Après avoir passé le cap des 30 ans, en février, je me suis surpris à regarder en arrière. 10 ans se sont écoulés depuis la fin de mon premier diplôme, un nombre rond symbolique, une excellente occasion pour ressortir mes notes et retracer quelques souvenirs de cette époque.

Il n'aura pas fallu longtemps pour nous entendre, "A." et moi. Nous avions à peu près le même style de vie, des études assez proches, des goûts musicaux quasi identiques... Et une même façon de voir notre travail et notre vie "à deux" dans la tour.

Alors que les premiers jours, j'avais géré la surveillance presque seul (les pompiers volontaires ayant assez souvent des accès de flemmardises faiblesse nécessitant d'impérieuses siestes), nous nous sommes organisés avec "A." pour ne pas avoir à toujours nous lever aux aurores pour la première météo, ni passer 12 heures d'affilée à deux dans la tour. Ainsi, nous nous levions en alternance pour 8h, un jour sur deux, pour laisser l'autre dormir un peu plus. Nous enchaînions ensuite les relèves toutes les 3h, juste avant les points météo. On surveillait chacun son tour pendant ce laps de temps, ce qui est assez équilibré (ni trop ni trop peu). Evidemment, en cas de coup de stress ou d'incident (incendie) majeur, on faisait appel à l'autre pour localiser plus rapidement le feu ou faire plusieurs recherches en même temps.

Mais en règle générale, celui qui n'était pas de garde avait le champ libre pendant trois heures. Les loisirs étaient relativement limités (on était loin de tout, à une petite heure de Privas ou d'Aubenas et nous n'avions de toute façon pas le droit de quitter la station de guet), et la lecture ou la musique en occupaient une grande partie. Parfois, selon le temps, "A." ou moi partions un peu en exploration aux alentours, mais jamais très loin, au cas où, et par sécurité, toujours en possession d'un petit émetteur radio portable, fourni par le CODIS. Cela permettait de jeter un coup d'oeil sur certaines zones qui n'étaient pas trop visibles de la vigie (cependant, quand un incendie démarre, ça se voit très vite par un panache de fumée visible de loin).

Ménage (c) Sparktography Les premiers jours de notre collaboration, nous avions eu aussi un loisir pas forcément agréable, mais qui nous prit quand même pas mal de temps : la tour nous avait été laissée dans un état effroyable par nos prédécesseurs, et même si j'avais remédié à certaines choses lors de mes premiers jours (comme la crasse du frigo), il restait beaucoup à faire. C'est "A." qui eut l'initiative de la grande opération de ménage, mais nous nous y mîmes avec autant de conviction l'un que l'autre. Vivre un mois dans la saleté lui était aussi insupportable qu'à moi !

Il faut dire que le site de la tour de guet était exposé à un terrible destructeur : le mouton. Le site était en effet une pâture où les bestioles allaient et venaient à leur guise, laissant joyeusement leurs déjections partout (voilà pourquoi je préfère les chats, y'a pas ce problème-là :-D Oui ce blog est un blog à chats...). Bien-sûr, nous avions le droit à toutes la cohorte de joyeusetés : les milliers de mouches, les taons, les odeurs... Encore, en Août, nous avions de la chance : le gros du pâturage avait été fait dans notre proximité immédiate. Karen m'avait dit qu'en Juillet, les moutons étaient au pied de la tour, et qu'il fallait fermer la partie habitation en permanence pour éviter qu'ils ne rentrent dans la cuisine et n'y laissent leurs merdes marques.

Bref, il nous aura fallu 3 jours aux fées du logis que nous étions pour remettre en état la tour. Heureusement, l'activité de vigie n'était pas énorme. Le début de mois n'était pas très beau, et même le 7 Août, le temps était complètement bouché, ce qui nous offrit une journée de complète oisiveté (en dehors du suivi météo).

Je me souviens quand même du 8 Août (c'est l'anniversaire de ma mère), car il a été marqué par l'un de nos plus gros feux. Il y avait beaucoup de vent et nous étions sur nos gardes, en alerte. Le CODIS nous avait prévenu que la journée était à haut risque, mais nous le savions, nous étions aux premières loges pour savoir que le vent était très fort. Par chance, nous l'avons vu démarrer juste à coté de ce petit pont, en bordure de route, et il était dans un secteur de visibilité directe, et non pas planqué derrière une colline. Etant immédiatement signalé et à quelques kilomètres d'une caserne (je crois que c'est le Centre de Secours de Privas qui est intervenu), le feu a été rapidement maîtrisé. Un petit hectare était parti en fumée, ce qui est vraiment peu, mais ce n'était pas très loin d'habitations.

La cause du sinistre ? Une cigarette mal éteinte, jetée probablement par un automobiliste...






Photo : (c) Sparktography : original (licence : CC-by-nc).