ma bonne dame...

Myxomycète Les TD les plus intéressants étaient ceux qui se passaient en dehors de l'école ou qui étaient gérés par des intervenants extérieurs, comme une visite d'un parc botanique local ou une sortie sur les mousses. Ma plus grande découverte restera une séance de travail sur les fantastiques myxomycètes, ces incroyables champignons qui ont la faculté de se déplacer seuls. Et en plus, ils sont souvent très beaux. Il faut de la patience pour les observer (ils sont tous petits et ne se révèlent vraiment qu'au microscope), mais quelle beauté ! Essayez par exemple avec Google Images sur Myxomycètes ou sur Lamproderma, l'un des genres les plus étonnants. Voir aussi ce site de photos et d'explications.

La brève coupure des vacances de la Toussaint (25/10 - 02/11) me permit de rentrer chez moi en Val de Loire et de discuter avec mes parents de mon avenir. Les résultats du concours n'étaient pas encore tombés, mais c'était imminent. L'abandon de la formation me séduisait de plus en plus et j'avais commencé à envoyer des lettres de motivation et des CV (bien maigres) pour trouver du boulot sur Annecy. Si j'obtenais un travail ou si j'étais accepté aux oraux du concours, je quittais la formation. J'avais l'aval de mes parents.

Je suis donc revenu à Annecy bien peu motivé pour reprendre les cours. Le temps à l'école passait trop lentement et les week-ends trop vite.

Je me souviens très bien du week-end à rallonge du 11 novembre : il a été marqué par les prémices d'une certaine acceptation. Je commençais à comprendre mes différences et mon attirance pour les garçons. Comme toujours dans ces cas-là, j'avais besoin d'information pour comprendre. A l'époque, Internet était quand même bien plus limité qu'actuellement, il était difficile d'y trouver des choses (autres que des photos de garçons nus). Je me suis donc rendu honteux chez un marchand de journaux que je ne fréquentais jamais pour regarder le rayon des magazines gays, et suis tombé sur deux magazines prometteurs : Têtu et Ex-Aequo [1]. Après un bref comparatif (je sentais l'oeil du buraliste braqué sur moi) je me suis décidé pour Ex-Aequo et pour la première revue de cul qui tombait sous ma main, bâh oui faut bien se renseigner... Je ne vous ai rien dit, je nierais toute citation !.

Un détail très drôle, c'est à cette époque que je me suis acheté le Live à Bercy de la vilaine fermière. La chanson Ainsi soit-je m'avait beaucoup marqué pendant l'été, notamment le mois où j'étais pompier et où j'ai beaucoup écouté la radio. Je découvrirais quelques mois après qu'elle était une icône incontournable de la communauté gay... Mais à partir du moment où je reçus le disque dans ma boite à lettre, à mon retour de vacances, il n'y en eut pas d'autre dans ma platine pendant plusieurs mois... Ambiance déprimée perpétuelle garantie :-) Merci Mylène.

Les choses allaient pourtant vite changer. Rien de tel pour se remonter le moral à fond que d'avoir des projets. A la mi-novembre, le résultat du concours tombait : j'étais admissible, comme 49 autres types. Les jeux étaient faits, mon avenir dans la foresterie était désormais limité.

(A suivre)






Photos : (c) myriorama : photo 1 photo 2 photo 3 (licences : CC-ByCC-By-NCCC-By-CA pour les photos 1 et 3, CC-ByCC-By-NCCC-By-ND pour la photo 2.)

Notes

[1] Cette revue disparaîtra un ou deux ans après, malheureusement. Je ne me suis jamais retrouvé dans Têtu, et n'ai donc plus acheté de revues gays après. Pour moi, Ex-Aequo me semblait moins superficiel et contenait beaucoup plus d'informations. C'est d'ailleurs dans cette revue que j'ai entendu parler pour la première fois d'homoparentalité, dès 1997.