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jeudi 21 août 2014

La Ruine de Rome

Ivy-leaved Toadflax (Cymbalaria muralis Au siècle dernier, avant de devenir informaticien, j’exerçais dans le domaine plutôt lointain de la botanique. Je n'étais pas très doué et travailler sur le terrain m'a assez vite fatigué, mais je suis resté très amoureux des plantes et du génie des botanistes[1], notamment tous ceux qui ont "inventé" cette science.

Il y a deux autres aspects non scientifiques qui me séduisent chez les plantes : la beauté parfaite de leur morphologie, et les noms souvent poétiques avec lesquels nous les avons baptisées au cours des siècles.

La "Ruine de Rome" est un bel exemple des deux combinés. Cette petite fleur au délicat violet et à la gorge jaune vif ou orange vit sur les murs anciens (d'où son autre nom français officiel "Cymbalaire des murs"). Elle pousse en touffes, accompagnée de feuilles vert tendre ayant généralement 5 lobes arrondis, et colonise sans problème des pans entiers de murs. Je doute qu'elle ait pu provoquer la ruine de quelconque mur, même à Rome, mais sa présence sur ceux qui ne sont plus entretenus est caractéristique.

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La plante a un comportement assez amusant : pour maximiser les chances d'enracinement de la génération suivante, les tiges se courbent pour déposer les graines au plus profond des anfractuosités des murs, là où la lumière est minimale : la graine ne germe qu'à l'ombre.

La cymbalaire est une plante vivace (elle peut vivre plusieurs années) et est très commune. On la trouve dans tous les départements français de métropole ainsi que dans tout l'ouest de l'Europe. Elle est également présente aux USA, mais la coquine y a un comportement invasif (elle a dû être importée pour ornementation ou par accident et colonise le nouveau continent au détriment le la flore locale).

Nul doute que vous croisez régulièrement cette petite discrète, même en ville, au pied ou le long des murs peu entretenus...

Quelques liens pour en savoir plus :




(c) photo 1 : Franco Folini - original (licence : CC-ByCC-By-CA).
(c) photo 2 : Werner Witte - original (licence : CC-ByCC-By-NC).

Note

[1] Oui, j'assume mon côté sapiosexuel.

dimanche 20 septembre 2009

Disparition des abeilles - la fin d'un mystère

Ballet à l'entrée de la ruche A l'heure où le colloque Apimondia se termine à Montpellier, je viens de regarder un DVD qui trainait dans mes affaires depuis un moment : "Disparition des abeilles - la fin d'un mystère" [1]. Un documentaire très factuel, pas sensationnaliste, à voir absolument.

Cette enquête est intéressante à plus d'un titre puisqu'elle fait le point sur un désastre qui touche la planète entière depuis quelques années : le syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles. Ce syndrome touche des colonies sur tous les continents, et provoque la mort de toutes les abeilles d'une ruche en quelques semaines, en quelques jours, voire en quelques heures. Les images sont assez effroyables : elles montrent des tapis d'abeilles mortes devant leur ruche complètement vide, un vrai carnage. Ce mal mystérieux touche aussi bien les colonies élevées par l'homme que les colonies sauvages, et semble en accélération depuis 2006 ; ainsi, en France, 450 000 ruches ont disparu depuis 7 ans, et dans certaines régions, la perte a atteint jusqu'à 80% du cheptel !

Il n'est pas inutile de rappeler l'importance des abeilles. Elles contribuent avec d'autres insectes à polliniser 80% des plantes, qui disparaitraient vite sans cela [2]. Cela semble énorme, mais une ruche polliniserait 35 millions de fleurs par jour. C'est une étape importante dans le développement des fleurs puisque la pollinisation peut entrainer la fécondation, et donc, la formation des fruits. Pas de pollinisation = pas de fruits ni de légumes : c'est dire si elle est importante pour l'agriculture et pour l'Humanité en général... La pollinisation a un autre intérêt : elle assure le brassage génétique des plantes par déplacement du pollen, et donc une amélioration des plantes et de leur santé, les rendant plus résistantes aux attaques des insectes ou des maladies.

Aux Etats-Unis déjà, il n'y a plus assez d'abeilles et les agriculteurs payent pour que les apiculteurs installent leurs ruches à proximité des cultures. Mais le déclin des pollinisateurs est dramatique : ils risquent d'être en nombre insuffisant dès 2012 !

Mais que se passe-t-il donc ?

Le documentaire avance quelques explications au syndrome frappant les abeilles. Dans un premier temps, il constate que les ruches sont atteintes par des pathologies et des multiplications de parasites tels que le varoa. Mais cet acarien semble s'attaquer aux colonies faibles : si la colonie est en bonne santé, elle s'accommode très bien des varoas et des autres parasites (d'ailleurs, l'abeille en a toujours eu). C'est donc plus un symptôme d'un problème que la cause de la disparition massive d'abeilles, tout comme les autres problèmes sanitaires (champignons, virus, etc.).

Autre piste : les produits agricoles et les méthodes de traitement. La multiplication des molécules différentes pour les traitements successifs des cultures (jusque 15 !) fabrique des cocktails ravageurs dont les effets sont très mal connus ; on sait à peu près quels sont les effets d'une molécule isolée, mais pas vraiment les interactions entre molécules d'insecticides, fongicides, herbicides et autres pesticides. La plupart de ces traitements ne tuent pas directement les pollinisateurs adultes, mais sont ramenés dans les ruches par l'alimentation (finalement létale) qui est donnée aux larves.

Ces traitements persistent durablement dans le sol, ce qui rend l'exposition des insectes aux toxiques bien plus longue qu'un simple traitement ponctuel des cultures. Ce phénomène est accentué par l'arrivée des semences de cultures enrobées de produits insecticides (neurotoxiques) ou fongicides. D'ailleurs, la commercialisation de ces semences coïnciderait assez avec le début de l'expansion des syndromes d'effondrement... Un hasard ?

La domination de quelques firmes phytosanitaires très puissantes ne facilite pas les études d'impact sur la santé des insectes (ou des humains). L'homologation des pesticides dépend de normes complètement dépassées (elles ont plus de 50 ans), qui ne tiennent pas du tout compte de la puissance des produits actuels, ni de la combinaison des différentes molécules toxiques. Le documentaire ne dit rien explicitement, mais cela ne semble pas près de changer.

La dernière source potentielle de désordre engendrant la disparition des abeilles est liée aux modes de cultures actuels : nous pratiquons encore très massivement des monocultures intensives, cela appauvrit l'alimentation des abeilles à tel point qu'aux Etats-Unis, les apiculteurs sont obligés de donner des compléments alimentaires aux ruches ! C'est complètement absurde puisque les abeilles produisent elles-mêmes leur nourriture, pourvu qu'on varie la source de butinage, et qu'on leur laisse suffisamment de miel.

Il y a très nettement deux symptômes possibles pour la disparition des abeilles : l'effondrement rapide des colonies, probablement lié à un traitement agricole ponctuel à grande échelle et la mort lente des ruches, due à l'accumulation des molécules toxiques auxquelles sont exposées les abeilles en permanence, à la faible qualité de l'alimentation des abeilles et aux parasites qui profitent de la fragilité de la colonie (varoa, virus, champignons...).

Comment résoudre le problème ? Les agriculteurs et les apiculteurs doivent de toute urgence se parler : il est facile d'éviter les catastrophes en fermant les ruches au moment des traitements ponctuels. Les agriculteurs ne sont pas les seuls responsables, d'ailleurs, puisque les jardins privés rejettent aussi beaucoup de produits toxiques. Mais il faut à tout prix réduire le nombre de molécules que l'on balance dans la nature, ainsi que leur toxicité. Il en va de la protection des insectes, mais aussi de la notre : non seulement toutes ces molécules nous rendent malades (cancers, entre autres) mais en plus elles mettent en danger notre approvisionnement alimentaire : l'agriculture aurait bien du mal à produire des fruits et légumes sans les pollinisateurs.





(c) photo : Printemps été - original (licence : CC-ByCC-By-NDCC-By-NC).

Notes

[1] Documentaire de 2008 ou 2009 de Natacha Calestrémé, assez difficile à trouver à la vente. Il est néanmoins diffusé en ce moment dans certains cinémas, comme à l'Utopia de Montpellier.

[2] La pollinisation, pour ceux qui ont séché les cours de botanique ou de biologie, est le mode de reproduction (sexué) de la plupart des plantes à fleurs. Elle est assurée par les insectes, les animaux, l'eau, le vent.

jeudi 26 février 2009

A propos du prix du pétrole

Couchant sur les champs pétroliers J'en parlais récemment, la crise financière et économique va bloquer les investissements en matière d'environnement : le cours du pétrole est tellement bas qu'il n'est plus du tout urgent de développer des alternatives énergétiques, contrairement à il y a 6 mois, où le pétrole était 4 fois plus cher.

Grâce à Tristan Nitot (une fois de plus), j'ai découvert un article de Jean-Marc Jancovici intitulé "Méfiez vous du pétrole pas cher !". L'auteur y explique la relation entre les récessions et le cours du pétrole, pointe du doigt le danger d'un pétrole peu cher, et explique l'intérêt de la taxe carbone, non pas pour éponger la dette de la suppression d'une autre taxe, mais simplement pour préparer l'avenir et avoir les moyens d'investir.

Citation :

Dans ce contexte, le pétrole redevenu peu cher est source de tous les dangers. Il laisse croire que le problème de l'approvisionnement a disparu, alors que c'est juste le reflet d'une demande qui baisse à cause de la récession ; il dissuade de faire les investissements structurants pour économiser l'énergie fossile, alors que ces derniers ne pourront être faits en une semaine "le moment venu", puisque cela concerne les logements, l'urbanisme industriel, les transports, la production électrique et même la structure des métiers (...).

A lire absolument.





(c) photo : swisscan : original (licence : CC-ByCC-By-CACC-By-NC).

vendredi 30 janvier 2009

Une victime de la crise : les investissements environnementaux

Article centrale solaire SVM Je vous l'accorde, je suis mauvais prévisionniste. Cet été, je croyais dur comme fer que le pétrole allait subir une nouvelle flambée de son cours, pour atteindre un niveau record incroyable. J'avais vu juste en pensant que l'hiver serait moche et rigoureux [1], mais je n'avais pas pris en compte le facteur crise, qui a complètement bouleversé les cours des matières premières, de l'énergie et de l'alimentaire : les spéculateurs avaient d'autres chats à fouetter, et la confiance dans le système boursier était quelque peu effritée.

Je n'ai donc pas du tout vu venir la baisse drastique du cours du pétrole, dont le prix a été divisé par 4 ou 5 en quelques mois (il est passé de presque 150€ en août à moins de 30€ en décembre, voir par ici). La tendance est à la hausse douce, mais on reste en dessous de 50€.

Ce très faible coût du pétrole, finalement assez inattendu, lié à la crise financière et à la difficulté d'emprunter, va faire des dégâts collatéraux durables : la réduction drastique des investissements dans le domaine de l'environnement et de l'énergie est en cours, les entreprises, administrations et particuliers ont d'autres urgences. L'environnement n'est guère une priorité : la meilleure preuve, c'est que notre Super-Ministre de l'Environnement s'est assis sur une partie de son Grenelle en proposant de nouveaux tracés d'autoroute comme support du plan de relance de l'économie. Autoroutes = ravages sur la faune et la flore = voitures et camions = CO2, et autres externalités négatives. Le plan prévoit aussi des lignes de TGV supplémentaires (alors que certaines étaient figées depuis des années), mais le TGV n'est pas une solution environnementale ultime : c'est bien pour les grands trajets inter-régions, c'est à dire une toute petite partie du problème. Pour les dessertes locales intra-région ou inter-urbaines, ce n'est pas la panacée : le maillage et la fréquence ne sont pas suffisants. RFF investit trop sur le TGV et pas assez sur les plus petites lignes, pourtant importantes en terme de bienfaits pour l'impact environnemental.

On se demande aussi ce que fait l'Europe dans ce domaine, en ce moment. Certes, quelques directives publiées récemment ne sont pas inintéressantes : la fin programmée des ampoules à filament, au profit des ampoules à économie d'énergie ou à LED est une bonne chose pour réduire notre boulimie d'énergie [2]. De même, la future obligation de plafonnement de consommation des appareils électriques, lorsqu'ils sont en veille, va dans le bon sens. Mais on a un peu l'impression qu'en dehors de quelques mesurettes ponctuelles, l'Europe ne bouge guère et qu'elle n'a pas d'ambition environnementale, alors qu'elle est l'échelon idéal pour une politique d'envergure que les Etats ne peuvent pas mener individuellement.

Le salut viendra-t-il par l'ouest ? On charge beaucoup la barque d'Obama avec tous les problèmes du monde, et il y a beaucoup d'espoirs dans son mandat. Certains sont fondés, d'autres non, mais son arrivée à la tête d'un des pays qui pollue le plus [3] pourrait amorcer un renouveau des politiques environnementales. Il ne sauvera pas le monde, mais ses premières mesures, quelques jours après son installation à la Maison Blanche, sont encourageantes. Ce serait étonnant (et ce serait une première) : et s'il tenait ses promesses ? [4]

Pourtant, il y a un gisement économique monstrueux à exploiter : un plan de relance par l'environnement (la fameuse relance verte) apporterait un souffle énorme à l'économie, et aurait un effet positif sur l'environnement et sur notre société. Ce n'est pas la voie qui a été choisie en France, d'après ce que j'ai pu voir ces derniers jours, et c'est bien dommage.

En fait, le plus inquiétant reste quand même la réduction des investissements dans la recherche et l'innovation. Il est urgent de trouver des solutions pour notre avenir énergétique. L'imminence du tarissement du robinet pétrolier et l'impasse des biocarburants devraient nous inciter à la réflexion et à la recherche de nouvelles pistes.

Il y a quelques bonnes idées qui circulent. Par exemple ce projet pharaonique, qui pourrait assurer l'indépendance électrique de l'Europe (rien que ça !). Ou alors le projet d'usine solaire qui produit de l'énergie même la nuit, en Espagne (cliquer sur la photo de ce post pour lire l'article publié le mois dernier dans SVM version papier) ou dans le Sahara (ce qui aurait l'avantage de fournir de l'énergie et des revenus aux pays limitrophes). Mais comment êtes audacieux et avoir des projets ambitieux quand vous n'êtes pas soutenus par une volonté politique forte et ferme ?

Notes

[1] Je peux toujours me reconvertir dans la météo ou la voyance.

[2] Enfin, les ampoules basse-consommation ne sont pas parfaite : leur recyclage n'est pas bien organisé, et elles contiennent pas mal de saloperies (mercure, etc.).

[3] Les USA sont les premiers émetteurs de CO2 au monde, juste devant la Chine... Mais la taille de la population n'est pas du tout la même.

[4] Pour la politique environnementale d'Obama, lire par exemple cet article, qui date d'avant l'élection, ou celui-ci, qui date d'après sa prise de poste.

lundi 20 octobre 2008

Du plomb (dans l'aile) pour les agrocarburants

Pompes à essence Les pouvoirs publics commencent à comprendre que les agrocarburants (alias biocarburants) sont néfastes pour la planète et pour nous[1].

Le premier pas a été franchi par le Gouvernement, puisqu'il vient d'annoncer la fin (pour 2012) des avantages fiscaux accordés aux carburants d'origine agricole. Ils seront notamment taxés via la TIPP, comme les autres.

Il faut bien avouer que la folie avait gagné les agriculteurs du monde entier. Une partie des surfaces cultivées avait été convertie en production de biocarburants, de même que des espaces en jachères, et dans beaucoup de pays du sud, les défrichements de forêts déjà menacées se sont accentués. De manière complètement irrationnelle, des pays pauvres se sont lancé dans l'export d'agrocarburants en supprimant des terres agricoles alimentaires alors qu'ils n'arrivent pas à faire manger leur population. On marche sur la tête : alors que la population mondiale croît, on réduit les terres permettant de faire à manger.

Du coup, à cause d'une production alimentaire moindre et de mauvaises conditions climatiques, les réserves alimentaires mondiales ont dangereusement baissé à des niveaux jamais atteints. Nous n'avons que quelques semaines de réserve de riz ou de blé. Le stock de lait (en poudre) a aussi drastiquement baissé, pour être quasi nul. Cela a bien sûr eu un effet immédiat : la spéculation sur les produits agricoles a fait grimper les prix, de même que l'augmentation de la rareté. La FAO estime que 75% de l'augmentation du coût des aliments de base est dû aux agrocarburants. D'où les émeutes de la faim qui se sont produites régulièrement depuis 18 mois.

Le pompon sur la cerise du gâteau ? C'est qu'au final, les biocarburants ne sont pas si bons que ça pour l'environnement. Entre les engrais, les pesticides et l'irrigation, la propreté a déjà pris un coup. Et encore, je ne prends pas en compte le carburant qu'il faut brûler pour les véhicules agricoles, le transport et la transformation : le bilan est quasi-nul.

Avec la suppression des avantages fiscaux, les investissements dans les agrocarburants vont sérieusement ralentir, la production va donc baisser. Exit la fausse bonne idée. Il ne faut pas perdre de vue que les terres agricoles doivent rester en priorité des terres pour faire à manger. C'est l'un des grands défis de l'Humanité : la population de notre planète devrait atteindre 9 milliards d'individus en 2050, nous aurons besoin de toutes les terres disponibles pour espérer faire manger tout le monde.





Photo : (c) Gadl : original (licence : CC-ByCC-By-CA).

Notes

[1] Je sais, je radote ( et ).

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