Moutons La bien-bronzée équipe qui nous gouverne le clame haut et fort, notre pays n'est pas en récession. Ils ont complètement raison, car la définition du terme est bien précise, et il faut que la croissance soit en baisse pendant au moins deux trimestres consécutifs pour que le terme puisse être appliqué. Ce qui n'est pas (encore) le cas chez nous.

Néanmoins, je suis très étonné, voire inquiet, par la surprise que notre gouvernement semble manifester devant les mauvais chiffres économiques qui sont tombés ces jours-ci, à commencer par le très mauvais chiffre de la croissance (+0,4% au lieu de +0,5% au 1er trimestre 2008, et -0,3% au second). De la même façon, il se réjouit de certaines nouvelles (par exemple la baisse de l’inflation de 0,2% en juillet) qui sont au mieux mal jaugée (la baisse est surtout liée aux soldes, comme tous les ans à la même époque, et la statistique mensuelle ne tient pas compte de cet effet saisonnier...), au pire du tripatouillage de chiffres honteux. Mais on ne va quand même pas le suspecter de bidouiller les chiffres quand même...

Il faudrait peut-être que le gouvernement ouvre des revues d'économie ou lise la presse. On sait depuis des mois que la croissance du PIB[1] ne se porte pas bien, et même l'INSEE au début de l'été avait estimé son augmentation à 0% pour un trimestre de 2008. Ça a juste été un peu moins bon que prévu, mais comme les caisses sont vides (celles des français aux bas et moyens revenus, pas celles de ceux qui ont bénéficié de ce bouclier fiscal tellement efficace économiquement), ce n'est pas étonnant.

Et encore, cela ne va pas s'arranger. Nous allons probablement avoir un nouveau coup de chaud sur le pétrole avant l'hiver (cela s'est calmé un peu, mais ça ne peut pas être durable). Et les économistes tirent la sonnette d'alarme à cause d'une très probable remontée du chômage[2], notamment à liée aux licenciements dans le bâtiment et les banques... Quelqu'un a songé à prévenir le gouvernement ?

Ha oui, me direz-vous, ce dernier a fait sa rentrée lundi, avec une belle opération de communication dans les journaux télé ("on est au travail"). C'est bien sûr un joli morceau de pipeau, ou, plus précisément, une fort judicieuse occupation de l'espace médiatique vacant. Il n'est cependant pas question de grandes mesures concrêtes, On ne veut pas inquiéter les ménages et les entreprises ou quoi ? Personne n'a lu les études sur le moral des français ou des patrons d'entreprises, qui n'ont jamais été aussi bas depuis leur création dans le milieu des années 80 ? Même les économistes libéraux sont inquiets et dénoncent la politique du gouvernement, on aura tout vu ; l'article d'Olivier Bonnet ("L’économiste Nicolas Bouzou tacle le gouvernement, le paquet fiscal au banc des accusés") est édifiant et à lire absolument.

Tout va bien Madame la Marquise ? Non, on fait l'autruche. Une loi de modernisation de l'économie a été adoptée en juillet, mais elle contient des mesurettes qui, au final, feront surtout le jeu des grands groupes et de la grande distribution, déjà tous puissants. Dans les journaux de la mi-journée, on voyait les producteurs de fruits et légumes protester contre les pressions de la grande distribution sur les prix d'achat. Mais à moins qu'une disposition légale ne l'empêche, pourquoi les agriculteurs ne créent pas eux-même dans les villes leurs coopératives de vente sans intermédiaires, des primeurs directement du producteur au consommateur ? Je suis convaincu que cela aurait du succès, tout comme les AMAP. En plus, à vendre plus cher pour eux mais moins cher pour le client final, sur un circuit de distribution séparé, ils gagneraient un pouvoir de pression majeur vis-à-vis des grandes surfaces.

Mais non, ne bougeons pas, tout finira bien par s'arranger. Puisque le gouvernement oeuvre, cela va aller mieux. D'ailleurs, cela a commencé, non ? Le pouvoir d'achat des familles augmente, le panier de rentrée scolaire coûte moins cher. Du moins, selon certaines associations (étrangement, celles qui sont proches de nos élus UMP, mais c'est bien sûr un hasard). Allez, la Comm' gouvernementale a fait sa rentrée et est en route ; c'est reparti pour des mois de propagande qui endorment la vigilance des citoyens. Tant qu'il y a de la Comm, au moins, on n'a pas le temps de penser aux choses qui fâchent.

Pour finir, une petite devinette : on a annoncé il y a quelques jours la baisse du prix du blé et quelques matières premières. Vous pensez que le prix des pâtes et du pain, qui ont beaucoup grimpé il y a un an, vont baisser[3] ?




(c) photo : James @ NZ : original (licence : CC-ByCC-By-NDCC-By-NC).

Notes

[1] Au passage, la mesure du PIB est-elle la variable économique la plus judicieuse ? Une catastrophe ou de simples embouteillages sont bons pour le PIB, alors qu'ils ne sont pas bons pour ceux qui les subissent. De plus, cette mesure ne prend pas en compte l'état de santé de la population ni la qualité de l'environnement, dégradés par l'activité économique, et qui ont un coût pour la société...

[2] Canard Enchaîné du 20/08/08, p. 2.

[3] Ok, j'admets être d'assez mauvaise foi, car les cours ont un peu baissé, mais les marchés restent très fébriles, et la moindre mauvaise nouvelle géopolitique ou climatique affole tout le monde.